: Régis Volle
: Ardeche Nouvelles - Tome 2
: Books on Demand
: 9782322625611
: Grimoires et Manuscrits
: 1
: CHF 6.10
:
: Historische Romane und Erzählungen
: French
: 82
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
La Tour Huguenaude, symbole de la fin des guerres de religion à Aubenas. Benoit des Roches, un filou, un arnaqueur, un fouineur comme pas deux. Un Pair de France révolutionnaire avant l'heure. Des mondes différents qui vont vivre une aventure extraordinaire grâce ou à cause de deux être qui ne pouvaient que se rencontrer et s'aimer. Une histoire d'amour si puissante et si naturelle, que sa seule existence boostera une Histoire de France déjà bien mal engagée..

En résumé, qui suis-je ? Avant la technique occupait pleinement mes longues journées. Ecrire était un luxe qui m'était interdit... non, en vérité, que je m'interdisais ! Pourtant, l'écriture me hantait, m'obsédait, me pourchassait. Aujourd'hui, je peux enfin vivre ma passion, et pas une de mes secondes n'échappe à ce besoin. Toutefois, lorsque je sors de mon cocon, surpris qu'il existe un monde extérieur, j'éprouve un réel plaisir à le partager avec vous !

Chapitre 1


En ce temps-là, je vous parle du tout début du XVIIe siècle, alors qu’elle était achevée depuis peu, la Tour Huguenaude d’Aubenas semblait attirer les curieux, les badauds, les musardeurs, et les fâcheux me direz-vous ? Certes, ceux-là aussi existent, mais comme ce sont des indécrottables en tout, inutile d’en parler. En effet, généralement, ils n’apportent que niaiseries, jobarderies et, globalement, un puissant béotisme. Non, je préfère vous parler des faux curieux, de ceux qui ont un réel intérêt à venir y flâner.

Pourtant, il faut bien avouer que cette Tour, en tant que bâtisse, n’a rien d’extraordinaire. Elle n’est ni grande, ni grosse, ni même dotée d’une agréable ou particulière architecture. Hormis dominer la route de Vals, elle n’a guère d’autre utilité que d’afficher durablement la fin de la guerre entre catholiques et protestants. Mais… oui, n’oublions pas qu’il existe de petites conjonctions qu’il ne faut surtout pas balayer d’un revers de la main ni ignorer dédaigneusement.

Benoît des Roches en est un parfait exemple. Fouinard par excellence, quelle qu’en soit la raison, il furète et trouve beaucoup plus souvent et plus rapidement que tous les enquêteurs de métier reconnus comme bons par leurs pères. Ne vous arrêtez pas à sa particule, car de vraie et juste, elle n’a rien. Si je me souviens bien, elle vient d’une moquerie qui toujours lui restera après qu’il voulut vendre un gros tas de cailloux comme étant les roches d’un château à ce jour démoli. Mais, comme personne n’a jamais accepté de l’en débarrasser, même sans en débourser un écu, il dut payer une taxe d’occupation du sol et partir ventre à terre pour ne pas être emprisonné vu que d’argent, il n’avait pas la moindre piécette. Toutefois, aujourd’hui, et globalement depuis qu’il œuvre dans les affaires dont il ne faut pas parler, il se trouve être largement aisé. Le voilà devenu propriétaire d’une maison qui, sans être une maison de maître, occupe plus d’espace qu’il en a besoin. Comme il n’a ni femme ni enfant, chaque jour, une robuste servante vient s’occuper de son intérieur. Il l’a choisie forte en muscles et surtout pas en graisse afin qu’elle pût s’acquitter rapidement des tâches ménagères et du linge, car il veut aussi qu’elle lui prépare et mette à sa disposition de quoi bien se nourrir, quel que soit le moment. En effet, ses petites affaires ne lui permettent de manger que rarement à heures fixes.

Être bien nourri, bien habillé, être toujours propre et sentir bon, voilà l’indispensable afin de satisfaire la première impression du client potentiel. Ensuite, il faudra que l’éloquence soit au rendez-vous sans qu’elle ne soit ennuyeuse ni ne fasse perdre du temps. En effet, s’il y a une certitude que la vie a appris à Benoît des Roches, c’est que le temps est toujours de l’argent, quelles que soient les circonstances dans lesquelles il s’écoule. Une fois le personnage bien en place, il faut maintenant qu’il fasse preuve de compétence. Pas seulement en apparence, mais en réalité. Pour se faire, il faut que la terre du savoir soit toujours bien travaillée et bien cultivée, car dans le domaine où il œuvre, il ne doit pas laisser supposer que tout est possible, mais le prouver… et pour cela, il doit présenter en référence un vécu riche d’exemples justes, vrais et vérifiables.

J’entends déjà vos propos marqués d’impatience : « Mais enfin, allezvous nous dire, en quoi est-il si compétent, ce drôle d’oiseau ? » La réponse est simple. Dans tout ce qui est gênant, pénible et surtout qui doit rester secret. Vous voulez savoir avec qui votre femme vous trompe. Pourquoi le propriétaire du terrain que vous convoitez ne veut pas vendre ? Quel placement a permis à cet homme de devenir riche ? Comment vous protéger des hommes de main mandés par celui que vous avez fait cocu ? Comment trouver de l’argent sans délai ? Sans parler des problèmes dont il faut encore moins parler. Dans tous ces cas, il y a de fortes chances pour que Benoît des Roches vous apporte des solutions. Elles ne seront peut-être pas agréables à entendre, voire particulièrement désagréables à réaliser, il est même possible qu’elles vous transforment pour toujours en une personne peu recommandable… mais avec ce Benoît-là, il y a toujours une certitude : vous devrez débourser une belle somme, dont 70% avant que le travail n’ait commencé. Bien sûr, il arrive que le commandeur n’apprécie pas ce qu’il découvre, surtout lorsque les créanciers viennent toquer à sa porte. Aussi, il se peut qu’il ait l’étrange idée de refuser de payer les 30% restants… la conséquence ? S’il veut rester en vie, il lui faudra être un bon lutteur, un très bon épéiste et un excellent tireur, car le jour où la nature a généreusement distribué sa manne, Benoît des Roches n’est pas resté sous la tonnelle pour en être privé, soyez-en certain !

Comme tous les hommes, même les pires des pires, même ceux dont la noirceur d’âme est insondable, Benoît des Roches a un point faible. Aucun rapport avec sa famille, puisqu’il ne l’a pas connue. Est-ce avec une belle et agréable personne ? Non, dans ce domaine il préfère, et de loin, les passades sans lendemain. Un ami, un vrai ? Encore moins, car rien de pire que d’être trahi par une personne qui saurait tout de vous, et en qui vous auriez une totale confiance. Non, ne cherchez pas dans ce qui touche généralement le commun des mortels, car avec certitude vous ne trouverez pas ! En réalité, c’est une sensibilité, une étrange émotivité que peu, très peu de gens lui connaissent et, pour tout dire, je préfère laisser à penser qu’il y en a au moins une, alors que je suis prêt à parier que cela n’est pas le cas. Il s’agit des fruits. Nous aimons tous les fruits, mais pour lui, il n’existe pas de mot pour définir le plaisir que lui donne un bon fruit. De belles apparences, sucré, juteux et d’un goût prononcé… vous n’imaginez pas ce qu’il serait capable de réaliser pour le savourer. Quels obstacles il serait capable de surmonter pour le déguster. Le trajet qu’il serait capable d’arpenter pour s’en délecter. En première impression, vous penserez que cela n’a rien d’extraordinaire. Que cela est peut-être un peu excessif, mais pas plus… alors laissez-moi vous raconter le défaut de limites que cet excès a déjà généré en lui.

Un jour, un rustre en matière de fruits a jeté une pêche à peine entamée en les maudissant toutes de finir dans les affres de l’enfer. Pourquoi ? Parce que leur jus est toujours un peu collant et qu’il souille déplaisamment les mains. Benoît ramassa le pauvre fruit blessé et le déposa sur un rebord afin qu’il ne fût pas encore plus abîmé par ce qui allait se passer. Puis, il se présenta devant le responsable de ce sacrilège qui, pensant que cet inconnu voulait lui parler, ne se mit pas en garde. Sans prononcer un mot, par un coup de pied bien placé Benoît lui écrasa d’abord les prunes. Puis, considérant que ce n’était pas suffisant, il lui assena un puissant marron sur le nez et il termina son action vengeresse par un coup sec donné du tranchant de la main sur sa gorge, ce qui laissa à penser qu’il avait avalé de travers une noisette. Satisfait de la justice qu’il venait de rendre, sans que procès n’ait été tenu, il s’éloigna sans hâte, laissant sur place le mauvais qui, désespérément, cherchait un peu d’air tandis que ses mains serrées sur ses parties intimes ne les protégeaient en rien de la douleur qui le laissait plié en deux.

Les paroles qui voletèrent de bouche à oreille racontèrent que l’indélicat à destination des fruits en mourut en quelques heures. Mais comme le dirent si bien, et avec conviction, tous ceux qui furent témoins de la scène : « désolé, nous n’avons rien vu ! », Benoît des Roches ne fut donc pas inquiété.

En cette fin d’après-midi, à moins de vingt mètres de la Tour, Benoît fait les cent pas. Contrairement aux habitués que l’on rencontre dans le secteur, il n’a pas un rendez-vous galant ni ne cherche un corps dont il pourrait se satisfaire durant quelques heures. Non, l’homme qui est en retard est censé lui...