: Lyne Debrunis
: Un effet domino
: Books on Demand
: 9782322657605
: 1
: CHF 7.40
:
: Erzählende Literatur
: French
: 334
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Un professeur propose un projet de stage à une étudiante en fin de cycle universitaire. Après des hésitations et une longue réflexion, elle accepte de rejoindre cette organisation dont les règles particulières lui sont inconnues, ce qui l'inquiète car elle sortira de son milieu d'origine. Dès son arrivée, certains la repoussent ou la jalousent. Elle doit s'intégrer, dépasser ses limites et remettre en question ses préjugés. Ses valeurs lui feront prendre des décisions risquées qui changeront sa vie. Ce livre est un roman qui ne contient aucun propos explicite, il peut être lu par tous. Un effet domino est le premier roman écrit par l'auteure, il n'avait jamais été publié.

Retrouvez l'auteure et ses livres sur son site : www.argonautae.fr

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Paris le 16 avril 2001

La vibration bienvenue de l’appareil téléphonique de Sybille l’alerte d’un message entrant et la distrait de la lecture d’un manuel sur l’intelligence artificielle, un brin soporifique, conseillé par un enseignant. Vautrée dans un fauteuil un peu défoncé de la bibliothèque, usé par des générations d’étudiants, elle regarde son téléphone,
« Sans doute une pub » se dit-elle en saisissant l’appareil près d’elle et vérifiant le numéro avant de supprimer l’appel.

Il est seize heures et son cours n’aura lieu que dans une heure. Après un petit temps passé à regarder les oiseaux voleter dans l’arbre situé de l’autre côté de la vitre, sa concentration envolée, elle écouta le message laissant son regard planer sur son environnement. Quelques étudiants, peu nombreux, travaillent sur les tables mises à leur disposition, penchés sur leurs ordinateurs. Ils attendent comme elle leur prochain cours ou profitent du calme de la salle d’études. Au travers des vitres, elle aperçoit quelques arbres bourgeonnants dans lesquels les oiseaux s’ébattent après avoir profité des premiers rayons du soleil plus chauds et agréables de ce début de printemps. Il est là depuis quelques jours et elle est en fin de première année de MBA, encore une épreuve écrite et pour elle, cette année sera presque validée.

Tout à coup, son téléphone mis sur vibreur l’alerta à nouveau la sortant de sa distraction. Elle s’étonna d’entendre la secrétaire de son professeur-référent l’appeler. Elle n’avait eu que peu de contacts avec lui pendant son année aussi s’inquiéta-t-elle d’apprendre que monsieur Schneider désirait la rencontrer rapidement. Le front plissé par la réflexion, elle composa aussitôt le numéro afin de fixer un entretien, elle est à peu près sûre du motif du rendez-vous mais elle se trouve toujours sans solution satisfaisante à lui proposer :

« Afin de diminuer le stress, autant boire la potion tout de suite. » pensa-t-elle, stressée par cette situation, inconfortable pour elle.

- Pourquoi pas aujourd’hui en fin de journée, si Mr Schneider est disponible, pourrait-il me recevoir après mon cours ? Quoique nous sommes vendredi et peut-être souhaitera-t-il quitter la faculté plus tôt ?

Monsieur Schneider fit répondre qu’il la recevra dans son bureau, à dix-neuf heures trente, après l’amphi de dix-sept heures.

Sybille est vraiment tracassée, car elle n’a pas l’habitude d’être convoquée, bien que très gaie et souriante, elle est discrète, n’a rien de flamboyant et ne se fait pas remarquer. Sybille est une étudiante calme, assidue, régulière et ses résultats sont très satisfaisants. La seule raison pour laquelle elle imagine une convocation et qui lui donne des soucis est le sujet du mémoire à rendre à la rentrée prochaine pour clôturer cette première année. Elle doit faire une suggestion de sujet d’étude rapidement, or c’est la panne sèche. Elle n’était intéressée par aucun des thèmes suggérés par les enseignants. Elle les trouvait trop communs ou faciles et elle espérait un peu d’originalité, mais elle manquait singulièrement d’inspiration pour proposer un sujet qui n’aurait pas déjà été fouillé et décortiqué par des générations d’étudiants avant elle.

Elle espérait bénéficier d'un sursis pour faire une suggestion intéressante, même si elle avait conscience que le temps passait vite et que la fin des cours aura lieu dans à peine deux semaines. Elle a déjà validé l’essentiel de ses partiels, il n’en reste qu’un qui ne lui donne aucune inquiétude. Son année est quasiment acquise, il ne reste que ce fichu mémoire à rendre début septembre et à soutenir au plus tard en octobre pour se lancer dans sa dernière année de MBA de management des organisations.

Mr Schneider répondit à son petit coup sur la porte marquée à son nom.

Elle entra dans ce petit local pompeusement appelé bureau, sentant la poussière et encombré de documents et de livres.

- Bonsoir Monsieur, vous souhaitiez me voir ? dit-elle, impressionnée malgré elle.

Mr Schneider s’était levé pour l’accueillir et lui montra une chaise sur laquelle se trouve une pile de bouquins et de dossiers dans un équilibre instable. Elle se demanda « in petto », comment il faisait pour s’y retrouver, elle qui a besoin d’un environnement ordonné pour se concentrer.

- Bonsoir, Sybille, posez ces dossiers sur le coin du bureau et assoyez-vous.

Le professeur Schneider est un bonhomme un peu rond, pas très grand, à la calvitie avancée aux petits yeux bruns très vifs. Il avait retiré sa veste de costume et se trouvait en pull beige, ses lunettes repoussées au-dessus de son front et il lui adressa un sourire en la regardant déplacer ses affaires.

Empathique, le bruit court qu’il se targuerait de connaître ses élèves plus qu’ils ne l’imaginent et de les pousser à se dévoiler et à dépasser leurs limites, surtout lorsqu’ils n’en ont pas envie.

- C’est formidable que vous ayez pu répondre aussi vite à ma demande. Je n’ai pas encore reçu votre proposition de sujet de recherche… à moins d’une erreur de ma part ?

- Non effectivement, j’avoue être un peu embarrassée, j’aimerais étudier une institution sortant de l’ordinaire comme je vous l’avais dit, mais à part cela, les pistes que j’ai trouvées ne me passionnent pas ou ne comportent pas toutes les volets, organisationnels, humains et économiques à travailler. Je voudrais vous demander un petit sursis, au maximum d’une quinzaine de jours pour vous communiquer des propositions.

- Justement Sybille, j’y ai réfléchi moi aussi et j’aurais une idée à vous soumettre. C’est inédit et je pense que ce sujet pourrait en plus, vous faire sortir de votre habituelle zone de confort. Je m’explique, dit-il puis il reprit sur un débit plus lent, choisissant ses mots :

- Vous êtes une étudiante, attentive, studieuse, appliquée, organisée. Vous êtes incontestablement brillante, vos résultats sont là pour le prouver, mais, … parce qu’il y a un mais … arrêtez-moi si je me trompe…

Monsieur Schneider observa d’un œil aiguisé, Sybille qui fronçait les sourcils, légèrement raidie. Après un silence qui donna du poids à ses mots, il s’expliqua :

- Nous n’avons jamais eu l’occasion de parler de vos projets d’orientation après l’obtention de votre diplôme. Il me semble que pour pouvoir travailler avec d’autres qu’ils soient étudiants ou collaborateurs, il faut avoir la capacité de communiquer avec eux, de négocier, de défendre parfois âprement des avis… Au risque de me tromper, j’ai cependant de nombreuses antennes et nombreux sont les étudiants qui parlent de vous, et n’hésitez pas à me dire si je suis dans l’erreur, mais j’ai la très nette impression que vous n’avez pas eu beaucoup d’occasions de sortir de votre milieu protégé, de vous colleter avec des gens qui, ayant eu des soucis de toutes sortes, ont vécu des galères, ont fait des choix, parfois contestables, ou vivent dans des milieux interlopes.

Vous êtes intelligente et parfaitement éduquée mais êtes-vous adaptable ?

Avez-vous déjà eu, la possibilité de vous frotter à des populations qui n’ont pas vos références sociales, votre culture et votre probable aisance financière ? Dites-moi qui sont et ce que font vos amis ? Quelles activités pratiquez-vous lors de vos loisirs ? Quand partagez-vous des moments de plaisir avec d’autres étudiants ?

Sybille ne s’attendait pas du tout à une remise en cause voire à une critique de sa personnalité et de sa manière de vivre et ces paramètres sont-ils vraiment du ressort d’un professeur se demande-telle, aussi lui fallut-il quelques instants pour répondre :

- Vous avez raison, monsieur, je n’ai pas l’habitude de parler de moi et je ne sais trop quoi vous dire… Mes parents ont eu du mal à avoir un enfant, je suis donc fille unique et j’ai toujours été très protégée par ma famille. Elle est un peu étouffante parce qu’elle souhaite le meilleur pour moi et...