: Laura-Victoria Bousseau-Bleyer
: La Loyauté du Royaume Tome 1
: Books on Demand
: 9782322625734
: La Loyauté du Royaume
: 1
: CHF 8.80
:
: Fantasy
: French
: 458
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Les coïncidences n'existent pas. Pourtant elles jonchent les vies de ceux qui veulent bien les voir. Tandis que le monde sombre dans la peur et les rumeurs, Ada va osciller entre légendes et certitudes. Sommée par les lois antiques, la Loyauté du royaume se doit d'affronter sa plus grande peur. Alors qu'elle patauge parmi des indices plus incompréhensibles les uns que les autres, malmenée par une magie inconnue et terrifiante, Ada se met à rêver. D'étranges rêves, trop vivides pour ne pas y déceler une vérité. De l'autre côté des montagnes, un peuple draconique cherche la survie, par tous les moyens.

Laura-Victoria Bousseau-Bleyer est née en région parisienne mais c'est en Alsace qu'elle grandit et vit depuis toujours. Si les histoires l'ont toujours fascinée, elle a très vite le besoin d'exprimer sa créativité. Puisque le dessin n'est pas assez rapide pour elle, Laura-Victoria se tourne vers l'écriture, noircissant des carnets entiers, écrivant des histoires sur copies doubles qui circulent ensuite parmi ses camarades de classe. Elle écrit pour exister, pour oublier et pour exprimer ce qu'elle ne peut retranscrire à l'oral. Elle écrit pour la gamine perdue qu'elle était, pour les weird kids et les rêveurs. Passionnée de jeux de rôle, ne la lancez pas sur Critical Role ou Baldur's Gate, à moins d'avoir quelques heures devant vous. Obsédée par les dragons et la papeterie, elle attend encore le moment où elle pourra allier les deux.

CHAPITRE 2


Les jours de fête commençaient, maintenant que le printemps se montrait. Sur la route, Ada avait appris que le roi était mort et que le couronnement de son fils allait bientôt avoir lieu. Mais cela ne répondait en rien aux questions qui l’assaillaient depuis qu’on l’avait convoquée à la capitale. Elle s’était même demandé s’il était toujours nécessaire de répondre à l’appel alors que son hôte était décédé.

La ville d’Havlor était beaucoup moins impressionnante que ce qu’elle s’était imaginé, malgré le château qui en imposait par sa structure étrange et alambiquée. Des tours apparaissaient là où il semblait impossible qu’elles poussent. Dans son ensemble, le château ressemblait à s’y méprendre à un buisson moussu couvert de champignons.

— Es-tu certaine de vouloir entrer dans la ville accompagnée d’un loup géant ?

— Ne sois pas idiot.

Breven avait tenté de la dissuader depuis le début de leur voyage. Son espèce était rare et pour ce qu’il en savait, l’étroitesse d’esprit était souvent proportionnelle à la grandeur de la ville. Les loups géants préféraient éviter la compagnie des humains.

Toute sa vie, Ada s’était tenue éloignée des lieux trop fréquentés, préférant les petites bourgades insignifiantes. Jamais elle n’avait vu autant de monde entassé les uns sur les autres et tous étaient trop affairés pour s’intéresser à elle. Après un certain temps, le silence se fit et en se retournant elle s’aperçut qu’un grand nombre d’enfants les suivaient, curieux et intrigués par le loup qui accompagnait cette humaine. Beaucoup d’entre eux n’avaient même jamais vu d’animal sauvage de leurs propres yeux et celui-ci avait des proportions impressionnantes, arrivant presque aux épaules de son acolyte. Cette présence dans son dos la mettait mal à l’aise. Breven, lui, s’efforçait d’avoir l’air indifférent, adoptant le comportement d’un docile chien domestique.

L’ascension jusqu’au château lui parut interminable et une fois devant les hautes portes en chêne, Ada se figea, perplexe. Comment était-elle censée entrer, au juste ? Le messager avait simplement conseillé de s’annoncer à la porte. Mais elle ne voyait aucun garde, personne à qui s’adresser.

— Elle est vivante, lui souffla Breven.

Comment une porte pouvait-elle être vivante ? En l’observant d’un peu plus près, elle constata qu’elle ressemblait à n’importe quel tronc d’arbre et que de petits bourgeons verts, prêts à devenir des feuilles la recouvraient. Fascinée, elle la caressa du bout des doigts. Celle-ci frémit, avant de lui demander son identité.

— Qui es-tu ? Nous ne t’attendons pas.

— Je… Je suis Ada, répondit-elle, surprise.

— Nous n’attendons aucune Ada, d’aucune sorte. Rentrez chez vous.

Interdite, Ada avait la ferme intention de faire ce qu’elle lui demandait. Mais Breven lui lécha la main, l’encourageant du regard. Elle fit claquer sa langue d’impatience, avant de tapoter la porte.

— Je suis attendue, je crois.

— Les croyances ne sont pas les affaires des arbres. Aucune Ada n’est attendue.

— Je suis Ada LouveDeSuie, insista-t-elle.

À ces mots, tous les bourgeons se tournèrent vers elle. Certains même s’ouvrirent délicatement. Le spectacle était un peu effrayant, mais somptueux.

— Louve ? Vous êtes une Louve ? reprit la porte, soudain intéressée.

— Euh… Non, je suis une humaine. Mais Louve est mon nom.

— Et la créature poilue derrière vous ? Nous n’avons pas besoin de trophées de chasse.

Les bourgeons se tournèrent vers le loup, intrigués. Ada ouvrit grand la bouche, outrée. Comment pouvait-on considérer son ami comme un vulgaire trophée de chasse ? Breven s’assit à ses côtés, avec une dignité un peu raide.

— Ce n’est pas un trophée. Ce n’est pas une créature que l’on chasse. Il est ma famille.

— Famille ? Votre famille complète ?

Ada se mordit l’intérieur des joues.

— Ma seule et unique famille.

— Nous inscrivons cela dans notre écorce. La famille de la Louve est autorisée à aller et venir dans l’enceinte du château jusqu’à nouvel ordre.

Sur un ultime frisson, la porte se sépara en deux par son centre. La cour était entièrement pavée et au moins aussi grande que leur village d’origine. Mais ce qui surprit le plus Ada fut qu’elle ne trouva aucun garde. Personne ne semblait se soucier de la sécurité du château et de ses habitants. Une porte, aussi vivante et capricieuse fut-elle ne pouvait pas à elle seule garder une telle bâtisse. Maintenant que la première étape était passée, la jeune femme se retrouva embarrassée. Toutes les portes qui menaient à l’intérieur du château avaient la même taille.

— Tu t’attendais à ça, toi ? souffla-t-elle à Breven.

— Les portes vivantes sont devenues rares, mais il n’y a rien d’étonnant à en trouver à la capitale, je suppose. Ah, les chevaux ont senti mon odeur.

En effet, à leur gauche, ils purent entendre les coups de sabot résonner contre les stalles et des hennissements inquiets. Les écuries détonnaient étrangement avec le château incongru, comme si elles avaient été le fruit d’une erreur. C’était une grange, dotée d’une architecture tout à fait banale.

— J’espère que nous n’aurons pas à rester ici trop longtemps, il n’y a pas plus têtu qu’un cheval, commenta Ada.

Breven ricana, la langue pendante sur le côté, quand un homme à l’allure replète les interrompit. Il paraissait plus large que grand et portait un monocle en dessous de sourcils broussailleux.

— Bien le bonjour Dame Louve et sa… famille.

Il avait été quelque peu perturbé en constatant que la famille en question se tenait à quatre pattes, mais se ressaisit immédiatement. Ada, en revanche, se demanda quelle mouche avait bien pu piquer cet homme pour l’appeler dame. Un rapide coup d’œil sur ses chausses brunes à la propreté douteuse et sa tunique d’un vert soutenu, très banale, suffisait pour comprendre qu’elle n’avait rien d’une dame.

— Les portes m’ont averti de votre arrivée, j’espère ne pas vous avoir fait trop attendre. C’est que nous sommes tous tellement débordés avec le couronnement qui approche… Suivez-moi.

Après avoir échangé un regard, Ada et Breven lui emboîtèrent le pas. Ils entrèrent dans le château par une porte dérobée, qui menait pourtant sur un immense hall. L’intérieur du bâtiment était aussi biscornu que son apparence le laissait présager.

— Ne vous laissez pas impressionner par les portes, elles sont parfois un peu capricieuses, mais elles savent toutes si elles ont l’autorisation de vous laisser passer. Vous avez déjà rencontré leur mère, d’ailleurs. Personnellement, aucune ne me résiste, mais elles sont habituées à moi, voyez-vous, je les fréquente depuis mes trois ans. Nombre d’entre elles me considèrent comme leur fils. Ma mère était une femme de chambre aussi féroce que les portes de ce château. Elle m’emmenait partout avec elle. Oh, je viens de m’apercevoir que je ne me suis pas présenté, je vous demande pardon, je suis d’une impolitesse ! Je m’appelle Jales et je serais votre dévoué chaque fois que vous séjournerez au château.

Il avait débité cela avec une fluidité experte, sans se soucier si ses interlocuteurs l’écoutaient ou non. Breven éprouvait parfois quelques difficultés à circuler dans certains couloirs, qui se révélaient assez étroits. Ada quant à elle, était complètement perdue. Depuis leur arrivée, ils étaient passés par une enfilade de portes, chacune de tailles différentes, de couloirs plus ou moins décorés, plus ou moins propres. Ils avaient aussi grimpé quelques escaliers, sans pour autant savoir où ils allaient.

Ada avait pensé qu’elle serait directement menée à la salle du trône, mais elle n’était pas sûre que l’on puisse mettre une telle pièce dans les étages. À la dernière déclaration de l’homme, elle rata une marche avant de se rattraper de justesse...