: Lise-Marie Lecompte
: Algorithm3
: Books on Demand
: 9782322632930
: 1
: CHF 3.90
:
: Gegenwartsliteratur (ab 1945)
: French
: 358
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
« La technologie était supposée me servir et non pas m'endormir pour m'asservir » Akhenaton Angèle Delcieux, lycéenne passionnée, voit sa vie basculer après un accident qui va tout bouleverser. À son réveil, Toulouse lui semble tout à coup étrangère. Une réalité dystopique sous la surveillance d'une intelligence artificielle décisionnaire de tout : identité, désirs, relations, jusqu'aux pensées les plus intimes. Là où Angèle reconnaît à peine les siens. Dans cette société, la liberté n'est qu'illusion et toute dissidence impossible. Mais Angèle garde en elle des souvenirs qui ne cadrent pas, éveillant le doute. A-t-elle perdu la mémoire ? Est-elle victime d'hallucinations ? Guidée par son esprit critique, elle va tenter d'échapper aux manipulations d'un système qui, sous prétexte de protéger, assujettit les consciences. Entre amitiés, peurs et trahisons, Angèle devra faire face à un monde de faux-semblants où la moindre erreur pourrait être fatale. Et vous... Jusqu'où iriez-vous pour regagner votre liberté ?

Lise-Marie Lecompte est née en 1976. Dès le plus jeune âge, elle fait preuve d'un fort attrait pour la création, la mythologie et les histoires fantastiques sous différents médias. Après son baccalauréat littéraire, elle s'intéresse à l'ésotérisme, la divination, la spiritualité ainsi qu'aux vertus naturelles des plantes et des minéraux. Son tout premier livre publié traite de ces sujets. Elle vit à présent en région parisienne. Après avoir publié trois autres essais ésotériques, elle se consacre désormais à l'écriture romanesque. Elle a déjà écrit et autopublié la Trilogie Draconia, un thriller surnaturel ainsi que"Errances", une escapade onirique et"Passetelles", un roman fantasy."Algorithm3" est son nouveau roman.

Chapitre 1


La journée d’Angèle Delcieux avait été des plus tranquilles. La jeune fille avait beau ne pas être toulousaine de naissance, mais elle aimait de plus en plus cette ville depuis qu’elle y vivait.

Cela commençait avec leCaffè Volare Via, situé place de la Daurade, en plein centre-ville. Le lieu de rencontre par excellence avec ses meilleurs amis : Carmelo Cappuccio, Valorie Chevrier et Rayan Paytou. Les deux filles avaient dix-huit ans, tandis que Rayan comptait une année de plus, et que Carmelo avait fêté son vingtième anniversaire. Cet improbable quatuor était inséparable après avoir fait connaissance, peu après la rentrée de septembre. L’amour du bon café torréfié sur place, de l’ambiancejazzy au charme rétro des lieux, et d’un humour un tantinet foireux qui n’appartenait qu’à eux ayant fait le reste. Ils avaient pris l’habitude de s’y retrouver chaque matin, pour faire le plein de leur dose de caféine tout en dévorant à eux seuls près du quart du stock de croissants du jour.

Du reste, ils s’étaient attiré la sympathie de Valentino, le patron débonnaire qui accueillait toujours Angèle d’un« Buongiorno bella signora1» chantant d’un bel accent qui ne cessait jamais d’amuser la jeune fille, même si Valentino avait tendance à la surnommer Angela. L’italien d’une cinquantaine d’années avait une affection paternelle pour ces adolescents. Raison pour laquelle beaucoup de lycéens fréquentaient assidûment son café.

Angèle ne se lassait guère de retrouver ses trois amis dans cet endroit qu’elle aimait tant à Toulouse. Certes, la jeune fille n’étudiait pas dans l’enceinte de la Ville Rose, mais cela lui permettait d’aborder ses cours avec un moral remonté à bloc.

Elle rajusta les tresses de sa chevelure châtain dorée qui lui arrivait aux épaules, et mit ses écouteurs. Tant pis pour les mèches, longues et fines, qui s’en échappaient. Un geste qui révéla un tatouage de plume à l’encre bleu-saphir, juste sous l’oreille gauche.

Angèle lança la lecture aléatoire des chansons du vaste répertoire de son fidèle baladeur MP3. Par chance, elle tomba d’emblée surKarmageddon d’Iyah May dont elle appréciait l’impertinence des paroles au vitriol, ce qui avait valu à l’artiste d’être lâchée purement et simplement par son manager pour avoir refusé de les changer. Preuve que toute vérité n’était pas bonne à dire. En revanche, la chanson avait cartonné sur les réseaux sociaux.

Angèle ne suivait pas la filière générale dans l’un des lycées de Toulouse, mais chez Airbus dont le centre de formation était voisin des usines d’assemblage de ces mastodontes volants, à proximité du pôle Saint-Éloi, considéré comme l’atelier historique des lieux. Passionnée d’aéronautique qu'elle était, il lui était évident qu’il lui fallait intégrer cet univers le plus tôt possible. Passer un Bac pro dans cet établissement serait déjà une étape déterminante pour son avenir, et elle en avait conscience. D’où son implication au niveau de ses études. Elle n’avait réussi ses tests d’admission qu’avec une moyenne générale correcte et elle avait dû pallier une note peu élevée en anglais. Angèle avait pris le problème à bras le corps, marquant sa résolution à intégrer cet établissement. Ce n’était pas la plus brillante des élèves, mais elle faisait de son mieux, toujours avec une implication sans faille et un enthousiasme vivifiant. Sur les sept cents candidats qui s’étaient présentés, un peu plus d’une centaine avait été retenue. Voilà pourquoi elle savourait sa chance de pouvoir y étudier, et n’allait pas au lycée en traînant les pieds, mais avec la joie au cœur de pouvoir suivre ce cursus qui lui plaisait tant. Elle faisait partie des rares éléments féminins parmi une très forte majorité de garçons sur les trois cent cinquante élèves, de la Seconde à la Terminale. C’était déjà sa dernière année.

Elle passait ainsi son temps entre les classes techniques et les chaînes d’assemblage, dans des ateliers-écoles grandeur nature. Ou comment faire ses preuves dans les meilleures conditions. Après les cours, les lycéens retournaient chez eux en croisant les ouvriers qui venaient de finir leurs horaires du jour. Cette promiscuité était plaisante autant pour les uns que pour les autres. Les premiers expérimentaient ce monde du travail auquel ils appartiendraient bientôt, tandis que les seconds veillaient sur la nouvelle génération.

Sauf qu’Angèle ne rentra pas chez elle tout de suite. Deux fois par semaine, elle se rendait à Aeroscopia, le musée de l’aéronautique. Le fait d’être au Lycée Airbus accordait aux étudiants un accès au tarif très avantageux. Angèle avait très vite rentabilisé son pass annuel.

Là, elle se sentait comme une gamine lâchée dans un magasin de jouets. D’énormes jouets ! Elle ne se lassait pas d’admirer les appareils civils qu’elle pouvait approcher de près. Certains pouvaient être visités, comme le premier avion de ligne Airbus et le mythique Concorde. L’aéronautique moderne devait tant au seul engin supersonique de l’histoire. Pour Angèle, cet appareil avait encore tant à leur apprendre, par ses points forts et les erreurs commises durant sa trop brève exploitation. L’un de ses passages obligés était le gigantesque A380 exposé dans la cour et qui était ouvert à la visite. Depuis son arrivée, la jeune fille ne se lassait jamais de l’examiner sous toutes les coutures, toujours aussi impressionnée par les dimensions disproportionnées des quatre réacteurs et des trains d’atterrissage.

Angèle avait eu la bonne idée de dissimuler son portefeuille tout au fond de son sac quand elle arriva dans la boutique du musée. Son sens de l’économie était chaque fois mis à rude épreuve. Déjà, au retour de sa première visite, la jeune fille n’avait pas manqué de stupéfier sa mère en lui annonçant, toute guillerette, qu’elle avait acheté un A380, son appareil préféré. Bien sûr, c’était avant de préciser qu'il s'agissait d'un modèle réduit à l’échelle 1/400e, déjà moins encombrant qu’à taille réelle.

Le musée comptait un bien étrange voisinage, puisqu’en plus des bâtiments impressionnants des unités d’assemblage de l'avionneur européen, une association avait planté sa tente :Les Ailes Anciennes de Toulouse. Elle était gérée par des retraités qui retapaient de vieux coucous à hélices et autres modèles mythiques depuis quarante ans. Des doux dingues, fans de bricolage qui se passionnaient comme personne pour ces engins qu’ils restauraient avec soin.

Angèle se demandait comment ils avaient fait pour dénicher une Caravelle d’Air Toulouse, l’illustre aïeul des avions de ligne européens, et dont la dérive arrière rouge s’ornait de la croix occitane en jaune. Une rampe mobile permettait aux membres de l’association d’accéder à l’intérieur de l’appareil. La jeune fille adorait ce modèle avec un soupçon de nostalgie d’une époque révolue, mais pas si lointaine que cela, en comparaison avec les tout premiers spécimens n’ayant jamais été créés au début du XXe siècle. Pour ce qui était de la Caravelle, Angèle aimait bien son système de réacteurs qui se trouvaient sur le fuselage au lieu de sous les ailes ainsi que les hublots en triangles arrondis. C’était très original pour l’époque, donnant à cet avion des signes qui le rendaient unique.

Ici, Angèle était connue comme le loup blanc. Ces vieux briscards avaient beau avoir un caractère bourru, ils adoraient que cette jeune fille leur rende visite. D’où l’autorisation qui lui avait été accordée de pouvoir vagabonder à sa guise au milieu des appareils. Ils n’avaient pas manqué d’adopter la lycéenne qui venait ainsi discuter avec eux de temps à autre, aussi enthousiaste qu’eux pour ces engins du passé. Tandis que chacun vaquait à ses occupations, Angèle adorait s’installer dans le cockpit de la Caravelle toulousaine pour faire ses devoirs en toute tranquillité.

Ce jour-là, Carmelo lui avait confié sous le sceau du secret que son...