: Lyne Debrunis
: A nul autre pareil
: Books on Demand
: 9782322620791
: 1
: CHF 8.00
:
: Erzählende Literatur
: French
: 312
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Une semaine de rêve , deux jeunes inconnus et la perte d'un amour naissant conditionneront les années qui suivront cet événement. Ils se retrouvent dix ans après et partagés entre présent et passé, ils débuteront une relation prudente car si aucun d'eux n'a oublié l'autre, leur histoire a laissé ses stigmates. Avec dix ans de plus, engagés dans la vie adulte, pourront ils faire la part du fantasme et de la réalité d'autant plus qu'un druide breton, mage à ses heures se mêlera de leur histoire. Soutenus par leurs amis parviendront ils à surmonter les épreuves passées et celles qui s'annoncent car c'est leur existence qu'ils engagent et ils n'ont plus droit à l'erreur.

Depuis de nombreuses années, Lyne Debrunis dessine et peint ce qu'elle voit et écrit ce qu'elle entend, ce qui lui est rapporté. Ses romans, inspirés de faits réels et de rencontres sont des fictions. ils n'ont pas d'autres prétentions que de faire passer un moment agréable aux lecteurs.

2


Le lendemain, en début d’après-midi Pierre convoqua Jeanne, la responsable des Ressources Humaines et fit le point sur les postes vacants.

Pointilleux, il se révéla attentif et posa les bonnes questions à la chef de service.

A la fin de l’entretien, il devint plus hésitant lorsqu’il l’interrogea.

- Lors de la soirée, j’ai rencontré France la petite fille de nos principaux actionnaires. J’ai cru comprendre qu’elle travaillait ici.

- Oui, elle est juriste, c’est une avocate compétente et appréciée, très vive et souvent très amusante.

- Pouvez-vous me donner ses coordonnées téléphoniques ? J’ai quelque chose à lui soumettre.

- Nous avons d’autres avocats qui ont beaucoup plus d’expérience que France même si elle est douée dans son domaine.

- Je n’en doute pas mais c’est autre chose, cela concernerait l’amie avec laquelle elle assistait à la soirée.

- Albane ? La jeune femme qui l’accompagnait ? Elle est charmante et sans doute trop qualifiée car elle serait titulaire d’un doctorat.

Je devrais recevoir son CV pour le poste de responsable des Relations Publiques.

- Bien, envoyez-le-moi dès que vous l’aurez réceptionné, France m’avait dit qu’elle cherchait du travail mais ne m’avait pas donné de détails, or j’ai déjà rencontré Albane. Il y a dix ans, elle venait d’obtenir son examen de certification en Lettres Classiques et était inscrite pour l’agrégation. Si je me souviens bien d’elle, parce que cette rencontre fut marquante, je ne connaissais pas son nom et n’avais pas réussi à la retrouver.

- Je verrai… je pourrais demander son nom à France lorsque je la rencontrerai si nous ne recevons pas le cv.

- Faisons comme cela, mais soyons discrets, j’attends de vos nouvelles.

Pierre resta songeur, le coeur plein d’espoir de revoir Albane. Elle porte un prénom qui lui va bien, chic sans prétention, rare, avec du caractère, comme il l’imaginait.

Il est enchanté, depuis quelques minutes il en sait plus sur sa belle et ce qu’il a appris lui plait. Un doctorat après l’agrégation, elle n’a pas perdu son temps. Pourquoi à quelques jours de la rentrée universitaire n’enseignerait-elle plus, elle était enthousiaste, voulait faire connaitre les belles lettres et diffuser des savoirs auprès des plus jeunes lui paraissait important à l’époque. Il s’en souvient, ils avaient eu une vive discussion à propos de la transmission des valeurs entre les générations.

Il repoussa ses souvenirs et plus optimiste que le matin, il se replongea dans ses dossiers.

Quatre jours après, en se rendant au service juridique, il fut heurté dans le couloir, par une jeune femme qui marchait à reculons face à son interlocuteur et n’avait pas tenu compte du geste de l’homme qui riait face à elle.

Pierre la retint par les bras et lui conseilla en plaisantant de regarder devant elle afin d’éviter les accidents.

Elle leva la tête en souriant mais son visage se ferma aussitôt pendant qu’elle se raidissait puis sur une phrase d’excuses à peine intelligible, elle se dépêcha de disparaitre dans un bureau, laissant les deux hommes sidérés.

- Excusez ma collaboratrice, elle est jeune et très vive, cependant je ne comprends pas sa fuite, elle est plutôt du genre à faire face et ne craint pas de dire ce qu’elle pense, déclara l’avocat à Pierre.

- Aucune importance, il s’agissait bien de France Goupil, n’est-ce pas ?

- Oui, le récent mariage de l’héritier de la maison avec sa mère en a fait la petite fille des Armand qui sont très heureux d’élargir leur cercle.

- Elle est très vite repartie de la soirée et je n’avais pas pu lui être présenté mais ses grandsparents m’en avaient parlé ainsi que de son amie d’enfance.

- Ah, la belle Albane…, une perle rare, classe et discrète bien que sublime et d’une belle pointure intellectuelle. Nous la voyons de temps en temps, lorsqu’elle vient chercher France pour un déjeuner. C’est un tandem assez improbable, très agréable à fréquenter. Si Albane se décidait à candidater pour les RP, je pense qu’elle serait une belle représentante de l’image de notre société.

- Pourquoi hésiterait-elle si elle se sait soutenue ?

- Les juristes la connaissent un peu mais pas le reste de l’entreprise et elle tient beaucoup à la réputation de son amie France. Elle ne veut pas de commérages ou d’avoir à se battre contre de néfastes rumeurs. J’ignore si elle a dû faire face à ce type d’ambiance mais elle y est très attentive.

- Bien nous verrons, répondit Pierre tracassé par la réaction de France.

« Que sait-elle pour me fuir de cette façon ? Elle m’a reconnu j’en suis certain et en principe aurait dû se présenter. »

Songeur, il se rendit à son rendez-vous, une convocation de France à l’esprit puisqu’il a maintenant un motif pour la rencontrer.

En fin d’entretien, il informa le responsable du service qu’il attendait France dans son bureau le soir même à dix-sept heures trente. Le chef de service s’émut, assura que cette jeune avocate est très compétente et qu’elle ne faisait pas grand cas de sa proximité familiale avec les Armand, car évidemment, le service avait appris que le PDG était devenu son beau-père. Pourtant, pour elle, cette alliance ne constitue pas un sujet de discussion.

- Bien, mais je tiens à la rencontrer le plus vite possible, ce soir même.

Dès qu’elle en fut prévenue, si elle ne laissa rien paraitre et porta un masque, France s’interrogea et sa colère, en couveuse depuis dix ans, gronda en s’éveillant.

« Parviendrai-je à me calmer et à ne pas la laisser transparaitre ? Arriverai-je à taire cette rancoeur qui m’empoisonne depuis tant d’années ?

L’après-midi est bien entamé et Pierre n’arrive pas à avancer sur ses dossiers, préoccupé par son dernier rendez-vous. Il avait grossièrement préparé son entretien mais il s’interrogeait sur les deux départs précipités auxquels il avait assisté.

« Que signifient ces dérobades ? Que me reprocheraient France et peut-être Albane ? »

Enfin, son assistante annonça la jeune femme qui pénétra dans le bureau d’un pas assuré.

- Monsieur, vous m‘avez convoquée.

- Bonjour mademoiselle, permettez-moi de vous appeler France, c’est sous votre prénom que je vous connais depuis dix ans et que je vous associe à Albane.

- Pardon ? Vous connaissez le prénom de mon amie ? s’exclame-t-elle surprise et décontenancée, en sursautant.

- Venez vous assoir ici, ce sera plus confortable pour discuter. Proposa-t-il en montrant du geste les trois fauteuils installés autour d’une table basse en verre, près de la baie vitrée.

Voulez-vous boire quelque chose ?

- Non, merci. J’aimerais comprendre…

- Je vais tout vous expliquer. Depuis samedi dernier, j’ai posé quelques questions et j’ai découvert le prénom d’Albane et qu’elle a obtenu le titre de docteur…

C’est très peu après dix ans de recherches désespérantes. Elle m’avait beaucoup parlé de vous et je suis heureux de savoir que vous êtes toujours liées. J’aimerais recontacter Albane, elle m’a beaucoup manqué et je ne l’ai jamais oubliée, pas un seul jour n’est passé sans que je pense à elle.

- Ne me racontez pas d’histoires ! Je suis moins crédule que mon amie et j’ignore si c’est votre mode de drague mais franchement « au revoir et merci », partir sans un mot en se lavant les mains des conséquences possibles, c’était minable, même si l’anonymat était votre accord.

- Conséquences possibles ? Quelles conséquences ?

- Oh, imaginez une cascade de catastrophes, elle les a toutes vécues et elle a bien failli rendre les armes et en mourir. Elle va mieux depuis trois ans mais reste encore fragile et de vous avoir croisé l’autre soir l’a secouée. La fuite était pour elle, la seule attitude possible. Je ne vous donnerai donc aucune information et par solidarité, bien qu’elle se soit opposée à ma décision lorsque je lui en ai...