1.1 – Corps, sexe, genre : poser les mots
1.1.1 – Le besoin de nommer
Les mots sont des outils, mais aussi des pièges. On s’en sert pour dire ce qu’on vit. Et parfois, pour s’en protéger. Depuis que je vis dans le libertinage, j’ai vu à quel point certains mots pouvaient faire mal. Ils enferment, ils jugent, ils déforment. Un mot mal compris peut transformer une caresse en faute, une liberté en suspicion, un choix en scandale.
Je crois qu’avant d’aimer vraiment, il faut savoir nommer. Mettre des mots sur ce qu’on ressent, c’est le rendre visible. C’est dire : « Ça existe pour moi, ça compte. » Mais nommer, c’est aussi accepter un risque : celui d’être mal compris.
Les mots changent avec le temps. « Libertin » parlait d’abord d’une personne qui pense librement, bien avant d’être collé à l’image de quelqu’un qui cherche surtout le sexe. « La pudeur » parlait de respect et de modestie. Aujourd’hui, beaucoup y entendent surtout de la gêne ou de la peur de son propre corps. Les mots, comme les corps, s’usent, sе tordent, se blessent. Parfois, il faut les réparer. Il faut leur redonner du sens.
Quand j’ai commencé à fréquenter le Village, j’étais surpris d’entendre les gens se présenter avec des étiquettes : naturiste, libertin, couple libre, échangiste, bi… Au début, ça me paraissait bizarre, presque comme un catalogue. Puis j’ai compris : derrière chaque mot, il y avait une tentative d’être compris. Une manière de dire : « Voilà comment je vis ma liberté. Essaie de me voir comme ça. »
Alors j’ai commencé à écouter les mots comme on écoute un corps : sans juger, en faisant attention.
« Les mots sont moitié de celui qui parle, moitié de celui qui écoute. »
— Montaigne
Je crois que c’est vrai aussi pour les gestes. Les mots, comme les caresses, ne prennent sens qu’à deux. Ce chapitre part de cette idée-là : redonner aux mots un sens s