Chapitre 2
« On souffre sans se plaindre de la peine qu’on a méritée. »
Ovide
Deux jours après être rentrée chez elle, Aly se reposait encore, même si elle se sentait déjà en meilleure forme. En revanche, ses poignets la faisaient encore un peu souffrir. Elle n’osait pas enlever ses bandages, car elle se souvenait encore de la douleur des lames de rasoir contre sa peau. De la douleur qui lui avait rongé le cœur. Mais malgré ça, elle se sentait un peu mieux.
Aly se leva pour prendre un en-cas, n’ayant que très peu mangé depuis son retour à la maison. Elle trouva sa mère dans la cuisine, à ranger la vaisselle. Oliver et Stephen s’étaient absentés. Anne leva la tête vers sa fille et sourit. Celle-ci ouvrit le placard où étaient rangés les céréales et les gâteaux. Aly répondit au sourire de sa mère par un timide rictus et se servit dans une boîte de biscuits Oreo.
– Comment ça va, ma chérie ? l’interrogea soudain sa mère.
– Mieux, Maman, répondit-elle.
– D’accord. Veux-tu que je te prépare un bol de chocolat ? Ou de thé ? ajouta Anne en refermant le lave-vaisselle.
– Je veux bien un thé, merci.
La jeune fille prit deux sachets de gâteaux et rangea la boîte. Elle se rendit dans le salon et s’installa sur le canapé en attendant son thé. Aly alluma alors la télévision, voulant se vider la tête et se changer les idées.
Quelques minutes plus tard, Anne entra dans la pièce, la tasse d’infusion à la verveine dans sa main. Elle s’assit auprès de sa fille, qui la remercia d’une petite voix. Anne observa la demoiselle avec insistance, lui caressa les cheveux, puis elle lui murmura :
– Si tu veux qu’on discute, je suis là.
– Je sais, répondit Aly en lui souriant. Mais ça va aller, ne t’inquiète pas. J’ai juste besoin de m’aérer l’esprit, c’est tout.
– Je comprends. Souhaites-tu appeler des amis ? Pour qu’ils viennent te voir un peu ? proposa la mère.
Aly hésita un instant, puis concéda :
– C’est une bonne idée, oui. Merci Maman.
Aly lui embrassa la joue, puis saisit son téléphone portable qui se trouvait dans sa poche de robe de chambre et appela Candice. Il était vrai que ses amis lui manquaient beaucoup : Jasmin, Lily, Diego, Candice… Anne quitta la pièce et laissa Aly téléphoner à ses camarades.
Candice arriva une heure plus tard avec Diego et Lily. Les trois amis avaient retrouvé Aly dans le salon.
– J’avais envie de vous voir, avoua cette dernière en souriant timidement. La solitude me pèse beaucoup en ce moment.
– J’imagine, lui dit son amie blonde en souriant. Tu nous manquais aussi, tu sais.
– Alors ? Comment te sens-tu aujourd’hui ? lui demanda Diego.
Aly passa une main furtive dans sa chevelure brune et répondit :
– Je vais mieux. J’ai tout simplement hâte de pouvoir sortir un peu !
– On s’en doute, admit Lysa. Et puis, ça tombe bien, Noemy et moi voulions organiser une escapade entre amis pendant les deux mois qui viennent, du côté de Tenby, au Pays de Galles. Tu serais partante ?
Aly esquissa un large sourire et lui dit :
– Bien sûr ! C’est une très bonne idée ! Je ne connais pas ce coin-là, en plus !
– Cool ! Demande à tes parents d’abord, mais je ne pense pas qu’ils soient contre cette idée.
– Oui, et puis ça va te changer les idées, acquiesça Candice.
Aly semblait enthousiaste par cette proposition. Elle interrogea son amie Lily :
– Et tu pensais inviter qui à cette excursion ?
– Ben déjà, ma sœur, Candice, Vladimir, toi… Ton frère, Diego, Jasmin, Alex aussi…
– Et Dylan ? se risqua de demander Diego d’une toute petite voix.
Les trois jeunes filles se tournèrent vers Diego, surprises. Celui-ci ajouta :
– Ben quoi ? C’est mon meilleur ami, non ?
– Bien sûr, mais c’est aussi l’ex-copain d’Aly, fit remarquer Candice en faisant la moue.
– Oh, s’il vous plaît, ne vous prenez pas la tête avec ça, intervint celle-ci d’un air las.
Candice et Lily se jetèrent un coup d’œil perplexe.
– Rappelle-toi qu’il t’a fait du mal aussi, lui dit Lily en regardant Diego.
– Je sais. Il est venu me voir à l’hôpital, l’autre jour, raconta Aly. Et pour tout vous dire, il veut qu’on recolle les morceaux, tous les deux. Et qu’on redevienne amis.
– Parce que tu vas lui pardonner ?! Tu n’es pas très rancunière…
– Je ne l’ai pas totalement pardonné, figure-toi.
Diego lâcha un soupir. Candice, songeuse, prit la parole :
– Après tout, fais comme tu le sens, Aly. C’est à toi de décider. Et puis, si tu l’aimes encore, on ne peut pas t’en empêcher. Il faut juste que tu fasses attention à ne pas te faire de nouveau brûler les ailes.
– Je suis d’accord, renchérit Diego.
– Et si je n’ai pas envie de l’inviter à l’escapade, on fait comment ? les coupa Lily d’un ton sec.
Diego soupira derechef.
– Tu es têtue quand tu t’y mets !
– Je suis têtue et j’ai toujours raison, lui rétorqua-t-elle.
– Fais un effort, Lily, s’exclama Candice. Ça leur permettrait peut-être de se retrouver. Je suis sûr qu’il culpabilise de sa connerie.
– C’est ce que je me tue à lui faire avouer, murmura Diego comme pour lui-même.
Lily croisa les bras : elle n’était évidemment pas prête à pardonner à Dylan. Elle lui en voulait encore de son comportement envers Aly. Certes, il était venu la voir pour s’excuser, mais Lily s’était fait une mauvaise opinion de lui depuis l’incident. La jeune fille avait failli perdre l’une de ses meilleures amies. Pourtant, elle se disait que Candice et Diego avaient raison sur un point : ces vacances feraient du bien à Aly, et elles lui permettraient de renouer avec Dylan. Ils avaient des choses à se dire. Et en plus, c’était le meilleur ami de Diego…
Après avoir réfléchi quelques instants, Lily concéda :
– Bon, OK, j’accepte. Mais je fais cet effort uniquement pour Diego et Aly !
– Merci, sourit le jeune homme.
Aly, quant à elle, ne se prononça pas. Mais elle vit la mine grisée de son amie, comprenant que cela ne lui plaisait pas de trop. Elle lui frotta le bras et lui dit en riant :
– Allez, Lily, ne fais pas la tête !
Candice et Diego pouffèrent de rire. Au même moment, Anne Redwood entra dans la pièce, un plateau de cookies tout chauds à la main. Constatant la bonne humeur des jeunes gens, elle s’exclama avec entrain :
– Eh bien, je vois que vous avez le sourire ! Ça fait plaisir à voir.
– Oui, madame, répondit Diego en souriant.
– Ils se moquent de moi, se plaignit Lily.
Aly gloussa à son tour :
– Oh, mais ça nous fait toujours rire, ta petite moue rageuse.
– Je vous ai préparé des cookies, annonça Anne en posant le plateau sur la table basse. Servez-vous.
– Merci beaucoup, Anne ! lui dit Candice. En plus, j’ai toujours trouvé vos pâtisseries succulentes !
– C’est gentil, Candice, ça me touche.
Anne s’assit sur un fauteuil, près des quatre amis. Lily lui exposa son projet d’escapade entre amis. La mère hésita tout d’abord, puis finit par accepter, elle savait que ces vacances organisées feraient le plus grand bien à sa fille.
Le soir même, chez Dylan, l’ambiance était toute autre. Le jeune homme ne semblait pas à son aise, surtout lorsqu’Abby l’embrassait langoureusement. À chaque baiser, à chaque étreinte, il voyait Aly. Cela le perturbait de plus en plus.
– Ça ne va pas, Dylan ? lui demanda Abby, allongée sur lui, ayant remarqué la tension qui émanait du jeune homme.
Dylan reprit son souffle et secoua la tête, pâle.
– Non, répondit-il.
Abby...