Chapitre 2 - DÉFINITION DES ÉLÉMENTS CLÉS POUR PRENDRE UNE DÉCISION
Vous avez pris conscience que vous participez à la limitation de votre liberté et que vous rendez surtout les évènements et les autres responsables de vos moments malheureux. Vous aspirez maintenant à vivre libre et heureux et avez l’intention de le décider. Vous êtes prêt à examiner la définition d’être libre et celle d’être heureux.
Être libre.
Si vous ne vous sentez pas libre dans votre vie, c’est que votre définition de la liberté est irréaliste ou que votre capacité à faire des choix se trouve inhibée dans un certain nombre de situations.
En effet, si je considère la liberté comme l’aptitude à faire ce que j’ai envie ou décidé, je vais constater que je ne suis pas libre dans un grand nombre de situations. Je peux vouloir des choses impossibles ou irréalisables. Je peux aussi vouloir obtenir des buts contradictoires suivant l’adage « le beurre et l’argent du beurre ». Je peux vouloir un résultat alors qu’il ne dépend aucunement de moi et sur lequel je n’ai aucun levier d’influence. Mes désirs et mes envies peuvent se heurter aux lois, aux décisions des autres sans que j’aie le pouvoir de les faire changer. Toutes ces situations génèrent alors en moi de la frustration et le sentiment de ne pas être libre.
Au contraire, si je définis la liberté comme la possibilité de choisir des options dans un champ de contraintes, je vais me sentir libre, quelles que soient les situations, à partir du moment où je suis capable d’imaginer des options parmi lesquelles je peux choisir celle qui me convient le mieux.
Cette dernière définition est la seule qui corresponde au monde réel constitué de contraintes physiques. Nous vivons sur la Terre, avons besoin d’oxygène, sommes porteur d’un ADN spécifique, avons grandi dans un environnement particulier,… et nous subissons des contraintes sociales comme les lois de l’endroit où nous vivons, notre environnement familial, amical, professionnel et résidentiel. En effet, je peux avoir envie d’être athlétique si je suis de constitution rachitique, de mesurer deux mètres si je mesure un mètre soixante, de nager comme un dauphin, de ne souffrir ni du froid, ni du chaud, d’être immortel, de gagner beaucoup d’argent sans travailler, de faire ce que je veux sans subir les conséquences sociales et pénales qui en découlent. Mais dans ce type de situations, il est évident que je ne vais pas me sentir libre si je ne tiens pas compte des contraintes, et je vais jeter sur ces contraintes, ou ceux qui les représentent, la responsabilité de ma frustration.
L’autre manière de se frustrer et de limiter sa liberté consiste à être dans l’incapacité de choisir, ou se limiter à un dilemme insatisfaisant. Par exemple, je ne me sens ni libre, ni heureux dans l’emploi que j’occupe et, quand je réfléchis à ma situation, je ne me sens pas capable ou légitime de faire autre chose. En effet, j’ai peur de quitter l’entreprise et de me retrouver durablement au chômage. Bien que je connaisse l’envie qui me pousse, j’ai peur de sauter le pas et d’aller vers l’inconnu ; ou, alors que j’ai identifié différentes options, aucune ne m’est apparue satisfaisante. Aussi j’en conclus que je ne peux changer d’emploi ni d’employeur, ou que je dois choisir entre rester, donc continuer à subir, ou partir, donc être au chômage.
Par contre si je suis capable d’identifier les contraintes, d’élaborer des options d’actions permettant de répondre au problème qui se pose à moi et de choisir celle qui me semble la plus adaptée, j’ai conscience d’agir librement.
Être libre c’est choisir l’option que nous estimons adaptée parmi les options possibles dans un champ de contraintes
Être heureux.
En premier lieu, regardons comment est défini le bonheur. Au sens restreint et primitif du terme, le bonheur signifie bonne fortune, chance favorable, occasion propice, évènement propre à apporter quelque satisfaction. Au sens large et général du terme, le bonheur est un état essentiellement moral atteint lorsque la personne a obtenu tout ce qui lui paraît bon et qu’elle a pu satisfaire pleinement ses désirs, accomplir totalement ses diverses aspirations, trouver l’équilibre dans l’épanouissement harmonieux de sa personnalité.8
Pour les philosophes, le bonheur est un état de satisfaction intense et durable, distinct du plaisir qui est toujours bref, partiel et discontinu. Si chacun connaît des moments de plaisir, tous n’atteignent pas cette paix intérieure qu’est le bonheur. Considéré plus souvent comme un idéal que comme une réalité, le bonheur est pour les Grecs l’état ressenti par le sage qui, ayant épanoui toutes ses facultés, contemple et pratique le Bien. Être heureux est alors à la fois un état psychologique et un devoir moral.9
Certes on ne peut pas attendre la fin de sa vie pour considérer si nous avons été heureux durant celle-ci. Cet état doit pouvoir être ressenti tout au long de sa vie. Si nous identifions aisément les moments de plaisir, nous avons de la difficulté à nous sentir heureux, car nos frustrations perturbent cet état de bien-être durable, et nos émotions immédiates finissent par nous gâcher notre sérénité. Ainsi nous considérons malheureuses les périodes durant lesquelles les frustrations, les déceptions, les deuils, la tristesse et la peur dominent, et heureuses celles durant lesquelles nous ressentons la satisfaction, la joie, le partage, l’amitié et l’amour. En conséquence, notre définition du bonheur correspond plus à la définition restreinte d’événement propre à faire naître de la satisfaction qu’à un état psychologique d’épanouissement de l’être dans la conduite de sa vie tournée vers le Bien ou ce qui donne sens à son existence.
De tout temps l’humain a eu besoin de sens, donc d’élaborer une représentation du monde, de ses origines et de sa finalité. Le manque de sens, en lui-même, produit de l’angoisse, aggravée par l’incertitude des situations.10 Ce sens, cette finalité, est quelque chose qui le dépasse, qui lui survit, pour qui il est prêt à faire des sacrifices, voire, dans des conditions exceptionnelles, à donner sa vie. Ce sens construit aussi la cohésion collective et la morale du groupe.
Pendant des millénaires les religions ont incarné ce sens. Les philosophes antiques et classiques lui ont donné le nom de Souverain Bien. Depuis le XIXème siècle, des systèmes de croyances, la Patrie, la liberté, la démocratie ou les idéologies, se sont substitués, dans certaines régions du monde, à la religion. Et, pour certaines personnes, ce sens répond à leur propre système de valeurs et de croyances, pouvant alors être en conflit avec celui de la collectivité à laquelle ces personnes appartiennent. L’humanité serait prédisposée à développer le phénomène religieux, ou tout système de croyances qui donne un sens à son existence dans la dynamique de la continuité de la création et de la vie.11
Aussi, le sentiment de bonheur peut être contrarié quand nous organisons notre vie en faisant des choix qui nous éloignent de notre système de croyances et nous amènent à perdre le sens qu’a notre vie. Il peut l’être aussi lorsque, sous la pression de notre environnement, nous nous sentons incapables de choisir la voie qui lui donne du sens. Certaines personnes, prises depuis l’enfance dans des catastrophes, dans un quotidien de survie ou s’étourdissant dans un flux ininterrompu d’activités, n’ont pas fait émerger jusqu’à leur conscience le sens de leur vie. Elles n’ont pas identifié les valeurs fondamentales qui pourraient les guider, bien que celles-ci soient inconsciemment présentes. Privées de ces repères, elles ressentent la notion de bonheur plus comme une satisfaction passagère que comme un état d’épanouissement durable. Pourtant, si elles prennent le temps de la réflexion, elles peuvent identifier ce qui, dans leur vie, les rend heureuses : maintenir la cohésion de sa famille, protéger et aimer ses enfants, maintenir son autonomie et sa dignité…
Avant de pouvoir décider si nous souhaitons nous engager, avec une garantie de succès, sur le chemin de vivre libre et heureux, il est utile d’identifier le sens de notre...