: Anais Davignon
: Axelle - Un combat prématuré
: Books on Demand
: 9782322628483
: 1
: CHF 6.10
:
: Schwangerschaft, Geburt, Säuglinge
: French
: 186
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Après une grossesse plus ou moins classique, Anaïs et Lucien voient leurs vie basculer à la naissance d'Axelle, une petite fille arrivée bien trop tôt dans la vie de ses parents. Sa maman prend la parole.

2 – Prise de conscience


Nous voilà samedi vingt-huit octobre, j’approche de ma dix-septième semaine d’aménorrhée. Voiture chargée jusqu’en haut du coffre, nous partons direction Saint-Jeande-Luz.

La route est longue, la pluie s’invite, mais après environ cinq heures de route avec une pause petit déjeuner, nous arrivons à destination avec un ciel légèrement gris et une température agréable. Le temps de nous installer, quelques contractions apparaissent, la route a sûrement été un peu trop longue pour bébé. Dès le lendemain, un ciel bleu, inconsidérément rosé, fait son apparition. Le thermomètre affiche treize degrés, les oiseaux chantent, on prévoit en famille d’aller visiter les environs avant que la pluie n'ait le temps d’arriver puisque en montagne, le temps change très vite.

Nous passons une agréable journée, mais les nouvelles de mamie ne sont pas bonnes. Hospitalisée, nous commençons tous à comprendre que les prochains jours seront décisifs.

Nous rentrons partager un repas et allons nous reposer pour attaquer la journée du lendemain qui promet d’être superbe puisque nous allons fêter Halloween. C’est à huit heures du matin que nous entendons une petite voix nous appeler du fond de son lit, Agathe a très faim. J’enfile mes chaussures, et pars chercher pains et viennoiseries avec ma petite crevette qui me réclame de faire le trajet dans mes bras. Telles deux personnes modèles, nous apportons des viennoiseries à Papou et Mamoune qui ont tout juste ouvert les yeux. Chacun déjeune dans son bungalow, s’habille, se lave, et ce sera une journée tranquille aujourd’hui. Ravitaillement des troupes, piscine et balades espagnoles sont au rendez-vous, il fait beau, presque chaud, nous avons dix-huit degrés d’affichés, nous voilà en route pour aller se ressourcer. Arrivés en Espagne, après s’être un peu perdus sur le chemin, nous prévoyons de faire une blanquette ce soir, alors une fois toutes les provisions dans la voiture, c’est retour au camping. Dans la tête d’Agathe, il n’y a plus qu’une seule idée. Elle a aperçu la piscine le matin même, alors nous n’avons pas d’autre choix pour le programme de l’après-midi.

Elle adore l’eau, elle saute, ressort, retourne s’amuser, puis petit câlin à maman car elle commence à avoir un peu froid. Je ne me sens pas comme d’habitude cet après-midi, quelques nausées accompagnées de maux de tête qui peinent à passer, mais nous sommes stressées ces derniers temps, alors je prends du paracétamol, et me dis que ça finira par passer. Après un passage à la douche pour tout le monde, nous nous rendons dans le bungalow de mes parents pour commencer à préparer le repas tout en prenant un petit apéritif. Ce soir-là, Agathe est déguisée en dinosaure, papou en clown tueur et Lucien se prête au jeu en faisant peur lui aussi à chaque enfant frappant à la porte. Nous faisons également notre petit tour de chasse au bonbon avec notre petit dinosaure, mais très vite elle en a assez et nous rentrons dîner. Mamoune a mal à l'oreille ce soir, elle couve une belle otite, et moi j'ai encore quelques contractions. Quelque chose se passe, mon corps m’alerte. Je laisse passer la soirée, nous mangeons notre petite blanquette, un petit dessert et tout le monde au lit, car demain nous prévoyons de sortir un petit peu.

Dans la nuit, une douleur me réveille, très poignante. Je ne connais pas cette sensation, alors je prends mon téléphone et échange avec un groupe de copines, toutes enceintes avec un mois de terme en commun, en avril. Renommé “Les Avrilettes”, ce groupe de partage devient notre repère à toutes et je leur décris ce que je ressens. Malheureusement, tout le monde dort et je n’ai pas de réponses, je décide de retourner me coucher sans m’inquiéter. Il est aux alentours de sept heures du matin quand je me réveille une seconde fois, je prends mon téléphone et je vois un message reçu par ma maman quelques minutes plus tôt, me demandant si je dors. Je lui réponds que non, inquiète de ce contact si matinal, puis elle m'invite à sortir à l'extérieur. Timidement, j'attrape une veste et regarde dehors. Le temps est gris, je sors et la vois arriver au loin, lunettes de soleil et viennoiseries en main. Il n’y a pas un brin de soleil, il est tout juste sept heures du matin le premier novembre, il ne me faut pas beaucoup plus d’informations pour comprendre ce qu’elle va m’annoncer. Elle monte sur la terrasse et retire ses lunettes. Ses yeux sont rouges, gonflés, et avant qu’elle puisse dire quoi que ce soit, je la regarde et lui demande : “Alors ca-y-est ?

Mamie est partie ?” Un signe de tête confirme ce que je redoutais le plus. Je l’invite à s'asseoir, puis elle me raconte tout : Son cancer devenait beaucoup trop invasif, elle était touchée de partout, et dans son sommeil, cette nuit, son cœur s'est arrêté. Ces explications m’arrachent le cœur, je ressens un petit coup de ma mini crevette alors que je venais de poser les deux mains sur mon ventre. Bébé m'a réveillée cette nuit, par je ne sais quel hasard, comme pour me dire que mamie n'était plus là. Nous échangeons quelques mots, puis elle retourne dans son bungalow réconforter mon papa, qui lui, n'a officiellement plus de parents… Pour ma part, je retourne au lit, observe Agathe et Lucien et commence à prendre conscience que c’est terminé, plus jamais je pourrai passer de repas avec elle à refaire le monde. Mes larmes coulent toutes seules, je n’arrive pas à réveiller Lucien pour lui annoncer. Je m’apprête alors à quitter la chambre, puis il m’attrape par le bras pour me demander ce qu’il se passe. J’ai beaucoup de peine à lui expliquer, mes pleurs dépassent mes mots, c’est très difficile. Il me prend dans ses bras et je me calme avec ses mots doux. La journée que nous devions passer prend un tout autre tournant. Je n’ose même pas aller voir mon papa, je ne sais pas dans quel état il est, j’écris alors à ma maman pour tâter le terrain, elle me dit qu’il va bien, je peux y aller. Nous faisons le choix de ne rien dire à Agathe, je n’ai pas la force de répondre à ses questions, par peur qu’elle ne comprenne pas. Une fois tous ensemble, il nous explique comment il l'a appris, puis on essaye de trouver quelque chose pour se changer les idées. Nous déjeunons au restaurant et on échange sur le déroulement des prochains jours. Est-ce qu’on part ? Est-ce qu’on attend ? Et quand auront lieu les obsèques ? Finalement, mes parents prennent la décision de partir dès le lendemain avec mon petit frère et nous partons quelques jours après. De retour à la maison après que nous ayons déballé les valises et fait un brin de ménage, nous commençons à réfléchir à quelle tenue nous porterons le jour de l’enterrement. La prise de conscience est assez difficile : je sais ce qu’il va se passer, j’ai conscience que nous devons lui dire au revoir, mais je ne veux pas que tout ça soit réel… Le jour fatidique arrive, nous prenons la voiture pour aller rejoindre mon grand frère.

avant d’aller à la chambre mortuaire lui dire au revoir une dernière fois. Elle a l’air apaisée, c’est l’ultime moment pour lui faire une dernière confidence. Je lui glisse alors une petite note dans son cercueil pour lui confier que nous attendons probablement une petite fille, et qu’elle s’appellera Axelle. La suite de l’enterrement est très compliquée pour moi, j’ai l’impression que tout s’effondre, je me sens très seule, il fait froid, j’ai envie que tout s’arrête, je veux rentrer chez moi. Après ce dernier au revoir, chacun a repris le cours de sa vie, mais le mercredi suivant me paraissait fade, Agathe me demandait sans cesse si on allait voir mamie. J’ai fini par aller chercher un repas pour nous deux, qu’on a mangé tristement devant un dessin animé.

Les jours et les mois passent, ma grossesse avance doucement, et c’est au mois de décembre que nous avons, avec son papa, la confirmation que c’est une petite fille qui sera bientôt avec nous. Bientôt, si je ne m’abuse… Un peu plus tôt que prévu en tout cas. Je fête le 16 décembre mes vingt-et-un ans avec famille et amis et c'est également ce jour-là que nous décidons d'annoncer à nos proches qu'une petite puce viendra nous rejoindre le 20 avril 2025.

Rapidement, les fêtes de fin d’année approchent, un moment de joie et de bonheur, mon amoureux me réserve une petite surprise. Après un copieux repas, au moment du...