: Bruno Guadagnini
: L'ombre d'un retour
: Books on Demand
: 9782322607723
: 1
: CHF 6.60
:
: Belletristik
: French
: 342
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Période charnière de l'histoire de France, l'ouvrage marque la fin de la 4e république, sur fond de guerre d'Algérie, jusqu'à l'accession au pouvoir du général de Gaulle. Comme dans ses livres précédents, l'auteur mêle la grande histoire avec une partie romancée, sur fond d'espionnage où la DST tient le premier rôle.

Avec son huitième roman, l'auteur continue de revisiter l'histoire de la deuxième partie du 20e siècle. Loin d'être un historien, Bruno Guadagnini, s'évertue de coller à l'actualité de l'époque en agrémentant ses ouvrages d'anecdotes, tout en s'efforçant de trouver un équilibre entre réalité et fiction.

Chapitre 1 : La noce.


Samedi 1er décembre 1956.

L’estuaire de la Gironde baigne sous une température extérieure de moins trois degrés. Néanmoins le ciel ne comporte pas le moindre cumulus. L’église de Saint Martin de Pauillac, pleine comme un œuf, s’apprête à célébrer l’union religieuse entre Gabrielle, Beatrice, Madeleine de Kermadec et Jean-Hubert, Edouard, de la Parent.

Comme de tradition, au son de la marche nuptiale, la mariée moulée dans une robe d’un blanc immaculé, pénètre la première dans l’enceinte au bras de son père. Sa longue traine, est soutenue par Aloïs Malet Dupire, garçon d’honneur particulièrement fier et par Anne Sophie von Riegsburg. Arrivée au pied de l’autel, Gaby, jette un regard complice à son témoin Frida Dupire. Puis c’est au tour du marié de fouler les pavés de l’église au bras de sa grandmère, Madeleine Duroy de Suduisant*. Il arrive à hauteur de Pierre Malet, drapé dans son uniforme de commandant de réserve.

La cérémonie peut commencer. Le cardinal Paul Richaud*, archevêque de Bordeaux, se charge en personne de l’office, puis Pierre tend les alliances à Jean Hubert. Ce dernier tremblant d’émotion, a du mal a passé la bague au doigt de sa promise, sous son regard amusé. Le long baiser des mariés, scelle le premier acte de la journée.

La fin d’après-midi, commence par la visite des caves du Château Grand Puy Ducasse. Le repas du soir, avec 200 convives, se tient dans l’enceinte de la propriété. Frida et Jacqueline, abandonne le gros de la troupe, pour converser entre elles.

- C’est curieux dit Jacqueline, j’ai l’impression que ce mariage s’est organisé de manière un peu précipité ?

- Ah oui, lui répond sa belle-sœur, tu n’es pas au courant, Gaby est enceinte de trois mois !

- Non ? Je comprends mieux ! La famille de Jean Hubert, qui s’est opposé à cette union depuis le début, se retrouve au pied du mur !

- Oui tu penses bien, pas question pour les familles de la Parent et Duroy de Suduisant, de devoir répondre devant la vox populi !

- Pauvre Gaby, la situation risque de se tendre un peu plus avec sa belle-famille !

- Bah, Gabrielle et suffisamment intelligente et maline pour arrondir les angles !

- Je suppose qu’ils ne savent rien de son passé ?(Voir Dans la tourmente des ténèbres).

- Bien sûr que non, tu t’imagines le scandale ! à part Jean Hubert et nos deux familles, personnes n’est au courant !

Vient l’heure du repas de gala, un orchestre de chambre habillé en valet de pied exécute un fond sonore, pour la soirée. Jacqueline, goute moyennement le programme musical.

- Dit donc Jean Hubert, bonjour l’ambiance, il s’agit d’un mariage ou d’un enterrement ?

- Ne t’inquiète pas, c’est une idée de mes grands-parents, mais je vous réserve une surprise pour le dessert !

Les tables dressées, sont composés de huit à dix convives. À celle des mariés, les témoins Frida et Pierre, Jacqueline et Manfred, ainsi que deux cousins de Jean Hubert, se côtoient. La table d’à côté, comprend Les parents des mariés, la maitresse des lieux Madeleine Duroy de Suduisant*, ainsi que les personnalités André Cazès*, Maire de Pauillac, Monseigneur Richaud et l’incontournable Jacques Chaban Delmas, Ministre d’Etat, Maire de Bordeaux et ami de la famille.

Frida engage la conversation.

- Jean Barois (Rédacteur en Chef de « Quid ? Détective ») ne se sentirait pas un peu seul ?

- Je crois surtout, qu’il n’est pas très à l’aise avec Chaban, actionnaire du journal ! répond Jean Hubert !

- Ah oui, j’ai cru comprendre que c’est Chaban qui t’avait imposé à la rédaction ! rigole Frida.

- Il y’a peu de ça ! Barois préfère choisir ses collaborateurs tout seul !

- Quelqu’un a des nouvelles de Mathilde (ex-femme de Pierre) ? lance Gaby.

- Depuis qu’elle vie à Boulogne/Billancourt, avec le fils d’un industriel de l’armement, elle a pris un peu ses distances avec la famille ! répond Frida.

Jacqueline enfonce le clou.

- C’est tout de même un comble Mathilde, infirmière dévouée, pacifiste, plutôt orientée à gauche, qui vit maintenant de manière bourgeoise, avec le fils d’un magnat de l’armement !

- Bon maintenant, il serait temps de changer de conversation ! grogne Pierre. Je ne pense pas que nos histoires de familles, intéressent les cousins de Jean Hubert !

Les serveurs, arrivent au bon moment avec le foie gras proposé en entrée, accompagné d’un Sauternes Château Guiraud.

Jacqueline pose naïvement la question.

- Tient-il ne s’agit pas de vin de la propriété ?

- Ah non, sur Pauillac, la spécialité c’est le rouge ! lui répond sèchement son frère.

- Ma grand-mère a beau être généreuse, elle n’allait pas faire servir un Château Yquem, pour 200 convives ! rajoute Jean Hubert.

- Quel destination avez-vous choisi, pour votre voyage de noce ? questionne Henri, un des deux cousins.

- La destination la plus romantique au monde après Paris, Venise évidemment ! Répond Gabrielle tout sourire.

- Et le cabriolet Facel Vega devant la porte, qui intéresse Charles l’autre cousin, fait partie des cadeaux de mariage ?

- Tout à fait, il s’agit d’un caprice de ma part, qui comme d’habitude a séduit ma grand-mère !

Frida écrase un rire étouffé. Elle se souvient que Jean Hubert s’était fendu d’une comparaison douteuse en devisant sur Gaby, la comparant lors de leur première rencontre, à la ligne d’une Facel Vega(Voir la tourmente des ténèbres). Puis arrive le plat de résistance, civet de chevreuil grand veneur, cette fois servi avec les Pauillac du Château.

Particulièrement néophyte dans les vins, Jacqueline pose un nouvelle question.

- Pourquoi les serveurs nous donnent le choix entre un Château Grand Puy Ducasse et un Prélude à Grand Puy Ducasse ?

Son frère continue la leçon.

- Si tu avais fait la visite des chais avec nous, tu saurais que le Prélude est le numéro 2 du château, provenant de cépages identiques, mais plus jeunes ! De ce fait il est moins tanique et plus dans mes goûts, si tu veux tout savoir !

- D’accord je mourrais moins stupide ! Mais nos amis ne savent peut-être pas, que si tu as changé ton nom de Pierre Malet en Pierre Fixin pendant la guerre, c’était pour prouver que tu es d’abord un amateur de Bourgogne !

Toujours blague à froid, le Major von Riegsburg, prend la parole.

- Moi je ne sais pas ! Dans l’Ahbwer j’étais à la recherche de « Grenelle » ?(Voir Nom de code Grenelle »)

Après la farandole des fromages, arrivent la pièce montée, et les bouteilles de Ruinart.

- Dit-donc « Jean Hub », l’ambiance de l’orchestre est toujours aussi sinistre, on attend ta surprise ! relance Jacqueline.

- Effectivement, à toi de jouer « Charly » !

Les deux cousins se lèvent d’un seul homme, pour se conduire derrière un rideau d’où il extrait une guitare électrique, une basse et un ampli. Puis, ils se dirigent vers l’orchestre pour installer leur matériel et le brancher. En quelques secondes, « Rock and roll the clock » succède à la musique douce, sous le regard médusé des parents et de la grand-mère.

En un instant, la table des mariés est poussée et Gaby et Jean Hub, partent dans un rock endiablé. Les von Riegsburg, les rejoignent peu après. Pierre Malet, s’est écarté pour faire place aux danseurs. La grand-mère n’en revient toujours pas, et lui pose la question.

- De quoi s’agit-il ?

- Un nouveau son qui nous vient d’Amérique Madame, le Rock and Roll !

Puis Frida, finit par le rejoindre pour l’entrainer au milieu des danseurs. Les deux cousins déchainés, avec « Tutti Frutti », enchainent des tubes d’Elvis Presley et Little Richard, Pierre Malet « en légère surcharge pondérale », s’essouffle le premier et quitte le groupe pour aller s’aérer. Frida finit par le rejoindre.

- Dit donc mon chéri, il est vraiment temps que tu reprennes le...