: Isabelle Desbenoit
: La saga familiale de Bertille Livre Gros Caractères
: Books on Demand
: 9782322670710
: BERTILLE
: 1
: CHF 8.70
:
: Gegenwartsliteratur (ab 1945)
: French
: 226
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Je m'appelle Bertille Hélois-Daboville et j'ai presque soixante-quatre ans, mais pas tout à fait encore, ce sera pour septembre ! Mais, à mon âge, il serait ridicule de dire que j'ai soixante-trois ans et demi ! Quoique .. Il faut dire que je me sens si jeune parfois ! À d'autres moments, j'ai l'impression d'avoir la sagesse d'une centenaire mais enfin, cela m'arrive moins souvent... Découvrez la suite des aventures de BERTILLE dans : BERTILLE enquête en camping-car BERTILLE l'amour n'a pas d'âge BERTILLE la patiente aux souliers gris À paraître très bientôt : BERTILLE et l'adolescent disparu

Isabelle DESBENOIT est une romancière"à l'ancienne" qui écrit sans aucune IA. Tous ses ouvrages sont disponibles en GRANDS CARACTÈRES. Des romans, des"séries" (tous les livres peuvent être lus indépendamment), un thriller religieux, une collection de courts romans très appréciés. Mais aussi des romans"Aventures et Amitiés" pour enfants et ados. Tous ces livres sont disponibles en librairie et partout sur Internet ainsi qu'en e-book. L'autrice publie régulièrement de nouveaux titres.

Chapitre I
CHASSE AUX BOUQUETS !


Comme j’aime le lilas ! Je viens de partir, à vélo, sur les petits chemins entre les maisons de notre quartier résidentiel pour en cueillir un beau bouquet. En effet, cet arbuste a tôt fait de dépasser les clôtures et je peux ainsi en choisir sans faire de tort à personne. Lilas blanc, violet, presque bleu, rose pâle, que de nuances ! Je les aime tous et leur odeur qui parfumera la salle à manger tout entière me ravit.

Je m’appelle Bertille Hélois-Daboville et j’ai presque soixante-quatre ans, pas tout à fait encore, ce sera pour septembre ! Mais, à mon âge, il serait ridicule de dire que j’ai soixante-trois ans et demi ! Quoique… Il faut dire que je me sens si jeune parfois ! À d’autres moments, j’ai l’impression d’avoir la sagesse d’une centenaire mais enfin, cela m’arrive moins souvent. Pour mon nom de famille, en fait, j'ai accolé mon nom de jeune fille qui est Daboville avec celui de mon mari Hélois. Je ne voulais pas abandonner mon nom pour la simple raison que j'allais me marier ! Je le trouvais joli et il me semblait que je reniais ma famille en l'abandonnant. Nous étions à une époque où encore les femmes prenaient le nom de leur mari mais soixante-huit était passé par là et, avec certaines de mes amies, nous ne voulions plus de cette convention qui nous semblait bien patriarcale. Ce n'est pas parce que nous convolions en justes noces que nous perdions notre identité ! Certaines même ont gardé seulement leur nom de jeune fille mais moi, je me disais que je voulais avoir le même nom que mes futurs enfants. En plus, Hélois-Daboville, je trouvais que cela sonnait très bien à l'oreille !

Tout en courant les chemins, je vais vous expliquer un peu ce qui fait ma vie. Espérons que nous trouverons de quoi faire deux bouquets de différentes couleurs : j’en mettrai un sur le guéridon du salon et l’autre dans notre chambre. Il faut dire que Jean-Baptiste, mon mari depuis quarante-deux ans l’année prochaine, n’a pas l’odorat, enfin, disons qu’il n’est pas aussi développé que le mien… L’odeur du lilas, qui pourrait pour certaines personnes être entêtante, ne le gêne donc pas le moins du monde. Tout juste s’il en distingue à peine les effluves :

« Tiens, ça sent bon ici ! » va-t-il peut-être remarquer à un moment ou à un autre alors que notre chambre est littéralement baignée de ce parfum délicat et fort à la fois. Mais faire le lien entre le bouquet de lilas sur la cheminée et cette odeur agréable qu’il perçoit légèrement ne sera pas dans ses cordes ! Nous sommes si différents ! Et remarquer les détails d’arrangement de la maison est pour lui aussi difficile que, pour moi, de comprendre les subtilités des plans qu’il dessine afin de réaliser des objets en bois dans son atelier au fond du jardin. Imaginer ce que sera un objet en trois dimensions alors que je ne vois qu’une feuille de papier avec des schémas bien plats est hors de mes compétences…

Enfin voilà, c’est mon Jean-Baptiste ! Nous nous sommes rencontrés à l’aumônerie dans le début des années soixante-dix. Notre aumônier à cheveux longs, rescapé on ne sait comment de la grande hémorragie du clergé, avait décidé que son aumônerie serait mixte, y compris les camps d’été. Aujourd’hui, cela paraît tellement évident mais, à l’époque, c’était une révolution encore puisque nous fréquentions tous les deux des établissements privés non-mixtes. L’aumônier avait donc un grand succès et les parents n’y avaient pas vu d’inconvénient puisque les choses étaient chapeautées par un ecclésiastique pour qui ils avaient un grand respect. Tout le monde appelait Jean-Baptiste, « Jean-Bapt » mais moi, j’étais la seule à le nommer par son nom complet, Jean-Baptiste. Mais je vous conterai plus tard comment tout a commencé entre nous car voilà que j'aperçois du lilas blanc, à peine ouvert, c'est parfait, il tiendra longtemps. Je suis comme les ramasseurs de champignons ou ceux qui traquent le muguet, j'ai mes coins un peu secrets, des chemins pas trop entretenus derrière des murs ou des palissades de jardin. Mon cher et tendre ne souhaite pas qu'on plante du lilas dans notre jardin car il dit que cela envahit tout. J'en étais chagrinée au départ mais, après tout, cela me permet ces petites balades de printemps et le plaisir de la recherche et je n'ai pas cherché à revenir à la charge. Il aurait certainement cédé à un moment ou à un autre… Ce que femme veut… Et puis, mon fin mari m'avait demandé si, à la place du vieux cerisier qu'il avait abattu, je serais d'accord par contre, pour mettre un érable du Japon. J’avais tout de suite été conquise, cette feuille si délicatement découpée aux couleurs d'un orange flamboyant ! J'avais applaudi des deux mains. Finalement, son refus pour le lilas me donne d'autres plaisirs, comme quoi de se faire contredire n'est pas toujours une mauvaise chose ! La vie d'un couple est faite de négociations et souvent, cela donne l'occasion d’enrichir son horizon au lieu de tenir bêtement sa propre position sans être ouvert à celle de l'autre.

Et voilà, du lilas violet ! Parfait ! Pour aujourd'hui, j'ai tout ce qu'il me faut pour faire mes bouquets et je vais rentrer car il sera bientôt l'heure de dîner. J'aurais pu en cueillir aussi pour maman qui, à quatre-vingt-dix ans, vit maintenant dans une maison de retraite mais je sais que cela ne lui fera pas forcément plaisir. Elle voit mal, ayant une dégénérescence de la rétine et il y a cinq ans, elle a intégré cet établissement à une cinquantaine de kilomètres de chez nous. Papa est mort, il y a déjà bien longtemps, il venait juste de prendre sa retraite, son cœur ne lui a pas laissé le choix…

— Alors la cueilleuse de lilas, tu as fait une bonne chasse ? me demande Jean-Baptiste en me voyant rentrer avec mon grand sac de toile.

— Oui, mon chéri, j'ai trouvé tout ce qu'il me faut ! Tu nous as préparé quoi pour dîner ?

— J'ai fait des cannelloni avec une salade du jardin et quelques noix, cela te va ?

— C'est parfait ! Merci mon chéri !

Il faut dire que, depuis que nous sommes tous les deux à la retraite, nous avons décidé de nous répartir les tâches ménagères, essentiellement la cuisine et le ménage. Car pour les courses, mon mari a toujours trouvé cela agréable et pour le linge, je me garde cette tâche qui me plaît finalement assez. Aussi, nous avons chacun notre semaine pour préparer les repas et cette semaine, « je ne suis pas de repas » comme on dit. Nos enfants sont amusés par notre organisation et quand ils téléphonent ils demandent toujours : « tu es de repas cette semaine ? » Je soupçonne aussi certains d'avoir quelques préférences quand ils viennent déjeuner à la maison ! Pour nos petits-enfants, pour l'instant, ils ne font pas de différence et ont un appétit qui leur fait manger ce qu'on leur sert sans chichi, il faut dire que l'on adapte aussi pour servir toujours des choses que les enfants mangent facilement quand nous les avons.

Je sors mes vases de l'armoire en merisier où je les range en choisissant parmi mon importante collection ceux qui mettront le mieux en valeur mes lilas. Je choisis de faire deux bouquets de couleur différente, sans les mélanger ; mon vase bleu turquoise sera parfait pour le bouquet blanc que je mettrai sur la cheminée de la chambre. Pour celui violet foncé de la salle à manger, un vase droit en terre que nous avions acheté chez une potière lors de l'une de nos escapades fera l'affaire. Je prends le temps d'arranger du mieux que je peux mes deux bouquets, j'ai envie qu'ils soient parfaits, que la beauté des petites fleurs en grappes soit sublimée par l'arrangement de chaque petite branche…

— Tu as bientôt fini ? J'ai faim moi !

— Voilà, voilà !

Le temps de disposer mes deux bouquets sur des napperons blancs dans chaque pièce, de mettre le restant de feuilles et de branchages coupés au compost, de me laver les mains et je m'attable dans la salle avec Jean-Baptiste. Nous avons conservé cette habitude de prendre nos repas à la salle à manger et non dans la cuisine, comme quand nous avions nos quatre enfants. Les repas sont des moments de détente et de plaisir et nous ne sommes pas du genre à les avaler en vitesse sur la petite table de la...