: Claude Coja
: Essais - II - d'une rive à l'autre
: Books on Demand
: 9782322626946
: 1
: CHF 8.80
:
: Erzählende Literatur
: French
: 480
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Cet essai polyphonique explore les tensions identitaires, culturelles et politiques entre la France et le Brésil à travers une écriture hybride mêlant critique sociale, introspection auto-fictionnelle et analyse psychanalytique. Structuré en fragments, le livre aborde des thèmes tels que le machisme, la domination symbolique, la mémoire coloniale, le leadership autoritaire ou encore le déracinement affectif. L auteur y questionne les récits familiaux, religieux et nationaux, tout en interrogeant le regard croisé entre Européens et Latino-Américains. Este ensaio polifônico explora as tensões identitárias, culturais e políticas entre a França e o Brasil por meio de uma escrita híbrida que combina crítica social, introspecção autoficcional e análise psicanalítica. Estruturado em fragmentos, o livro aborda temas como o machismo, a dominação simbólica, a memória colonial, a liderança autoritária e o desenraizamento afetivo. O autor questiona os relatos familiares, religiosos e nacionais, ao mesmo tempo em que investiga o olhar cruzado entre europeus e latino-americanos.

Durant plus d'un demi-siècle, j'ai arpenté les mondes non en touriste, mais en habitant multiple, immergé dans les rythmes et les silences du Maghreb, du Moyen Orient, de l'Afrique, de l'Amérique du Sud, de l'Asie. Ces terres ne m'ont pas seulement offert des paysages : elles m'ont transmis des regards, des gestes, des langages de l'âme. Mes pas ont croisé les premiers pas de l indépendance de l Algérie, de Mai 68 à Paris, le 25 avril à Lisbonne, la lente et vibrante renaissance démocratique du Brésil. Autant de secousses qui m'ont façonné : témoin engagé, parfois fragile, toujours en éveil. Trente-trois années au Brésil m'ont ancré dans une autre manière d'être au monde. J'y ai appris la patience du rythme tropical, la violence feutrée des hiérarchies invisibles, et l'immense tendresse des marges. Ce pays m'a couvert comme une seconde peau, tendre et rugueuse à la fois, miroir d'un moi déplacé. Mes voyages se sont faits matière d'écriture, de poésie, fil conducteur d'une quête obstinée : observer l'humain, traquer le beau, chercher le vrai, même dans les plis les plus discrets du réel. Chaque rencontre, chaque lieu, chaque voix entendue a laissé sa trace. Aujourd'hui revenu en France, c'est cette mémoire vivante des ailleurs que j'essaie de transmettre dans les mots, dans les silences, dans une manière d'habiter le monde incertain, avec lucidité et chaleur. Por mais de meio século, habitei o mundo não como turista, mas como alguém que se deixa atravessar pelos silêncios do Magrebe, pelos gestos da África, pelos ritmos da América do Sul e da Ásia. Encontrei Maio de 68 em Paris, o 25 de Abril em Lisboa, e vivi a lenta reinvenção democrática do Brasil, onde morei por trinta e três anos. Lá aprendi a doçura das margens, a violência sutil das hierarquias, o tempo tropical da escuta. Esses caminhos me fizeram escritor: busco o humano, o belo, o verdadeiro mesmo onde quase não se vê. De volta à França, carrego uma memória viva dos outros. E tento, com palavras e silêncios, habitar o mundo com lucidez e calor.

Le théâtre du leadership d'entreprise


Entre la cathédrale, la messe et le Credo

Avant de se lancer dans la construction d'une quelconque stratégie de management, un moment d'introspection s'impose. Comme si nous étions devant un grand théâtre, sous des lumières incandescentes qui dévoilent chaque détail, chaque expression, sans maquillage ni artifice. Le projecteur de la vérité ne pardonne pas, il expose chaque ligne d'expression, chaque hésitation, chaque geste qui révèle l'essence du protagoniste. Devant un public impassible, composé d'individus sans complaisance, là, sur la scène éclairée de la réalité des affaires, les leaders sont testés.

Au centre de ce théâtre, les acteurs sont divisés en trois groupes distincts. Chacun, avec ses propres costumes et son scénario prédéfini, joue un rôle crucial dans le grand jeu du monde de l'entreprise. Parmi eux, des bâtisseurs de cathédrales, des chanteurs de masse et des gardiens du credo.

Les bâtisseurs de cathédrales : l'architecture sans liturgie

Les premiers à émerger sous les projecteurs sont les bâtisseurs de cathédrales. Chefs d'orchestre de structure, ils maîtrisent les lois de l'ingénierie commerciale, construisant des empires commerciaux avec une rigueur presque mathématique. Leurs mains travaillent la pierre brute de la stratégie, la sculptant en colonnes et en arcs monumentaux. Mais il y a un vide au centre de cette grande œuvre : l'esprit ne souffle pas à travers ses colonnes.

Ce sont des gestionnaires d'esprits pragmatiques, maîtres des feuilles de calcul et des objectifs, mais inconscients de l'âme de leur propre construction. Pour eux, le sens est un ornement inutile. Ils font usage de la solidité des lois du marché, de la précision des indicateurs, mais ils ignorent la nécessité d'un sens qui dépasse la matérialité. Ils créent des organisations imposantes, immaculées dans leur ingénierie, mais vides de but. Ses bâtiments d'affaires sont comme des forteresses impénétrables, où la raison l'emporte sur l'intuition et l'efficacité sur l'humanité.

La grandeur de ses cathédrales est impressionnante, mais ses couloirs font écho au vide de buts oubliés. Chaque salle de réunion est un confessionnal où les chiffres sont scandés comme des mantras, où les graphiques s'élèvent comme des prières jusqu'à l'a