: Leo Augliera
: La Taverne De L'Ours Méchant
: Tektime
: 9788835476061
: 1
: CHF 4.40
:
: Dramatik
: French
: 242
: DRM
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB

C'est l'histoire de Marco, un journaliste à la dérive après le viol de sa femme et son suicide. Le désespoir et son besoin de changement l'amènent dans des milieux éloignés de son univers. Presque malgré lui, il se met à fréquenter les bas-fonds de sa ville et une gargote, La taverne de l'ours méchant, où il rencontre une humanité misérable et en marge de la légalité, composée en grande partie d'étrangers. Parmi eux se distingue Igor, un Hongrois cultivé, marqué par des expériences intenses au Moyen-Orient, où il a combattu comme contractuel et comme volontaire aux côtés des Kurdes contre Daech. Marco est fasciné par sa personnalité, mais il découvrira quelque chose qui le troublera profondément et aggravera sa crise existentielle.'









C'est l'histoire de Marco, un journaliste à la dérive après le viol de sa femme et son suicide. Le désespoir et son besoin de changement l'amènent dans des milieux bien éloignés de son univers. Presque malgré lui, il se met à fréquenter les bas-fonds de sa ville et une gargote, La taverne de l'ours méchant où il croise une humanité misérable et en marge de la légalité, composée en grande partie d'étrangers. Parmi eux se distingue Igor, un Hongrois cultivé, marqué par des expériences intenses au Moyen-Orient, où il a combattu comme mercenaire et comme volontaire aux côtés des Kurdes contre Daech. Marco est fasciné par sa personnalité, mais il découvrira quelque chose qui le troublera profondément et aggravera sa crise existentielle

2
Lorsque je rouvris les yeux, j étais allongé sur un lit dans une chambre d hôpital. Une douleur intense à la tête m empêchait de bouger. Du coin de l il, je remarquai le blanc immaculé qui régnait dans la pièce : le plafond, les murs, les draps et même les rares meubles qui la meublaient étaient d une blancheur éclatante.
Je pensai avoir passé un long moment dans un état de semi-inconscience, plongé dans cette froideur aseptique, et cette idée m inspira une profonde angoisse.
À ma grande surprise, je ressentis une étrange force vitale remonter du fond de mon estomac. Je tournai la tête avec difficulté vers la fenêtre et même si je ne voyais que la pénombre du crépuscule, mon c ur devint aussitôt moins lourd.
Mais la joie fut de courte durée : une vive douleur aux côtes m obligea à reposer la tête sur l oreiller, me renvoyant aussitôt à la blancheur monotone et stérile de la pièce.
Le bruit agaçant de pas précipités attira mon attention. Quelques instants plus tard, deux médecins et une infirmière pénétrèrent dans la chambre ; ils marchaient d un pas rapide et distrait, avec l air de ceux qui répètent les mêmes gestes pour la énième fois.
Ils s arrêtèrent au pied du lit et me fixèrent en silence, comme s ils tentaient d évaluer mon état à distance. Je pensai qu ils allaient se contenter de cette brève observation, mais je me trompais.
Le médecin le plus âgé se détacha du groupe et s approcha de moi. À cette distance, je pus distinguer nettement ses traits : c était un bel homme, arrivé à la fin de sa carrière, à la barbe et aux cheveux soigneusement entretenus. Il me parut assez grand, dépassant de plusieurs centimètres son collègue.
Il arborait une posture pleine d assurance, presque arrogante, typique de ceux qui ont l habitude de gérer les existences fragiles des autres. Il prit d un mouvement décidé mon dossier médical et le scruta longuement. Puis, il jeta un regard agacé à sa montre, comme s il venait de se rappeler un engagement, esquissa une grimace de contrariété avant de replonger dans la lecture de mon dossier.
J eus l impression que, derrière ces gestes brusques et assurés, il pensait à quelque chose qui ne me concernait pas.
L autre médecin, un homme maigre d une cinquantaine d années, affublé de lunettes et dont la calvitie dominait désormais un crâne lisse et brillant, m observait d un regard distrait.
L infirmière qui les accompagnait, une jeune femme terne, aux cheveux et aux cils d un blond trop clair, fixait le médecin en chef en silence, avec une expression que je jugeai excessivement respectueuse.
Agacé par leur silence, j émis, non sans effort, un faible râle qui suffit à attirer leur attention.
Le médecin âgé leva les yeux de son dossier et commença à m observer avec curiosité. Son regard me transperça, cherchant sur mon visage un signe que, épuisé, je n étais pas en mesure de lui donner.
« Docteur, il s est réveillé. »
Après un si long silence, la voix de l infirmière résonna dans ma tête comme le son de cent cloches.
L homme posa lentement le dossier et baissa la tête jusqu à ce que son visage