J’étais remplie d’angoisse quand je suis arrivée à Al-Anon. Le véritable progrès a débuté quand j’ai compris que je suis uniquement responsable des conséquences de mes propres comportements et de mes propres choix. Avec le temps, j’ai fini par comprendre qu’en grande partie, la vie des membres de ma famille ne me concernait pas. Je n’avais aucun droit de les juger, et encore moins de m’ingérer dans leur vie, même s’ils me demandaient mon opinion.
Mon plus grand progrès pour en venir à surmonter mon envie de me mêler des affaires des autres est survenu quand j’ai reconnu que je ne sais pas toujours ce qui est pour le mieux. En écoutant aux réunions, j’ai réalisé que plusieurs idées que je considérais comme étant la meilleure solution possible s’avéraient de complets fiascos. Par contre, des choses qui selon moi ruineraient certainement des vies s’avéraient salutaires pour quelqu’un.
Si je ne sais pas reconnaître si les conséquences d’une action seront bonnes ou mauvaises, comment puis-je en arriver à un jugement fiable pour les autres? Mon unique responsabilité est de me concentrer sur mon comportement, de comprendre les membres de ma famille, et de m’abstenir de les juger. J’ai cessé de les juger, et maintenant je les accepte comme ils sont. Je fais de mon mieux pour offrir de l’amour inconditionnel.
Mon premier Parrain m’a demandé comment je me sentais, mais je ne savais pas. Depuis mon enfance, ma famille m’avait dit comment je devais me sentir. J’obtenais un consensus – et c’était la façon dont je me sentais. Cela m’a demandé beaucoup de courage pour commencer à ressentir mes propres émotions. J’ai entendu un homme dire que pour la plupart des hommes, les émotions sont comme ces choses gluantes que vous trouvez quand vous soulevez une pierre. Pour moi, cela sonnait bien vrai.
Mon Parrain m’a dit que mes sentiments m’appartiennent et que j’ai le droit de les ressentir. Ce qui compte vraiment, c’est ce que j’en fais. J’ai le droit d’être en colère, mais je n’ai pas le droit d’être blessant par mes paroles ou mes gestes. Je réalise souvent que l’origine de ma colère envers une autre personne réside dans un problème chez moi, dont je dois m’occuper.
Dans Al-Anon, j’ai appris que la culpabilité est comme une brique que je traîne dans ma poche – je choisis de la porter. Je peux la laisser aller grâce à l’humilité et aux amendes honorables. Je peux affronter ma peur en vivant aujourd’hui, « un jour à la fois ». Cela réduit mes problèmes à une taille plus contrôlable. Je peux maintenant choisir de ressentir de la joie et du bonheur. Ressentir ces émotions ne me coûte rien.
J’ai récemment fait un voyage de dix jours en autocaravane avec ma fille adulte. Nous avons passé un bon moment. Nous avons toutes deux mis les principes de ce programme en pratique dans nos vies. Nous nous sommes accordées de l’espace et du temps pour nous-mêmes. Nous avons pu être en désaccord sans être désagréables. Ce fut le voyage le plus mémorable que j’aie jamais fait.
Il n’en a pas toujours été ainsi. Quand mes trois enfants étaient jeunes, je souffrais encore des conséquences de l’alcoolisme. Le jour où ma fille s’est mariée, elle m’a dit qu’elle ne reviendrait plus jamais dans notre infernale maison. Elle m’a dit qu’elle ne voulait plus jamais me revoir, pas plus que son père. Un an et demi plus tard, elle m’a offert un briquet comme cadeau des Fêtes. Il était gravé : « À maman, de ta fille ». Je savais que cette inscription signifiait qu’elle désirait de nouveau être ma fille. Grâce à mes années dans Al-Anon, nous sommes amies aujourd’hui. Elle me téléphone et nous allons au théâtre ou au cinéma.
Quand nous sommes revenues de ce voyage, des gens m’ont demandé si nous nous parlions encore. J’ai simplement ri! Ma fille est une merveilleuse amie et elle ensoleille ma vie.
Ayant grandi dans une famille affectée par l’alcoolisme, j’étais une personne très colérique. Je n’avais pas d’amis, pas d’estime de soi, aucune capacité à faire confiance aux autres. Je ne savais pas comment m’aimer. Je ne savais pas comment assumer la responsabilité pour mes pensées, mes paroles, ou mes gestes. Je ne savais pas la différence entre honnêteté et malhonnêteté. J’étais vraiment comme mon père alcoolique. Dans Al-Anon, j’ai appris que la seule différence entre nous, c’est que je n’ai pas de compulsion à boire.
Je suis un homme adulte ayant vécu dans le contexte de l’alcoolisme pendant toute sa vie. Je ne réalisais pas à quel point la maladie m’avait affecté. J’ai fini par me marier, par avoir des enfants, et par les traiter comme j’avais été traité.
Avec les réunions Al-Anon, j’ai appris que je dois uniquement prendre soin de moi. Les autres choses prendront soin d’elles-mêmes.
Ma femme faisait déjà partie d’Al-Anon depuis douze ans quand j’ai débuté dans AA. Elle avait commencé à aller mieux alors que j’empirais. Elle avait pratiqué le détachement avec amour. J’ai fini par être suffisamment malade pour atteindre mon bas-fond; je suis allé chez AA, et notre relation a commencé à s’améliorer. Nous nous sommes engagés dans le travail de service. Mais dix ans plus tard, je faisais encore de mauvais choix et j’essayais de tout arranger par moi-même. Les choses ont empiré jusqu’à ce que j’en arrive à vouloir mettre une fin à tout cela. Puis un jour, un membre Al-Anon m’a demandé si j’aimerais assister à une réunion Al-Anon. Cette première réunion portait sur l’estime de soi.
La relation que j’entretiens avec ma femme est aujourd’hui meilleure que jamais. Nous nous disons « Je t’aime » et nous faisons des choses ensemble. Nous faisons aussi des sorties et des activités chacun de notre côté. Nous mettons chacun notre programme en pratique. Je remercie Dieu tel que je Le conçois de m’avoir aidé à découvrir Al-Anon et AA, et d’avoir préservé l’union notre famille. Notre maison est redevenue un foyer.
Étant membre active dans Al-Anon, je continue de connaître des réveils spirituels surprenants. Récemment, j’ai été déçue par plusieurs membres de ma famille qui ne faisaient pas ce que je voulais. Cette déception est devenue si intense et si douloureuse que je me suis finalement tournée vers Dieu; je me suis abandonnée, ainsi que toutes mes vieilles idées concernant ce que ma vie devrait être. J’ai ressenti du chagrin et de la douleur en laissant aller mes attentes. Je suis restée dans cette douleur jusqu’à ce que Dieu me révèle la vérité. Il était temps de reconnaître et d’admettre la vérité à mon sujet.
Mes parents étaient tous deux alcooliques et diminués par la maladie. Ils ignoraient mes besoins, les écartant ou les rejetant comme étant sans importance. Ma famille pratiquait quotidiennement la négation. Il était très important de préserver les secrets, et quiconque brisait cette règle était puni.
J’essayais de deviner ce que « normal » voulait dire. Je souffrais d’attitudes, de perceptions et de croyances déformées. Il me semblait que j’étais de trop et que je n’étais pas appréciée. J’étais dévorée par la honte, la peur, et une immense solitude.
Quand je me suis mariée et que j’ai eu ma propre famille, j’étais à peine vaguement consciente que j’essayais de créer la famille que je n’avais jamais eue. Je n’étais pas consciente que je voulais et m’attendais à ce que ma nouvelle famille remplace ce qui m’avait manqué dans mon enfance. Au lieu de voir mes enfants comme de belles âmes en soi, je les utilisais pour essayer de combler mes besoins inassouvis.
Grâce à cette prise de conscience, j’ai maintenant l’occasion de choisir des croyances et des valeurs plus saines. Je veux accepter et apprécier ceux que j’aime comme ils sont, et cesser de m’attendre à ce qu’ils se conforment à mes idées déformées. Je sais maintenant qu’ils n’existent pas uniquement pour me rendre heureuse. Ils ne me doivent rien. Je leur dois des amendes honorables; je recherche l’aide de Dieu pour savoir quand et comment le faire. Je sais que le pardon est un changement d’attitude continu qui se manifeste dans mes comportements.
Je comprends enfin mes motivations...