: Lyne Debrunis
: Un pacte sous condition
: Books on Demand
: 9782322513796
: 1
: CHF 8.00
:
: Erzählende Literatur
: French
: 324
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Maïlys a été agressée par un lycéen de sa classe le soir des dernières épreuves du bac. S'il a été arrêté et condamné, elle a eu des difficultés à se remettre de cette agression et du traumatisme subi et cette épreuve a conditionné le choix de ses études .Sept ans après ce souvenir l'empêche de faire confiance aux hommes qu'elle évite autant que possible. Jusqu'au jour où son agresseur sorti de prison réapparaît, plus vindicatif que jamais. Elle sera certes protégée par ses amies mais devra vaincre ses peurs pour pouvoir aimer et enfin vivre libre.

Depuis de nombreuses années, l'auteure peint ce qu'elle voit et écrit ce qu'elle entend, ce qui lui est rapporté. Ses romans inspirés de rencontres et souvent de faits réels sont des fictions et n'ont aucune autre prétention que de faire passer un moment agréable au lecteur. Ses livres publiés sont à retrouver sur www.argonautae.fr

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Depuis trois ans, Marine est médecin aux urgences de l’hôpital Rangueil à Toulouse. La fréquentation du service est importante et l’équipe ne chôme pas car les médecins de ville ont des consultations surchargées comme dans de nombreuses régions de France et lorsque les malades ne peuvent pas être reçus, c’est aux urgences qu’ils se rendent.

En ce jour de janvier, il est un peu plus de treize heures et elle a déjà six heures de présence dans le service, des épidémies de bronchiolite et de grippe sévissent amenant de nombreux patients mal en point. De garde depuis sept heures, elle est fatiguée et s’apprête à prendre une pause, aspirant à un café et un peu de calme car elle n’aura pas le temps de déjeuner, quand l’accueil lui demande de recevoir une fillette amenée par une institutrice.

Elle se rend dans la salle d’examen et se trouve devant une petite fille très intimidée, qui ne la regarde pas et semble perdue dans la contemplation de ses doigts aux ongles abimés.

L’institutrice restée près d’elle, explique que l’enfant âgée de cinq ans avait trébuché après le déjeuner en sortant du réfectoire et qu’elle était tombée dans une grosse flaque d’eau. Elle avait voulu lui enlever ses vêtements mouillés pour les remplacer par une tenue de dépannage dont dispose l’école mais l’enfant refusait de se laisser faire avant de céder en larmes devant l’insistance des deux adultes qui la contraignaient à se déshabiller. Avec horreur, l’institutrice avait découvert le petit corps de l’enfant couvert de longues cicatrices fines ou de traces rondes et boursoufflées de profondes brûlures plus ou moins cicatrisées. La situation leur avait paru alarmante car en changeant son sous vêtement mouillé, elles avaient aperçu aussi des marques dans sa culotte. Elles avaient donc préféré amener la fillette à l’hôpital, certaines plaies très récentes, enflammées ou purulentes semblant nécessiter des soins.

Marine frissonne, elle a l’estomac à l’envers mais ses larmes ne coulent plus, les urgences lui ont donné l’habitude du pire, cependant, rien ne lui fait plus de mal que de constater des atteintes à l’intégrité physique et mentale d’un enfant. Là c’est d’une toute petite fille qu’il s’agit, une très jolie petite poupée blonde aux grands yeux gris éteints et larmoyants, un peu maigrichonne.

- Comment t’appelles-tu ?

- Marie-Hélène, Mimi m’appelle Mylène.

- Marie-Hélène est un joli prénom mais Mylène est plus court et c’est joli aussi.

- Non ce n’est pas pour ça. Mylène pour que j’arrête de faire du cinéma.

- Du cinéma ? répond le médecin en fronçant les yeux et en touchant les cicatrices. Ah, comme une actrice qui s’appelait Mylène Demongeot. Elle était très belle et jouait bien.

- Je ne sais pas mais je ne dois plus demander ma maman et je ne dois plus pleurer.

- Autrement tu es punie ?

- Oui, pour que je me rappelle que les caprices sont interdits, après j’ai mal longtemps.

- Qui te fait ça ?

- Papa donne la fessée quelquefois mais Mimi fait mal.

- Et ton papa sait que tu as mal ?

L’enfant hoche la tête, les yeux pleins de larmes.

- Vous allez rester là, dit-elle à l’institutrice, je vais revenir. Mets ce drap sur toi ma poupée afin de ne pas avoir froid. Je serai rapide, je dois parler à une amie et je reviendrai te soigner très vite.

Marine revint peu après, accompagnée d’une jeune femme en pantalon de jean et en veste. Elle salua l’institutrice et se dirigea vers l’enfant avec un beau sourire avenant.

Elle s’accroupit près d’elle afin d’être à sa hauteur, la regarda en souriant mais se garda bien de la toucher.

- Bonjour Marie-Hélène, le docteur Marine m’a dit que tu avais mouillé ta robe en tombant. Je vais regarder les bobos que tu t’es fait pour qu’elle puisse te soigner très vite. Oh ! mais tu as les genoux bien écorchés, tu as dû te faire mal mon petit poussin, il va falloir mettre du rouge et un pansement avec des nounours, tu en as toujours docteur Marine ?

Marine hocha la tête et montra une boite en précisant à l’enfant qu’elle les choisira.

- Oh, là aussi il va falloir soigner et là et là, ton dos est plein de bobos et devant… Baisse ta culotte, houlà ! celui-là doit faire très mal et sur les fesses. Tu as de gros bobo douloureux, ajoute-t-elle, émue et la voix rauque, docteur Marine tu as du travail. Dit-elle en prenant des photos avec son téléphone.

C’est Mimi qui t’a fait ces bobos ou ton papa ?

- Mimi, papa donne la fessée quand il est fâché.

- Et il ne dit rien lorsque Mimi te fait mal ?

- Non, il est parti ou il dort. Elle crie quand il est là c’est tout.

- Mimi c’est ta maman ?

- Non, maman est partie faire les courses et Mimi est restée. Je veux ma maman mais elle ne revient pas.

Maïlys se releva et s’adressa à Marine.

- Pouvez-vous la garder en pédiatrie un jour ou deux que je trouve une solution ?

- Oui, certaines blessures sont infectées. Merci madame, nous gardons Marie-Hélène afin de la soigner et nous préviendrons ses parents. Déclara Marine à l’institutrice, maitrisant mal la colère et l’écœurement qui bouillonnent en elle.

« Comment des adultes peuvent-ils s’en prendre à une si petite enfant ? Ils sont dingues ! »

- Une infirmière très gentille va te soigner et t’emmener dans ta chambre. Elle t’expliquera où tu pourras trouver des livres et des jouets et tu verras les autres enfants.

Une jeune femme en blouse rose rentra et attendit les consignes pendant que l’institutrice soulagée, s’éloignait avec l’assistante sociale.

- C’est une gentille petite un peu effacée et plutôt silencieuse, son père nous a prévenu de la mort accidentelle de son épouse mais nous avons l’impression qu’il n’a rien dit à Marie-Hélène. Que vat-il se passer maintenant ? Demanda l’institutrice mortifiée par ce qu’elle avait pu constater.

- Ne dites rien à sa famille, ni à personne ; il vaut mieux que les autorités se chargent de prévenir ses parents et qu’il n’y ait pas de rumeur, car la petite fille a certes été blessée mais nous ignorons tout des circonstances et du ou des responsables. Je vais déclencher une enquête car il y a maltraitance avérée de l’enfant depuis plusieurs mois d’après les cicatrices. Son institutrice et vous, serez sans doute interrogées, prévenez votre collègue mais restez discrète. Je vous laisse, merci d’avoir accompagné Marie-Hélène jusqu’ici.

Maïlys, l’assistante sociale s’éloigna abattue, en colère et les yeux humides.

« J’en ai marre ! Encore un enfant qui est pris pour exutoire par ceux qui sont chargés de l’aimer et de veiller sur lui. Le monde devient fou et la justice n’est pas toujours juste ! »

Elle retourna dans son bureau et appella le commissariat de police pour signaler l’affaire. Selon les conclusions de l’enquête, l’enfant sera ou non placée dans un foyer ou une famille d’accueil.

Vers seize heures, Pauline, l’officier de police vint prendre les dépositions des deux professionnelles mais il est trop tard, Marine a quitté son service. Maïlys expliqua ce qu’elle avait constaté et montra les photos que l’officier transfèra sur son appareil en grimaçant.

- Et je suis sûre que la petite est persuadée qu’elle a mérité tout ça ! J’ai besoin du nom de son père et de son adresse. A-t-elle de la famille, grandsparents, oncles ou tantes ?

- Je l’ignore.

- A creuser. Bon maintenant à toi, comment vastu ?

- Je déteste ces affaires de violences mais je tiens le coup. J’irai voir demain matin en pédiatrie, j’obtiendrai les premiers retours comportementaux. Je devrai sans doute lui trouver un point de chute correct et ils ne courent pas les rues.

- Viendrais-tu prendre un pot vers dix-huit heures trente à...