: laura martena
: pour son bien
: Books on Demand
: 9782322646401
: 1
: CHF 5.30
:
: Hauptwerk vor 1945
: French
: 262
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
La vie ne nous donne pas ce dont nous avons envie. Elle nous donne ce dont nous avons besoin. Malgré une enfance privilégiée Aline ressent un profond mal-être. Au fil de sa vie, elle se complet dans des situations plus toxiques les unes que les autres. Bien qu'elle possède un entourage aimant, Aline s'enfonce dans l'auto-sabotage jusqu'au jour où elle découvre, à l'encontre de toutes ses croyances, l'origine de son comportement. Pour son deuxième roman, Laura nous signe une fiction basée sur la reconstruction et l'acceptation de soi.

Laura Martena est née en Haute-Savoie le 2 février 1990. Educatrice sportive de profession, elle signe aujourd'hui son deuxième ouvrage. En effet, après l'accueil chaleureux de sa nouvelle autobiographique"Derrièr tes lunettes vertes", elle revient, cette fois, avec un roman fiction :"Pours son bien", avec lequel elle espère toucher, à nouveau, ses lecteurs.

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Le grand jour

1980. Cette année-là a vu naître « Médecins sans frontières », Coluche annonçait sa candidature aux présidentielles et le Pape Jean-Paul II faisait honneur de sa présence à Paris, pendant que Bob Marley réunissait 50 000 personnes au Bourget pour la paix.

Il était 11h58, ce mercredi 6 février, lorsque son premier cri a retenti dans la salle de naissance de la maternité d’Evian-Les-Bains, en Haute-Savoie.

Je me tenais prête pour le 14, les gynécologues avaient joué la sécurité en programmant la césarienne deux semaines avant le terme, sa sœur n’ayant pu naître par voie basse avant elle du fait du bassin trop étroit de leur mère. Prise au dépourvu, je me suis rendue aussitôt à ses côtés pour ce long voyage qu’est la vie. On m’avait pourtant prévenue :

« Ce sera une Verseau… Arme-toi de patience, ce sont les spécialistes de l’esprit de contradiction. Ce sera non, quand tout le monde dira oui. Ce sera à gauche, quand tout le monde ira à droite. Ce sera du bleu, quand tout le monde verra du jaune. Ce sera de la peur, là où tout le monde trouvera de la sécurité… ».

Malicieuse, confirmant déjà les dires, elle avait décidé le 6 et non le 14. La fête des amoureux ne l’inspirait visiblement que moyennement.

Le Dr Jineto, appelé en urgence, l’avait sortie en quelques minutes seulement. Tout s’était très bien passé. Il avait même exprimé un compliment en la déposant sur la poitrine de sa mère :

« Et voilà, elle est magnifique, félicitations ! ».

C’est vrai, elle était belle. Je me suis éprise très vite de ce petit ange. Son visage n’était pas marqué par la souffrance d’un passage par le col de l’utérus, non, le médecin était allé la chercher délicatement à deux mains au creux du ventre de sa tendre mère, qui n’avait pas hésité une seconde à sacrifier son corps de jolie jeune femme pour lui donner la vie. Elle avait de grands yeux, de bonnes joues et une sacrée tignasse brune sur le crâne qui avait laissé admiratives les sages-femmes affairées autour d’elle :

— Oh mais tu as vu ça ?

— Mon dieu cette touffe de cheveux !

— On pourrait déjà lui faire un palmier sur la tête !

Sa mère s’était plainte toute la grossesse de brûlures d’estomac et répétait sans cesse :

« Elle aura beaucoup de cheveux ! ».

Légende urbaine ? Je vous laisse décider… La couleur de ses yeux était indescriptible, ni bleue, ni verte, mais un genre de gris bleuté. Deux magnifiques petites billes. La teinte de sa peau avait fait un compromis entre papa et maman : un petit bronzage doré, et des cheveux ondulés. Bien portante, du haut de ses 54 cm et de ses 3.660kg, elle se moquera souvent d’elle-même plus tard, chaque fois qu’elle regardera les photos de sa naissance. Un Bibendum, pensera-t-elle en riant. Mais il est vrai qu’elle n’était pas venue voir le jour à cette heure-là pour enfiler des perles. Elle nous envoyait doucement le message qu’elle ne manquerait jamais un déjeuner. Et toute sa vie elle fera honneur à ses assiettes. Elle mangera pour deux.

*

Sa mère, Emmy, arrivée dans la région quelques années plus tôt, était un petit bout de femme d’un mètre cinquante-huit, d’un métissage clair sublimé par de beaux yeux verts. Son immense chevelure frisée d’un ton châtain faisait des envieuses. Plutôt fine mais gâtée par les formes d’une silhouette en huit dues à ses origines antillaises.

Malgré sa modeste taille, elle ne ressemblait en rien à une petite princesse fragile, mais bien à une véritable lionne à dompter !

Elle avait pris les airs pour rejoindre sa tante partie en métropole dix ans auparavant. Emmy aussi voulait voir autre chose, tenter une nouvelle aventure dans ces montagnes fraîches, loin de l’océan. Sans mauvais jeu de mots, le climat l’avait refroidie. Mais elle était persévérante, il en fallait plus pour la décourager.

C’était lors de son service qu’elle avait rencontré celui qui serait, plus tard, le père de ses enfants. Elle avait trouvé ce petit boulot de serveuse, le temps de savoir ce qu’elle voulait faire de sa vie, ici, dans un univers très différent de ce qu’elle avait toujours connu sur son île.

Au sein d’un petit restaurant ouvrier, elle découvrait la vie professionnelle et s’en félicitait. Être indépendante comptait beaucoup à ses yeux. Il n’avait pas fallu longtemps pour qu’elle attire les convoitises. Le patron en était secrètement ravi. La splendeur de sa serveuse attirait tous les travailleurs du coin et parfois même d’un peu plus loin, pour soi-disant, profiter d’un bon gueuleton. Il n’était pas dupe.

Elle aimait ce travail car, malgré les contraintes horaires de la restauration, cet établissement n’ouvrait qu’à la pause déjeuner. Ce qui lui laissait du temps pour découvrir la région et essayer d’y trouver ses marques.

Elle appréciait les bords du lac Léman, se promener sur les quais, regarder les bateaux, les nageurs et quelques canoës. Elle contemplait également la couleur du lac, bien différente de la mer des Caraïbes. Ce lac était nettement plus sombre, on ignorait ses tréfonds, ce qui la faisait frissonner avant d’y plonger, tout comme la température de celui-ci. Un peu comme son voyage ici finalement, pensait-elle.

Un midi, parmi la foule, c’est un jeune espagnol, environ un mètre soixante-quinze, qui avait attiré son attention. Plutôt musclé, il en jetait c’est vrai : cheveux noirs à la Travolta dans «Grease » regard malicieux sublimé par des yeux d’un marron sombre, qui lui donnaient un air ténébreux si… sexy. Pourtant pas grand, mais dans son regard à elle, il occupait toute la pièce.

Emmy avait flairé le macho qui claquait des doigts pour avoir tout ce qu’il voulait à des kilomètres à la ronde et s’efforçait, tant bien que mal, de paraître indifférente :

— Bonjour, vous avez choisi ?

— Je m’appelle Pedro.

— Très bien Pedro, que prendrez-vous ?

— Votre cœur pourquoi pas !

— …

— Et vous, c’est comment ?

— Pardonnez-moi monsieur, mais la salle est comble, pouvons-nous aller à l’essentiel ?

Boum ! Coup de foudre ! Touché en plein cœur comme on dit, l’homme n’avait pas l’armure appropriée face à ce petit bout de femme.

Pedro avait l’habitude d’avoir les femmes à ses pieds. Séducteur invétéré, avec ses irrésistibles « R » chantants, il s’offrait à toutes sans engagement particulier. Aucune n’échappait à la règle. Il n’avait même jamais été officiellement en couple. Ce n’était pas son truc. Non pas parce qu’il n’avait pas de cœur, bien au contraire, c’était un tendre, un romantique, mais il n’avait jamais ressenti l’envie de montrer cette facette de lui jusqu’alors.

A cet instant, en une fraction de seconde, quelque chose de différent s’était produit en lui. Face à Emmy, à la différence des autres femmes qu’il avait côtoyées, il n’avait pas ressenti quelque chose dans son pantalon, pour une fois, mais bien dans sa poitrine. Il ne connaissait pas cette sensation. Il en était déboussolé. A tel point que pour la première fois, ses collègues l’avaient vu se faire tout petit et se mettre en retrait. Il l’observait, elle, Emmy, cette beauté exotique, qu’il voulait conquérir. Non pas pour ajouter un trophée à sa collection, non pas parce qu’elle lui résistait, non pas parce qu’elle représentait un défi. Non, il ne l’expliquait pas, elle était différente des autres et méritait donc un traitement de première classe.

Lorsqu’Emmy s’approcha pour déposer l’addition et débarrasser quelques assiettes, Pedro lança sans sourciller :

— Vous connaissez cette petite guinguette à la plage de St Disdille à Thonon-Les-Bains ?

Emmy fit de grands yeux mais ne réagit pas. Il poursuivit :

— Je vous attendrai à 20h00 ce soir sur leur terrasse, je vous invite à dîner, j’espère que vous viendrez.

Elle esquissa un petit...