: Anton Schwartz
: Mob Chronicles 200 anecdotes sur la mafia américaine
: Books on Demand
: 9782322476732
: 1
: CHF 8.80
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: Essays, Feuilleton, Literaturkritik, Interviews
: French
: 212
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Saviez- ous que Joseph Bonanno avait suivi des cours pour devenir acteur de cinéma avant de diriger l'une des plus puissantes familles new-yorkaises? Étiez-vous au courant qu'Al Capone avait monté son propre groupe de banjo à la prison d'Alcatraz? Vous a-t-on raconté comment Santo Trafficante Jr., le boss du crime en Floride, s'était échappé de justesse des terribles geôles du régime cubain? Ces faits rocambolesques apportent pourtant un éclairage précieux sur les nombreuses personnalités ayant élevé la mafia au rang de mythe dans les consciences américaines. De l'époque de la Prohibition à nos jours, plongez dans les coulisses du crime organisé à travers deux cents anecdotes toutes plus étonnantes les unes que les autres, organisées en douze chapitres thématiques.

Anton Schwartz est un auteur spécialisé dans l'histoire de la mafia américaine.

ÉLÉGANCE


Meyer Lansky posant pour le World Telegram

Paul Castellano, boss de la famille Gambino, fit exécuter le petit-ami de sa fille lorsqu'il apprit que celui-ci l'avait physiquement comparé à Frank Perdue, un homme d'affaires chauve spécialisé dans l'élevage de poulets1. Le corps du jeune plaisantin ne fut jamais retrouvé2.

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Le gangster Benjamin"Bugsy" Siegel était terrifié à l'idée de perdre ses cheveux. Il adorait les plaquer en arrière, mais constatait avec amertume que sa masse capillaire diminuait peu à peu. Bien décidé à stopper son alopécie naissante, il essaya en vain toutes sortes de lotions antichute3. Personne n'osait le vexer sur ce sujet ô combien sensible. Les coiffeurs du salon Gornik-Drucker de Beverly Hills l’assuraient diplomatiquement qu’ils pouvaient voir de nouvelles pousses se développer ici et là sur son crâne, et ses amis n'hésitaient pas à lui mentir à tour de rôle. Mais tous ces efforts ne suffirent pas à réconforter Siegel, qui alla jusqu'à pratiquer la sorcellerie pour conjurer la calvitie. Un soir, il récupéra ainsi une mèche de cheveux de l'acteur George Raft, la glissa dans une enveloppe avec deux mille cinq cents dollars en petites coupures, et jeta celle-ci dans le feu de sa cheminée4.

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Alors qu'il était en cavale depuis seize longues années5, James"Whitey" Bulger, boss de la mafia à Boston, se fît repérer par Anna Björnsdóttir, une ancienne Miss Islande et participante à Miss Univers, qui vécu dans son quartier à Santa Monica6. Après avoir vu la photo du criminel sur CNN7, elle comprit que son voisin n'était autre que le fugitif le plus recherché du pays, juste derrière Oussama ben Laden8. La reine de beauté toucha deux millions de dollars pour son aide aux forces de l'ordre9.

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Al Capone devait son surnom"Scarface" aux trois cicatrices qui zébraient son visage10. La plus grande s’étendait ainsi sur dix centimètres, du haut de sa mâchoire gauche au bas des lèvres11. Ces traits disgracieux apparurent à ses dix-huit ans12, alors qu’il travaillait comme barman au Harvard-Inn, à Coney Island13. Séduit par une cliente, le gangster lui souffla à l’oreille qu’elle avait"un très joli cul". Hélas, Frank Galluccio, le frère de la demoiselle, entendit ses roucoulades déplacées et lui lacéra le visage avec un couteau14. Complexé par ses blessures, Capone appliquait d'épaisses couches de talc sur sa joue et ne présentait que son profil droit, encore intact, aux photographes15. Il prétendit même que ses cicatrices étaient dues à des éclats de shrapnel reçus en France durant la Première Guerre mondiale, bien qu'il ne mit jamais les pieds sur un champ de bataille16. Face au véto du puissant Joe"The Boss" Masseria, Capone ne put jamais se venger de Galluccio, mais finit par reconnaitre ses torts et embaucha régulièrement son agresseur en tant que garde du corps lors de ses passages à New York17.

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En 1944, Frank Costello oublia vingt-sept mille dollars dans un taxi. La somme fut saisie par les forces de l’ordre et mise sous séquestre jusqu’à ce que la preuve de sa légalité puisse être faite. Contre l'avis de son avocat qui lui conseillait de faire profil bas, le boss de la famille Luciano décida par vanité d’intenter un procès à la police de New York18 et de se présenter sous son meilleur jour face au jury pour le convaincre de lui restituer son dû. Le mafieux se mit ainsi à peaufiner son teint avec de multiples séances de lampes à bronzer et refusa de porter un costume bon marché. Au final, Costello remporta la partie. Mais une fois les taxes et les frais de justice payés, il ne lui resta plus que cent vingt dollars en poche19.

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Samuzzo"Samoots" Amatuna, gangster de Chicago, possédait deux cents chemises en soie dans sa garde-robe. Un jour, un blanchisseur ambulant brûla malencontreusement l'un de ses précieux vêtements. Rendu fou de rage par la nouvelle, il le poursuivit dans les rues de la ville et abattit son cheval en représailles20.

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Albert Anastasia, dirigeant du sinistre groupe de tueurs à gages"Murder Inc.", fut tué alors qu’il se faisait coiffer au Park Sheraton Hotel de New York. Après avoir encaissé quatre balles dans le corps, le"High Lord Executioner" ("Haut Seigneur des Exécutions") parvint à se relever, mais s'attaqua par mégarde au reflet des deux assassins dans le miroir du salon. Son erreur fut aussitôt punie d'une ultime cartouche dans la tête, mettant ainsi un terme à son existence21. La chaise d'Anastasia est aujourd'hui exposée au Mob Museum de Las Vegas22.

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Le mafieux Joseph Doto se faisait appeler Joe Adonis, en hommage au dieu grec Adonis, dont la divinité Aphrodite tomba éperdument amoureuse. Comme lui, Doto aimait en effet admirer sa beauté dans les miroirs. Un jour où il se peignait, Luciano lui lança:"Pour qui tu te prends, Rodolphe Valentino?", ce quoi à quoi Doto répondit qu'en"matière de look, ce type [était] un clochard"23.

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Vincenzo"Big Jim" Colosimo, premier boss de l'Outfit de Chicago, était passionné par les diamants. Il en arborait à chaque doigt et portait un fer à cheval orné de pierres précieuses sur son gilet. Ses boucles de ceinture et ses bretelles étaient également incrustées de gemmes étincelantes. Grâce à son activité de receleur de bijoux, il pouvait en effet acquérir des opales et autres rubis à des prix très avantageux. Les rares diamants qu'il ne revêtait pas étaient quant à eux soigneusement conservés dans ses poches, prêts à être offerts aux policiers qu'il avait sous sa coupe24.

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Enoch"Nucky" Johnson, boss officieux d'Atlantic City, accordait une grande importance à son allure. Chaque matin, son valet Louis Kessel sélectionnait l'un de ses cent costumes sur mesure et l'ornait d'un œillet rouge du meilleur effet. L'été, Thompson avait un faible pour les vestes couleur lavande et chocolat. Et quand l'hiver frappait la côte Atlantique de ses vents glacés, il ne manquait pas de porter son manteau en peau de raton laveur25. Des guêtres, des chaussures en cuir, et une canne complétaient sa panoplie du parfait gentleman. Durant la journée, Thompson aimait tout particulièrement se balader le long de la jetée, où il distribuait quelques dollars aux passants. Et lorsqu'il ne marchait pas, Kessel le conduisait à ses rendez-vous à bord d'une superbe Rolls-Royce bleue26 . Surnommé le"Tsar du Ritz", en raison de sa domiciliation dans une suite de l'hôtel Ritz-Carlton27, Thompson possédait également une Cadillac, une Lincoln et une Ford, qu'il utilisait en fonction de ses humeurs28.

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Salvatore Maranzano, boss de la future famille Bonanno, parlait douze langues et était passionné par les campagnes militaires de Jules César29. Ironie du sort, il mourut de multiples coups de poignard, comme son héros30.

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Arnold Rothstein, financier de la mafia, détestait ses dents, qu'il jugeait irrégulières et pas assez blanches. Il se les fit donc remplacer par un dentiste lors d'une opération de huit heures, et reparti de son cabinet à la nuit tombée pour collecter l'argent que lui devaient ses nombreux débiteurs, comme si rien ne s'était passé31.

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Frank"Bumpy" Lucas, patron afro-américain de la pègre à Harlem, écrivait de la poésie et jouait aux échecs. Allant à l'encontre des préjugés racistes de son époque, il sortit même avec une femme blanche qui travaillait comme chroniqueuse au magazine"Vanity Fair"32.

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Les médias faisaient preuve d'une certaine fascination pour John Gotti, boss de la famille Gambino33. À l'opposé de la discrétion habituellement prônée par les chefs de famille mafieuses, Gotti assumait en effet une image publique de gangster hollywoodien34, arborant un style vestimentaire raffiné qui lui valut le surnom de"Dapper Don" ("Don...