C’était par un matin sans nuage. La grande salle de Seawood Abbey était inondée de lumière, car elle s’ouvrait par de larges baies sur la terrasse qui dominait le parc.
Murrel, surnommé « le Singe » — nul ne savait plus pourquoi — et Olive Ashley profitaient tous deux de cette clarté pour s’occuper à peindre ; mais leurs travaux ne se ressemblaient guère. Elle employait ses couleurs avec minutie, à l’imitation de ces joailliers qu’étaient les enlumineurs du Moyen-Âge. Elle professait un grand enthousiasme pour tout ce qui faisait partie d’un passé historique, dont elle avait d’ailleurs une idée assez vague. Lui, au contraire, était ouvertement moderne, et s’affairait autour de plusieurs pots remplis de couleurs très crues, avec des brosses grandes comme des balais. Il badigeonnait autour de lui de larges panneaux de lattes et de toiles, qui devaient jouer le rôle de décors dans une représentation théâtrale privée. Ni l’un ni l’autre ne savait peindre, et ils n’y prétendaient pas ; mais elle essayait tout au moins de le faire, et lui pas.
C’était une jeune fille petite et mince, aux traits délicats et réguliers ; sa robe vert foncé, d’un goût raffiné sans rien de bohème, s’appareillait aux petites difficultés de sa tâche. Quoiqu’elle fût très jeune, il y avait un rien de suranné dans ses mouvements. Dans cette pièce encombrée de papiers, de torchons, et des flamboyants fiascos de l’art de M. Murrel, sa boîte à couleurs plate, avec ses compartiments et ses menus accessoires, était placée auprès d’elle avec un soin méticuleux. Elle n’était pas de ceux auxquels s’adresse l’avis que l’on joint aux boîtes de couleurs : il n’avait jamais été nécessaire de l’adjurer de ne pas mettre le pinceau dans sa bouche.
— Ce que je veux dire, dit-elle en reprenant leur conversation, c’est que toute votre science et votre bourrage modernes