: Jean-Claude Deltreuil
: J'ai dit stop Histoire des Biobeef
: Books on Demand
: 9782322568062
: 1
: CHF 4.40
:
: Romanhafte Biographien
: French
: 260
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Il s'agit du récit d'un jeune agriculteur et de son parcours professionnel. Il nous relate ses difficultés, ses recherches, la persévérance qu'il met dans son métier, ainsi que les prises de position et les multiples actions dans divers domaines. La réussite professionnelle, les périodes financières difficiles et la limite de rupture. Aujourd'hui, les avis de la clientèle sont extrêmement satisfaisants, ce qui apporte du réconfort.

Jean-Claude est un personnage engagé dans sa ferme, où il donne avec son épouse le meilleur de lui-même. Agriculteur repenti, converti en agriculture biologique depuis 1997, à 57 ans maintenant, d'un âge mûr, il retrace sa vie, sa carrière, sa conversion réussie, les bons moments, les galères. Il croit en la position de force du monde paysan. Il bannit l'exode rural, avec la déferlante des productions industrielles sans main-d'oeuvre, dépourvues de qualités générales, incompatibles avec le corps humain. La pollution des airs et des mers est une hantise et, selon Jean-Claude, nous allons droit au mur, nous les Homo sapiens. La cupidité de quelques-uns va complètement dévaster la planète à terme. Telle est la vie, la vision de Jean-Claude, qui cultive la terre en bio, et coule des jours heureux, bien remplis.

Premiers pas sur la terre


La vie était heureuse sur la ferme de mes parents. D’aussi loin que je me souvienne, ma petite enfance passée avec ma sœur aînée, ma rentrée à la minuscule école de Fanlac, avec classe unique (une seule institutrice) à cinq ans, nos trajets de 2 kilomètres à vélo pour y aller matin et soir. Au tout début, nous y allions cinq jours entiers, nous assistions au samedi après-midi non travaillés, du jour de coupure de milieu de semaine qui était le jeudi décalé sur le mercredi.

J’étais passionné par la nature, par les animaux, je m’étais rendu compte, malgré mon jeune âge, que je ne pouvais rester à l’intérieur de la maison trop longtemps. J’étais plus heureux à l’extérieur, à gratter la terre, du sable, de la castine. O combien j’étais à mon aise, quand mon père faisait apporter de la castine, en petit camion ou j’allais gratter, je le trouvais beau ce remblai naturel avec sa couleur jaune. Sur la commune, en 1968, un film tournait « Jacquou le croquant » de Stello Lorenzi le metteur en scène, célèbre roman d’Eugène Leroy. Ma mère, m’y emmenait, je devais avoir quatre ou cinq ans. Nous étions restés un bon moment dans les ruelles de Fanlac, où des chevaux couraient comme des fous devant la caméra, avec des types dessus en habit de croquant. Les saisons passaient, la fenaison, les battages avec de toutes petites moissonneuses, parfois je voyais passer une vieille batteuse à l’arrêt qui venait de chez le voisin. J’ai vu récolter le blé à la lieuse en gerbe, je n’ai que très peu vu les bœufs ou les vaches évoluer au travail dans les champs. Mon père avait un petit tracteur Someca de 20 chevaux, un plus gros de 45 chevaux en copropriété avec son voisin. Il fallait se méfier des engins aux dires de mes parents. Des recommandations de toutes parts, aussi loin que je me souvienne. Mon grand-père Louis, mon père, ma mère. Fallait faire attention à ne pas aller sur la route, c’était bien tentant pour ma sœur et moi, c’était une surface plane et propre où l’on pouvait jouer à la marelle. On nous faisait parfois peur avec une légende. Comme dans toutes les fermes, il y avait une mare un point d’eau en quelque sorte où les bêtes buvaient. La légende était qu’il avait là, une vieille, pas une sorcière, une vieille, pour ma sœur et moi ça pouvait vouloir être aussi la vieille voisine qui parlait très fort. Peu importe, on n’y allait pas et ma sœur avec ses quatre ans de plus entretenait la légende, la peur de la vieille avec certitude aussi. Cette mare, ce point d’eau était à côté de notre maison âgée de 200 ans restaurée depuis 24 ans, mes parents avaient construit une maison neuve plus haut. Le lieu-dit chez nous, s’appelle la Tuilière, endroit souvent renouvelé en Périgord, Se trouvait en ces lieux, des argiles de qualité correcte où l’on fabriquait des tuiles pour les maisons. Chez nous c’était une tuilière, la fameuse mare était la mine pour les tuiles. Il y a 200 ans, les matériaux ne migraient pas ils étaient pris sur place, l’impact carbone était nul l’énergie pour cuire était le bois, du renouvelable 100 %.

Ce point d’eau ne servait qu’à faire boire les vaches, on y pouvait, prendre l’eau pour gâcher un mortier de chaux, l’eau ménagère était celle de citernes. Mon père et mon grand-père faisaient de la vigne. Au bout de la récolte, de la vinification, restait la vendange pressée. À la fin des années 60, se produisait, se consommait beaucoup de vin, chaque exploitant cultivait sa vigne, vendait, buvait du vin. Mes parents en avaient beaucoup, c’est ainsi qu’existait chez nous un atelier de distillerie, où venait tous les ans, un énorme alambic tiré par un tracteur. Le prestataire de services restait huit jours, fabriquait toute l’eau-de-vie de la région, un nectar à plus de 60°, où seul un costaud pouvait prétendre, des concours y étaient parfois improvisés, s’en suivait pleins d’histoires, de rigolades, de moqueries.

Les productions sur notre petite ferme étaient le lait avec sept vache traite soir et matin à la main, la vigne sur 3 ha, les fraises sur 0,5 ha, quelques noix, quelques fruits pommes et prunes. La famille vivait bien de tout ça, ils avaient fait une maison neuve, les parents les grands-parents, les enfants cohabitaient ensemble, ma mère comme toutes les femmes de sa génération dans les fermes se pliait, bien obligée, travaillait sans relâche, et quand elle en avait le temps calculait des stratagèmes pour améliorer le quotidien, tel était la vie d’une jeune fille, qui n’avait goûté à la liberté que brièvement entre le moment où elle vivait chez ses parents, où elle allait au bal le dimanche soir, qu’elle se mariait pas toujours avec celui qu’elle aurait voulu. Le voyage de noces était bref, abrégé, le lendemain de la nuit première avec leur mari, recommençait le travail sous contrôle de leur belle-mère. Elle faisait alors des enfants, les plus malchanceuses étaient contraintes de se voir confier leur progéniture à la belle-mère et repartir aux champs. Pire parfois, quelques-unes, voyaient leurs enfants partir directement chez une belle-sœur bien intentionnée pour le petit et son devenir. Ces mêmes femmes quand leur belle-mère devenait grabataire étaient obligées de les soigner en plus de la ferme, leurs enfants. Quelques-unes avaient de la chance, l’épreuve ne durait pas, pour d’autres l’inverse se produisait, l’horreur pour ses filles qui n’avaient connu que du travail avec des reproches. Quand elles à leur tour redevenaient belle-mère, on s’imagine bien qu’elles puissent devenir celle qu’elles ne voulaient pas être 30 ans plus tôt. Ces femmes à la campagne ont énormément souffert sans rien dire, pendant des générations et n’ont été que très peu récompensées à leurs retraites, nous allons le voir plus loin.

Ma mère, débarrassée de ses obligations de belle-mère, ma grand-mère étant morte jeune d’une maladie de cœur quand j’avais un an, elle s’était mise en tête de gaver les canards de sa basse-cour, de les vendre au marché. La chose allait à bien, elle faisait rentrer de l’argent frais, bel et bon dans cette maison, où elle donnait tout. Moi, ma sœur, découvrions la ville de Périgueux pendant les marchés, du bonheur au début. J’étais fier avec ma sœur d’arpenter les rues de Périgueux, visiter les grands magasins d’habits, voire de belles choses, des jeunes de nos âges, dans la ville, nous venions tous deux d’une campagne retirée, on était admiratif, mal habillé à la mode d’un autre temps. Ma mère avec son argent fit en sorte de combler le déficit rapidement. On repérait, puis à la fin du marché, elle venait avec son argent des canards de la basse-cour nous acheter des habits magnifiques. Elle nous exigeait de faire les soldes, elle connaissait un peu, ma grand-mère l’avait apprise jeune. Pour nous c’était extraordinaire, on avait des habits neufs, habitués aux habits d’occasion rachetés à des voisins, c’était une révolution, même les chaussures parfois étaient d’occasion. Nous nous sentions enfin à la hauteur de n’importe qui.

Le foie gras dans le début des années 70 était très en vue, parce que rare, il était pour bon nombre de paysans du Périgord, un bon complément de revenus, ceux qui avait tenté leur chance, tous n’allaient pas au marché, ma mère n’était pas peu fière de connaître le marché de Périgueux. Le foie gras était à notre mode de consommation actuel, un peu ce qu’est la truffe maintenant. Les gens prenaient le train au départ de Paris ou de Bordeaux, pour aller acheter des beaux foies gras au marché de Périgueux ou Brive, un produit de luxe seulement réservé aux consommateurs avertis, c’était avec ce tissu de paysans chevronnés le caviar du Périgord. Maintenant, l’industrialisation est passée par là, le foie gras est un produit universel peu goûteux peu coûteux. Les canards sont croisés pour faire des hybrides stériles rentables en quantité industrielle, les femelles sont détruites à la naissance, les males élevés en trois mois puis gavés dans des caisses avec une pompe pneumatique,...