2. La grande rue Ormond
Lily se réveille à sept heures, tout comme elle le faisait habituellement lors de ses journées de travail. Elle commence sa journée en prenant une douche, ensuite elle exécute ses exercices routiniers de Tai Chi et de Karaté Kata, prend un petit déjeuner, se douche une deuxième fois, s’habille et finalement monte sur le bus de 08 :15 pour se rendre sur la grande rue Ormond où se situait l’hôpital éponyme où elle travaillait. Elle descend du bus à 08 :45 ce qui lui donnait du temps pour se changer en tenue de travail et commencer son quart de service à 09 :00.
En tant qu’étudiante étrangère en médecine qui ne prendrait aucun examens, Lily occupait un emploi de 09 :00 à 17 :00, où elle agissait plutôt comme une infirmière auxiliaire qu’un médecin. Mais ce travail lui permettait de parfaire son éducation et serait impressionnant sur son curriculum vitae. Deux ans d’expérience dans un des meilleurs hôpitaux pour enfants du monde entier vaudrait beaucoup plus que son diplôme thaïlandais en dehors de la Thaïlande.
Lily se rend alors dans la salle du personnel associé au département de l’hôpital pour vérifier quelles fonctions qui lui avaient été assignées pour la journée. Elle y ramasse également une copie de sa rotation de quart de travail pour la semaine. Elle note que sa demande pour deux demi-journées de congé le mardi après-midi et le mercredi matin avait été approuvée. C’est alors qu’elle demande par écrit pour avoir un congé le mercredi matinet le jeudi après-midi de la semaine suivante. Elle remet ensuite sa requête pour bien prouver qu’elle avait bel et bien reçu son emploi du temps pour la journée et la semaine.
Lily dit alors un « bonjour » plutôt superficiel et seulement pour la forme au personnel infirmier qu’elle connaissait et reçoit une réponse similaire. La majorité du personnel était trop occupé au début d’un quart de travail pour s’arrêter et faire la conversation. Alors Lily s’empresse à retrouver le médecin et l’infirmière chef qu’elle assisterait durant leur ronde des patients ce matin.
Lily était populaire auprès de tout le monde, mais surtout pour les enfants qui semblaient la considérer comme une sœur aînée. Elle avait le don de leur parler au même niveau de différentes choses que la majorité d’entre eux n’avaient vus qu’à la télé. Quand elle était seule avec eux, elle les charmait avec des histoires de princes et de princesses asiatiques, de tigres, de crocodiles, d’énormes serpents et d’éléphants, donc de tout ce qu’elle avait bel et bien rencontré dans son pays natal de la Thaïlande. Et tout ce qu’elle racontait était véridique, bien qu’elle eût vu plus de serpents que de personnages royaux, et que les éléphants, les tigres et les crocodiles se trouvaient sur des fermes plutôt que dans la jungle. Malgré tout, elle pouvait raconter de belles histoires et garder les enfants amusés et distraits face aux traitements et des tests souvent ennuyeux ou éprouvants.
Les interactions avec les enfants étaient la prédilection de l’emploi de Lily et son enthousiasme envers eux lui avait valu le respect de tous ceux qu’elle rencontrait.
Le 14 Novembre dernier, elle s’était présentée au travail dans un costume thaï traditionnel. Elle avait acheté un « sarong » dans une boutique d’Oxfam ainsi que d’autres breloques pour l’agrémenter. Elle avait relevé ses cheveux, s’était appliqué du talc sur le visage et les enfants, en la voyant, étaient persuadésqu’elle était une princesse orientale de sang royal. Les supérieurs de Lily lui avaient permis de porter son costume pour ce jour seulement lorsqu’elle leur avait expliqué que c’était le costume traditionnel pour le jour de « Loy Krathong » - ou la « Fête des Lumières » - qui était l’équivalent de la Saint-Valentin en Thaïlande.
Les enfants avaient réellement joui de son apparence et certains patients à long terme lui avaient même demandé de le revêtir pour eux à diverses reprises.
Lily pense alors qu’elle aurait également des enfants un jour probablement avec Ron.
« Lily, ramenez le chariot un peu plus près s’il vous plaît.
—Oh, je suis désolée, infirmière chef », répond Lily alors qu’elle sort de sa rêverie.
Une des fonctions de Lily lors des rondes matinales était le chariot de médicaments pour que l’infirmière chef puisse les donner au médecin qui les administrait. Une enfant, une fille