: Jean-Claude Beïret Montagné
: Les lettres... jamais écrites
: Books on Demand
: 9782322644513
: 1
: CHF 6.10
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: Allgemeines, Lexika
: French
: 178
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Aspects oubliés de la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale. Résistants évadés de France par l'Espagne et emprisonnés. De 1941 à 1945, 23.000 Français, hommes et femmes, ont traversé la dangereuse barrière des Pyrénées pour tenter de rejoindre, et y parvenir, les Forces Françaises Combattantes. Traversant les dangers, méprisant leurs craintes, faisant connaissance avec les sentiments humains les plus divers et les abattements les plus pénibles, les grandes peurs et les impatiences ; l'internement généralisé dans l'Espagne du général Franco a été l'un des obstacles les plus difficiles à subir et à franchir. L'auteur raconte, sans concession, cette aventure sous forme de treize longues lettres qu'il suppose avoir pu écrire à un ami resté en France. Il lui décrit son parcours de réfractaire au S.T.O. (service du travail obligatoire) jusqu'à l'engagement dans l'Armée française en Afrique du Nord. Il en profite pour mettre son correspondant -le lecteur- dans l'ambiance de la vie quotidienne à Paris occupé. Cette forme épistolaire lui a permis de reprendre exactement ses états d'âme notés au jour le jour à cette époque. Toutefois, les événements appartenant à une histoire déjà ancienne, des descriptions sont traitées, malgré leur dure exactitude, en un style qui conduira souvent le lecteur au sourire, non pour l'événement lui-même mais par la façon de le conter avec l'humour qu'autorise le temps passé. Les jeunes lecteurs pourront, sans ennui, compléter leurs connaissances d'une petite histoire qui a compté près de 20.000 engagés volontaires - un peu oubliés - dans l'Armée française qui en avait bien besoin et qui, elle, a fait la Grande Histoire.

Né le 29 novembre 1922 à Biarritz (Pyrénées atlantiques). Sous-ingénieur radio ; en 1939 survient la guerre et au lieu d'entrer en études supérieures, il doit travailler. Réfractaire et Résistant (1939-1945), évadé de France par l'Espagne, emprisonné de longs mois, il rejoint fin 1943 les Forces Françaises Combattantes en Afrique du Nord . Engagé volontaire dans l'Armée de l'Air, il est nommé Aspirant, officier des Transmissions et du Chiffre à la brigade de Marauders B26. Après la capitulation de l'ennemi en 1945, il reprend ses études au Conservatoire National des Arts et Métiers qui lui attribue une médaille au titre de la Téléphonovision (Pr Huguenard). Il fonde une entreprise et crée des appareils pour la recherche médicale et l'enseignement. Retraité, il consacre son temps à l'écriture de ses souvenirs et à l'histoire de sa famille. Auteur d'ouvrages se rapportant à l'histoire de la télécommunication, à la T.S.F. et à la Résistance, il est aussi co-producteur d'un film documentaire (DVD) sur l'évasion de France par les Pyrénées :"La filière espagnole". Distinctions honorifiques reçues à titre militaire. Chevalier dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur - Médaille des évadés - Médaille commémorative guerre 39-45 avec barrettes : Engagé Volontaire& Libération - Croix du Combattant - Médaille de la déportation et de l'internement pour faits de Résistance - Croix du Combattant Volontaire de la guerre 1939-1945 - Insigne de Réfractaire.

CINQUIEME LETTRE


Pampelune, le 15 mars 1943 au soir.

Eh bien, mon Cher,

Ce que je vais te conter va te renverser.

J'attendais impatiemment à Mont-de-Marsan, en m'éloignant dans la forêt de pins le jour, dormant dans le bureau de la Mairie la nuit, sans pouvoir en sortir, car le portier, qui ignorait ma présence, verrouillait les issues. Gustave ne pouvait pas dire à son concierge qu'il avait du travail tardif chaque jour pour qu'on lui laisse une porte ouverte. Je partageais le dîner de l'équipe. Nous nous promenions un peu, Gustave et moi, dans le noir de la ville sans lumière. Un soir, nous avons fait une bonne farce à un soldat allemand en goguette. Ce pauvre troufion, qui aurait sans doute préféré être près de sa Gretchen, était complètement ivre quand il s'approcha de nous pour nous demander en saluant aussi dignement que possible :"Gaffet deu chportze". Après consultation et répétition, Gustave et moi conclûmes qu'il cherchait le café des sports et nous lui avons indiqué tout droit... la direction de la rivière. La Midouze coulait à une centaine de mètres de là et elle est peu profonde.

Puisque l'occupant nous imposait le couvre-feu et les rues sans lumière, il fallait bien qu'il en profitât aussi. La devise de nos cousins Germains étant"Gott mit uns" (Dieu avec nous), nous espérons que notre poivrot aura pu remarquer la rivière avant de mettre de l'eau dans son vin !

Le 7 mars, Gustave me donnait les ultimes consignes. Je devais partir le lendemain matin pour Salies-de-Béarn où un contact, un certain M. Darricau me prendrait en charge. Évidement, pas de gros bagage ; je n'en avais pas plus qu'en arrivant ici, je garderai le tout. Je passai la nuit du dimanche au lundi 8 dans un petit hôtel de confiance dont la patronne accepta de m'héberger sans remplir de fiche de police. En effet, mon car partait à 6 heures du matin et je ne pouvais pas coucher au bureau car toute incursion de Gustave à une heure si matinale aurait risqué de donner l'éveil au concierge.

La patronne de l'hôtel me reçut dans le couloir, elle abandonna un instant le bar qui était rempli de ce monde bruyant du midi. C'était l'heure de l'apéritif ou plutôt des mixtures innommables qui en tenaient lieu. Sans tarder, elle me conduisit au deuxième et dernier étage de l'hôtel et m'indiqua une petite pièce servant de débarras, sans fenêtre ni lavabo, mais dans laquelle on rangeait les matelas de rechange et un lit de fer. Elle me recommanda de me déchausser, d'être silencieux, de ne pas fumer et de partir aussi tôt que possible sans bruit. Elle ne fermerait pas à clef la porte de l'entrée sur la rue, je n'aurai qu'à tirer le loquet, silencieusement. Elle me donna la clef de ma"chambre" en m'enjoignant de m'enfermer à clef sitôt que je serai prêt.

Je devenais mon propre prisonnier. Une faible ampoule éclairait le réduit où je pouvais juste me tourner. Je résolus de m'étendre sur le lit qui grin