: Michael Müller-Hewer
: Escrime scénique : Guide de combat médiéval
: Books on Demand
: 9782322621910
: 1
: CHF 19.50
:
: Kunst
: French
: 250
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
"Escrime scénique : Guide de combat médiéval" est un manuel conçu pour initier les pratiquants à l'utilisation du système liechtenauerien dans le cadre du combat scénique. Il propose une approche progressive, alliant des fondamentaux de la sécurité, les principes de la chorégraphie et les techniques de mise en scène, affin de recréer des affrontements dynamiques et crédibles tout en garantissant la protection des combattants et l'impact visuel recherché.

Michael Müller-Hewer est un maître d'armes allemand vivant en Suisse. Il pratique le combat scénique et l'escrime historique depuis 1984. Pendant 20 ans, il a travaillé comme comédien cascadeur et chorégraphe de combat pour le cinéma et le théâtre en France. Depuis 1990, il enseigne l'escrime historique et le combat de scène. En 1996, il a obtenu le diplôme de maître d'armes en 5 armes de l'Académie d'Armes d'Allemangne (Akademie der Fechtkunst Deutschlands). Il est également moniteur suisse J+S escrime. La pratique du combat celtique en Suisse s'est développée autour de son enseignement à l'Université de Lausanne UNIL (groupe Cladio). Membre de la commission des instructeurs et vice-président de SwissHEMA jusqu'à 2024, il enseigne les arts martiaux historiques et l'escrime scénique au Cercle des Armes de Lausanne (CAL).

Avant tout


Lorsque, dans les années 1980, j'ai commencé à apprendre l'escrime de spectacle ou l'escrime ancienne à la Cité Universitaire de Paris avec Maître Heddle-Robot, que tout le monde appelait « Bob », notre connaissance du combat médiéval était encore rudimentaire. Les paroles de nos maîtres d'armes faisaient autorité, notre confiance en leurs connaissances était encore intacte.

L’image classique du chevalier, à l’époque, était celle d’une « grosse brute frappant tout ce qui bouge sans technique, avec des armes démesurément lourdes ». Ce n'est que bien plus tard que j'ai réalisé à quel point les connaissances historiques de nos maîtres étaient souvent peu développées. Et ceux qui avaient accès aux quelques copies qui circulaient les gardaient jalousement. Mon vieux maître Bob ne faisait pas exception. Un jour, j'ai découvert dans sa bibliothèque personnelle la copie d'un manuscrit de Fiore dei Liberi datant de 1410.

En réalité, la plupart de nos professeurs de l’époque ne juraient que par un seul traité, qu’ils n’avaient souvent lu que superficiellement : « Schools and Masters of Fencing » d’Egerton Castle1, traduit par Albert Fierlants2 en 1888. Le livre commençait ainsi son premier chapitre : « Quelque paradoxal que cela paraisse, c'est l'invention des armes à feu qui fut la première cause du développement de l'art de l'escrime. L'histoire de l'escrime ne commence donc pas avant le XVe siècle. »

Cette hypothèse a été reprise par le maître d'armes Pierre Lacaze, ancien président de l'AAF, dans son livreHistoire de l'escrime3 (1971) et dans son livret populaireEn garde4 (1991) : « Etant donné le poids des armes, la technique était fondée sur la puissance musculaire. Il n’y avait ni école, ni méthode. »

Aujourd’hui, nous savons que ce ne sont pas les armes à feu qui ont sonné le glas des armures et de la chevalerie, et qu’il existait bel et bien un art du combat avant le XVe siècle.

Telle était la situation à la fin des années 1980. Ces deux citations résument à elles seules les connaissances de l’époque sur le Moyen Âge, à quelques exceptions près. Pour nos scènes de combat, nous nous sommes donc naturellement tournés vers l’escrime moderne.

Un autre défi était l'acquisition des armes. Au début des années 1990, il y avait peu de fabricants d’épées médiévales adaptées au combat en Europe. J'avais entendu parler d'un fabricant anglais onéreux, de « Del Tin » en Italie, également cher, et notre salle d'armes entretenait de bonnes relations avec « France Lame », qui n'existe plus aujourd'hui. Une troupe de saltimbanques du Jura français, « Les Chevaliers du Franche-Comté », a commencé à se fabriquer des épées à partir de lames de ressort de camion.

Pour nos premières représentations médiévales, nous avons pu acquérir deux de leurs épées longues, pesant chacune 8 kg.

En 1991, j'étais acteur et cascadeur dans « La Chanson de Roland » à Avignon. Sans entrer dans les détails du déroulement catastrophique de cette pièce de théâtre, quelqu'un avait eu l’idée de faire fabriquer des épées et des boucliers en tôle d'acier dans des écoles professionnelles. Les épées étaient magnifiques, parfois bien équilibrées, pesaient environ 1,5 kilogrammes et étaient étonnamment résistantes. C'étaient jusqu'alors les meilleures épées médiévales que j'utilisais lors de mes représentations.

La situation n'a changé qu'à la fin des années 1990, lorsque des forgerons, principalement tchèques, ont commencé à produire des épées adaptées aux combats de spectacle à des prix abordables. Les lames étaient découpées dans des plaques d'acier, ce qui réduisait considérablement les coûts de production. C'est ainsi que j'ai payé l'équivalent de 350 € pour deux épées à une main et deux épées bâtardes chez Jiri Krondak. Ces armes ont survécu à des centaines d'heures d'entraînement dans les mains d'innombrables élèves. La technique de fabrication n’a guère évolué depuis.

Quelques tentatives sérieuses ont été faites pour mettre de l'ordre dans cette confusion. En 1996, Joël Geslan, directeur de la troupe Seigneur de Guerre, a fait circuler un manuel d'escrime,Le combat médiéval5. Bien qu'il s’appuyât sur l'escrime moderne, l'auteur y introduisait quelques expressions médiévales et expliquait le principe du coup de taille. Il offrait également un bon aperçu du combat asymétrique, c'est-à-dire du combat avec différentes armes.

À peu près à la même époque, le maître Jean-Luc Pommerolle rédigeait sonCours d'escrime médiévale6 qu’il distribuait lors de ses stages. Son approche était intéressante : pour lui, la notion de distance était fondamentale. Il classait les différentes techniques en quatre groupes de distance de combat distincts. Il expliquait également le principe de l'escrime de taille et plaçait l'escrime de parade-riposte à côté d'exemples tirés des premiers traités germaniques (Talhofer dans la traduction du capitaine Hergsell) et italiens (Fiore dei Liberi), une interprétation que je ne partage pas.

En 1998, l'Américain John Clements a publiéMedieval Swordsmanship, Illustrated Methods and Techniques7. La revue françaiseHistoire Médiévale et d'autres revues spécialisées en Europe ont publié plusieurs articles sur cet ouvrage, lançant pratiquement le mouvement des Arts Martiaux Historiques Européens (AMHE). C'est à peu près à cette époque que j'ai commencé à travailler avec le maître Jan Fantys et que j'ai intégré l'École lémanique des armes anciennes (ELAA) à Lausanne en tant que maître d'armes. Jan s'était beaucoup investi pour développer une escrime médiévale à partir du traité de Talhoffer de 1459.

En 2002, grâce à une meilleure accessibilité d’Internet, j'ai trouvé une copie du traité de Joachim Meyer8, maître d’armes à Strasbourg, datant de 1600. De langue maternelle allemande, j’ai été surpris de pouvoir comprendre une grande partie du texte médiéval. J’y ai découvert un art de l’escrime simple, clair et efficace.

La même année, et pendant douze ans ensuite, j'ai donné des stages d'escrime scénique sur des bases historiques avec mon compagnon de longue date, le maître Philippe Penguy, à Paris. Nous nous sommes plongés dans les textes germaniques. Dès 2002, lors d’un premier week-end de stage médiéval, nous avons présenté des éléments de notre interprétation du traité.

Après un quart de siècle, notre connaissance de l'escrime médiévale s'est considérablement améliorée, notamment grâce à Internet. Les AMHE ont également évolué dans les domaines du sport et de la recherche historique. Ces avancées ont influencé ce qu’on appelle aujourd’hui « l’escrime artistique ». Cela ne signifie pas pour autant que les représentations de combats médiévaux sont aujourd'hui plus précises et plus proches de la réalité historique qu'il y a 20 ou 30 ans. Même si le chevalier « Grosse Brute » et son épée de 5 kg ont disparu de notre vision générale du Moyen Âge, nous n’avons pas encore réussi à nous affranchir des règles et des coutumes de l’escrime olympique dans nos chorégraphies. Mais est-ce grave ? Après tout, notre objectif n'est pas de créer des reconstitutions historiques.

Pour moi, témoin de ces découvertes et de ces changements, ce fut une période passionnante et pleine de surprises.

Un mot sur ce livre : il s'agit d'une tentative de partager mes quarante années d'expérience dans le domaine des combats scéniques et historiques. Je suis conscient que d'autres ont suivi des chemins différents, et que certaines de mes idées peuvent ne pas correspondre aux leurs. Cela ne me dérange pas, tant que nous pouvons échanger de manière constructive. L'échange et la coopération ont toujours été des valeurs fondamentales pour moi. Notre milieu n'est pas destiné aux solitaires ; pour créer un bon duel, il faut...