: Marie Coucaud
: Les Somnolentes
: Books on Demand
: 9782322591084
: 1
: CHF 8.80
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: Hauptwerk vor 1945
: French
: 290
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
En 2071, Ève, la quarantaine dépassée à l'aube de la ménopause, et Kate, lycéenne, toutes deux étiquetées de"malades mentales", subissent le joug patriarcal d'une psychiatrie qui contrôle les rêves par l'oneirothérapie. Leurs rêves maitrisés, leur conscience assoupie, elles souffrent de dépression pour l'une, et d'anorexie pour l'autre. Et si, le capitalisme poussé dans ses extrêmes, ne cherchait plus à contrôler les corps, le temps de cerveau disponible, mais aussi les rêves ? Et si la science, pour servir le capitalisme, mettait au point une médecine pour annihiler tout de ce qui pourrait être facilement taxé d'inutile : l'imagination, la flânerie, le songe, la poésie... ? C'est à partir de ce sombre dessein que Les Somnolentes, roman d'éveil, d'émancipation et de réappropriation, nous plonge dans une dystopie puissante, sombre mais pas désespérée. Ce roman nous raconte un long combat, âpre et douloureux, pour s'extraire d'une idéologie dominante mortifère. Grâce à la poésie d'une écrivaine féministe marginale, Ève et Kate vont lier connaissance, se réapproprier leurs rêves et chercher à reprendre le contrôle de leur vie. Dès lors, les somnolentes, tirant paradoxalement leur force de leur inadaptation au monde et de leur fragilité, n'auront cesse de cesser de somnoler...

Marie Coucaud est née dans le Val d'Oise en 1980. Après des études littéraires, elle devient professeure agrégée de lettres classiques dans des collèges et lycées parisiens. Elle a écrit les contes de la lune, lune, un conte pour enfants illustré par Anne Coucaud publié en 2019 puis deux romans Les Somnolentes en 2021 et Les Muettes en 2023. Elle est décédée à Paris en 2024.

Perséphonè


J'ai passé six mois dans l'obscur, prisonnière de celui qui est riche de toutes les âmes du monde. Six mois à errer dans des souterrains sombres et humides, à toucher des parois suintantes, à respirer un air fuligineux et glacial. Six mois dans une pénombre bleutée, presque verdâtre, qui donnait à tout un aspect triste et morne. Six mois au fond du gouffre infini, de l'abîme infécond, du trou infâme. Six mois en Enfer.

J'ai passé six mois à éviter les ombres hideuses qui grelottaient au bord du Styx, marmonnant leur désespoir, geignant, recroquevillant leur nudité grisâtre, leur ventre fripé, leurs jambes veineuses, leurs cheveux effilochés et pendants.

J'ai passé six mois à les éviter. Si par hasard, une me frôlait, ma peau se rétractait, et je réprimais un hoquet de nausée.

Une fois un groupe de femmes, des jeunes vierges à peine nubiles, des vieilles, des jeunes