Une embellie
— Ça veut dire quoi, ça ?
La mère a haussé le ton. J’attrape l’enveloppe qu’elle me balance. En haut à gauche, je lis : « Sécurité Sociale, place Bonet, Alençon. »
Elle a été ouverte. Mes mains tremblent, ma vue se brouille. Je lis : « Mademoiselle, nous avons l’honneur de vous informer que vous avez satisfait aux épreuves écrites ainsi qu’à l’entretien oral… et nous vous en félicitons. » Je lis aussi : « Par conséquent, nous serons heureux de vous compter parmi nous à compter du mardi 18 mai à 8 h. »
Mon cœur va exploser. Je relis la lettre, mes mains tremblent et mes tempes cognent fort. Il me faut du temps pour réaliser ce que signifie ce courrier. J’ai réussi, je vais travailler, être libre, libre, enfin libre. Je m’envole, je suis sur mon petit nuage. Je réfléchis, le 18 mai, on est vendredi mais c’est dans trois jours ! Ça va trop vite. Quand je vais annoncer ça à Claudine.
La mère me fait face, le regard noir, plein de reproches. Elle hausse le ton.
— C’est quoi ces cachotteries ? Tu as passé quand les épreuves ? On est quoi pour toi, des cons ? On n’est même pas au courant. Quand Mademoiselle Jument va savoir ça !
C’est vrai. J’aurai pu la tenir au courant mais je n’y ai pas pensé et je suis ennuyée pour elle, tant je lis de la déception sur son visage. Je ne sais pas pourquoi j’ai réagi de la sorte. Je fais tout de travers avec elle. Je ne trouve aucune excuse à mon comportement qui justifie sa frustration et sa colère.
Pour la Jument, je m’en fous. Au contraire, quelle victoire pour moi de lui montrer que j’ai réussi toute seule. J’en jubile d’avance. Je n’aurai pas besoin de me prosterner à ses genoux pour la remercier. Elle sera verte de rage.
Je tente une explication qui sonne faux :
— Je vais t’expliquer. C’est la directrice du lycée qui m’a inscrite. Je ne pensais pas être prise, on était une vingtaine.
— Et ton bac ?
Elle semble inquiète. Je lui explique que je prendrai des congés par anticipation et que de toute façon, je n’ai besoin que du BEPC. Je serai titularisée dans six mois, fin novembre.
Tout est allé si vite ce vendredi 16 avril. Les cours de la matinée sont terminés. Nous avons chaud, assises sur les pelouses du lycée en attendant notre tour pour la cantine. Les conversations tournent autour du bac et des révisions. Je reste silencieuse. Je n’arrive pas à me mettre aux révisions. Je suis tourmentée. Je ne sais plus si j’ai envie d’avoir mon bac car la Jument n’a pas cédé. Avoir le bac signifie pour moi une école d’assistante sociale à Caen et le foyer jusqu’à mes vingt et un ans. Encore trois longues années et ensuite…
Je me suis tellement sentie perdue, aba