: Lyne Debrunis
: Le devoir en bandoulière
: Books on Demand
: 9782322534371
: 1
: CHF 7.00
:
: Essays, Feuilleton, Literaturkritik, Interviews
: French
: 368
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Ce roman a été inspiré par la rencontre d'un jeune homme écrasé par ses charges familiales et les critiques dont il faisait l'objet depuis des années. Il était dépité par le peu d'implication dans les affaires qu'il dirigeait pour ceux qui ne pensaient qu'à contester ses résultats, l'utiliser à des fins personnelles et à jouir d'une vie aisée., jusqu'à une difficile prise de conscience. Ne sommes nous pas parfois aveuglés par la montagne de tâches à remplir, réduits à ne plus voir l'essentiel et à négliger de déléguer ? Ne sommes nous pas coincés par les règles éducatives absorbées dès l'enfance et celles qui régissent les groupes dans lesquels nous évoluons Sortir du cadre dans lequel nous existons n'est pas évident , c'est un peu partir à l'aventure, en quête d'un mieux être et d'une source de bonheur.

Depuis de nombreuses années, Lyne Debrunis dessine et peint ce qu'elle voit et écrit ce qu'elle entend, ce qui lui est rapporté. Ses romans inspirés de rencontres sont des fictions. Ils n'ont aucune autre prétention que de faire passer un moment agréable au lecteur, tout en l'amenant doucement à s'interroger sur un point particulier.

1


A la fin du mois de février, Marguerite et Jean ont été invités par leur fils Emile et Alexandre, un de ses amis rencontré à la fac, à l’ambassade du Montenie, un petit état hors d’Europe mais non loin de ses frontières.

Lors d’un stage en Grande Bretagne, les deux hommes avaient été présentés par des amis communs. Depuis, si Emile évolue comme financier dans une multinationale, Alexandre du fait de sa naissance, est considéré comme un diplomate par son pays qui attend de lui qu’il en fasse la promotion. Il doit essayer de nouer des liens notamment commerciaux avec les états qu’il visite et les deux amis sont amenés à travailler ensemble, ce qui a renforcé leur amitié.

Marguerite est flattée de voir Alex se courber sur sa main, il y a bien longtemps que cela ne lui était pas arrivé et en France, les usages du savoir-vivre ont tendance à se perdre, ce qu’elle regrette un peu.

Elle observa Alexandre, recevoir avec l’ambassadeur les convives puis évoluer parmi la foule rassemblée. L’homme est grand et flirte avec les deux mètres. Il est souriant et à l’aise, entouré par quelques jolies filles un peu collantes, riant trop fort, inévitables dans ce genre de soirée. Il les écoute, sourit et se laisse facilement approcher. Marguerite soupira, agacée :

« Il est encore jeune et vient de divorcer. Quel appât pour ces ridicules pimprenelles qui ne recherchent que le luxe et les paillettes ! Il est probable qu’il ne restera pas seul ce soir. »

Elle constata dans la foulée que son fils se trouvait lui aussi bien entouré.

« J’espère qu’il ne fera pas d’erreur mais à leur âge, nous ne pouvons plus rien dire, à eux de vivre leur vie et s’il se trouvait malheureux un jour, il sait que nous serions là pour lui. »

Toutefois curieuse de mieux connaitre l’ami de son fils, en cherchant un peu sur internet, elle s’était aperçue que marié depuis six ans et père d’une fillette d’un peu plus de trois ans, il avait récemment divorcé d’une épouse qualifiée par certains détracteurs, « d’actrice égocentrique, plus attirée par la position sociale et l’argent que par ce qui peut constituer une vie de famille. »

Marguerite pensa que bien qu’il soit très séduisant, il devait manquer de force mentale à moins d’être tellement habitué à avoir les femmes à ses pieds, qu’il ne les considère plus que comme des consommables et ne résiste pas aux avances qu’elles lui adressent de manière effrontée. Elle avait lu que dès qu’il avait été séparé de son épouse Sofia et avant même que le divorce soit prononcé, une artiste, amie de son ex-épouse avait réussi à l’embarquer dans une liaison très vite médiatisée par la presse de son pays et dont il ne semblait pas pouvoir ou vouloir sortir.

« Comment peut-il se satisfaire de si peu ? »

La jeune femme, âgée d’une trentaine d’années est certes jolie mais parait d’après ce qu’elle a lu, faite du même bois que son ex-épouse et Alex peut-être parce qu’il ne supporte pas d’être seul, avait cédé à cette sirène et à la facilité.

« Pourvu qu’elle ne le coince pas avec un bébé ! » avait-elle pensé.

Marguerite, tout en échangeant avec des relations de son mari, observait discrètement le jeune homme et ne fut pas surprise qu’il soit autant sollicité. Il est bel homme et porte bien l’habit, blond aux yeux clairs qu’il tient de sa mère d’origine nordique, il a une stature solide même si le manque de sport et peut être quelques abus l’ont déjà un peu empâté mais encore rien de rédhibitoire avec un peu d’activité et un petit régime. Il a été gâté lui aussi et s’il aspirait à vivre autrement et être apprécié pour autre chose que ce qu’il représente, sans doute parce que c’est plus facile, il parait ne pas beaucoup lutter pour résister à ses assaillantes.

« Bien qu’il soit là ce soir, en principe pour rencontrer les hommes d’affaires invités, il est retenu par le groupe de jeunes femmes et ne fait pas mine de vouloir s’en défaire... un mauvais point pour lui qui semble avoir perdu de vue la raison de ce cocktail. » se dit-elle.

Après un moment, quelques mondanités et trois coupes de champagne, Marguerite s’apprêtait à faire signe à son mari qu’elle était prête à partir quand Alexandre et Emile vinrent à sa rencontre et lui demandèrent un rendez-vous pour le lendemain. Bien qu’étonnée, elle accepta pour quinze heures en précisant que son mari avait déjà un engagement.

- Maman, c’est toi qu’Alex veut rencontrer mais il te dira pourquoi demain.

- Très bien, ici l’ambiance est trop bruyante pour discuter tranquillement. Seras-tu présent Emile ?

- Oui, Alex viendra avec moi.

- Très bien je vous attendrai.

Les parents d’Emile repartirent.

Marguerite est songeuse et se demande ce qu’Alex peut bien avoir à lui dire ou à lui demander.

- Qu’en penses-tu Jean ?

- De quoi, de la demande d’Alex ? Je n’en sais rien, il doit avoir un service à te demander. Il n’a plus ses parents et je suppose qu’il ne doit pas savoir à qui s’adresser pour obtenir un avis sans attente de contrepartie. Fais avec lui comme avec nos enfants, tu seras de bon conseil ma chère.

Pendant ce temps, Alex et Emile rentraient eux aussi chez eux. Emile est au volant quand Alex lui dit sur un ton manifestement anxieux :

- Crois-tu qu’elle acceptera ?

- Je n’en sais rien Alex. Tu vas certainement lui poser un cas de conscience et j’ignore si au-delà de l’envie, elle pourra t’aider. Maman te dira ce qu’elle pense, sans doute sans fard et sache qu’avec elle, ça pique un peu parfois.

- Je trouve ta mère très belle malgré son âge.

- Dans la famille nous avons la prétention de penser que toutes nos femmes sont belles voire très belles, en dedans comme en dehors. Tu as raison, maman est belle et elle est bonne. Si elle décidait que ta demande est recevable, elle fera le nécessaire pour faciliter sa réalisation mais n’imagine pas que tu n’auras pas à transpirer.

- Nous verrons demain mais j’appréhende. J’en ai assez de vivre comme ça, murmure-t-il.

- Pauvre grand garçon riche… répond Emile d’un ton moqueur.

- Tu peux rire mais tu es un peu dans le même cas que moi.

- C’est vrai, ma famille est très ancienne mais désargentée depuis bon nombre d’années, même si nous n’avons jamais manqué de rien, nous sommes habitués à faire attention et si j’ai une belle et vieille histoire derrière moi, je n’ai pas à travailler pour faire vivre une dynastie moi. Bien que tu refuses l’idée de régner un jour puisque la République convient bien à ton pays, tu fais ce que tu considères être ton devoir envers le Montenie et ta famille et tu leur consacres l’essentiel de ton temps. À l’inverse de toi, je n’ai pas d’obligation envers les miens et cela me permet d’être plus serein que tu l’es…

Emile laissa son ami devant son hôtel et regagna l’appartement de trois pièces qu’il achète à crédit, en pensant à l’embarras d’Alex qui avait imaginé connaitre la femme qu’il avait épousé parce qu’elle était de la même nationalité que lui. Il lui avait conseillé de se méfier mais Alex était très attiré par cette actrice connue dans son pays, il pensait alors qu’elle l’aiderait à se rapprocher de ses anciens sujets et il l’avait fréquentée avec plus ou moins d’assiduité plusieurs années avant de lui proposer le mariage auquel elle aspirait. Dès que l’encre avait été sèche en bas de l’acte d’état civil et une grossesse vite annoncée, elle s’était hélas, révélée bien différente, peut-être encouragée par sa famille.

Alex avait rencontré des difficultés à réaliser qu’il s’était fait rouler et avec son épouse et...