61ième proposition
La quarantaine
Constituer du sens est homologuer le monde
I — État
Le projet de pénétrer dans la séquentialité constituante est l’échec protocolaire continument réitéré en quoi consiste la production de l’effectivité matérielle du sens. La métaphore scopique est utile à sauvegarder autant que faire se peut la descriptibilité du fait logique. Effectivité constituée, discrète, nombrable, susceptible de substantiation, saisissable par quelque chose de l’ordre de l’attention ou de la conscience d’un sujet non producteur, déductible et anticipable par une sorte de dynamique séquentielle intrinsèque est une entité qui existe mais seulement aussi longtemps que nul ne la regarde. L’existence de cette entité positionnelle consiste donc en un acte de rejet individué que subit le sujet de cette opération de captation, qui lui inflige un statut d’extériorité et le soumet à un état de pérégrinité strictement cœxtensif de son acte d’intromission dans le domaine du sens effectué. Cette éjection est le réquisit absolu pour l’exercice du possible logique, sorte de cérémonie sacrificielle préalable ou de transcendance rétrograde qui en rejetant le sujet accrédite l’existence d’un monde. Et pour que cette extranéité que subit le sujet se produise comme un fait de sens, il est requis que sans cesse il en rétablisse le mécanisme. En des termes récréatifs on dirait que, pour le sujet, pour qu’il n’y ait pas « chose », il faut qu’il y ait « chose ». Et ce domaine de la chose descriptible comme fait de sens terminalement constitué ne cesse pas d’exister sous cette forme de rejet positionnel. Ce qui tout bonnement se dirait : le sujet du logique ne peut pas ne pas être logique, et ne peut pas exister dans le domaine de l’effectuabilité du sens sans son action constituante, mais cette impossibilité est elle-même un fait de sens, relatif à un sujet qui l’expérimente et constitue.
Cet inaboutissement est la positionnalité d’une séquence protocolairement impossible. Car ne pas pouvoir saisir le fait constitué, même au degré infime de cette saisie, un simple repérage, une distinction, consiste à produire le premier fait de séquentialité, car cette exclusion est une occurrence et produit une trace. Que le dépassement de cette ouverture vers la séquentialité devienne le lieu unique et permanente assignable au travail de production de la matérialité du sens, que cette indépassibilité doivent être effectuée et expérimentée et jamais épuisée ne produit pas une sorte de stase privative ou d’abolition du sens en raison de cet échec. L’existence logique du sujet consiste justement à ne pas cesser d’accomplir cet acte déceptif afin d’aller outre, d’accéder au monde que cet échec accrédite, mais son acte même détermine un inaccomplissement, inaccomplissement salvateur, car suscitant la constance de l’acte constituant. Implicite dans l’acte constituant il y a toujours une image de ce qu’il y aura par la suite, mais cette suite requiert l’acte qui la suscite, et s’y réduit. Par image fictionnelle, toute effectuation matérielle du sens a lieu à l’intérieur de la racine imaginaire de cette ligne de successivité et de progression. Le logique retient toute sa progressivité à l‘intérieur d’un seul acte constituant et cet intérieur rejette l’inclusion du sujet. Par ce biais dirimant, ce sujet est constituant non seulement du réel logique individué et actué mais également du monde et de son autonomie relative à ce travail constituant. Et de l’extradition dont il le frappe. Cette errance est le mode d’existence de la liberté logique.
Liberté paraphrasable en manque et incomplétude, non pas substantielle, mais protocolaire ou plus vaguement fonctionnelle et praxique. Le monde existe dans cette mutilation du sujet corrélative de l’inaboutissement de l’acte constituant de la catégorialité, autrement dit de l’esquive continuelle que lui inflige le domaine du constitué logique. Ne consistant qu’en cet élan constituant, le sujet logique ne peut pas renoncer à la tentative de surmonter cette esquive, et de résoudre l’aporie protocolaire qui consiste en le dessein de pénétrer dans le domaine du sens effectué qu’il est en même temps en train de constituer, cet acte constituant épuisant sa réalité de sujet. La matérialité de cette tâche, descriptible comme le travail de conversion dirimante du pur ontologique en catégorialité, immédiate et irréversible, lui assigne une durée et une séquentialité locale et restreinte que par figure on pourrait caractériser comme « close ». De cette façon cette exclusion du monde qui constitue le monde est affectée d’une historicité autonome et irréductible. Ascétique sous forme d’acceptation ou volontariste selon le projet de la surmonter, elle sera toujours conforme à la même descriptibilité. En le constituant, le sujet opère sa sortie du monde et cette éviction est le premier acte constituant. Sa place se décrirait en termes de transcendance déchue. Ce qui le sauve d’une substantialité léthale. Et pour paraître habitants licites du monde, nous endossons souvent la défroque d’un mort.
La séquentialité se déroule en s’abolissant, car cette abolition est un événement et un acte. Acte propre du monde lequel, pour être (par figure narrative) doit venir vers le sujet et, par le biais de l’acte de ce sujet, et se constituer et annuler sa constitution. Le monde vient au sujet afin de s’en détacher. Ininterrompu non pas par continuité substantielle, mais par impossibilité protocolaire de suspension, cet acte d’exclusion constituante est pour ainsi dire la source du monde non subjectif, dont le mode d’existence requiert l’acte d’un sujet affecté de transcendance fonctionnelle, ou d’extériorité protocolaire, et cette autonomie du monde est acquise pour ainsi dire acte par acte, si jamais cette discrétisation était pensable autrement que par double négation : [non(non discret)], la continuité requérant la médiation d’un acte constituant individué. Le réquisit ontologique de cette permanence du monde n’est effectuable qu’en sa perte, et la constitution du logique se déroule dans le cercle effectif (et individué) de cette perte. La poésie, la littérature, la mystique nous procurent des figures de cette situation, euphoriques ou lugubres, exaltées ou accablées, et il en va de même dans la cogitation banale quotidienne. Le sommet du désir de réparer cette perte due au mode d’existence du sujet logique ne peut consister qu’en une ablation de ce sujet, de cette « sujéité », par voie de suicide, effectif ou seulement mimique. Une simple neutralisation, par voie d’extase, de transe ou de narcotiques peut y suppléer1.
Par le biais de cette condition protocolaire non éradicable le logique est une zone du monde qui n’entame pas la réalité du monde. « Monde » signifie tout ce qui a à devenir logique en raison de l’intervention protocolaire et ceci inclut ce qui a déjà été soumis à la conversion catégorielle. Nulle ostension ne paraît comme première, même si sa reconnaissance se réduit à une infimité de traits distinctifs. Le monde paraît déchu en passé. Le mode d’existence de cette virtualité de logicisation est privatif, sa positionnalité est la carence qui restreint la possibilité de constitution terminale du fait logique individué. Cette carence indéfinit les limites de l’effectuable, ce en quoi consiste la positionnalité du monde, soumis à une séparation que produit et mesure l’acte constituant actuel. De cette façon, le lien entre actuation du sens et possible logique général est une dérivation, car en cette actuation l’appartenance au monde est accréditée et consiste en une causation car il n’y a pas de monde sans cette perdition protocolaire locale. Sauf si on n’en sait rien. Le monde contextualisant de l’acte logique requiert cette virtualisation excluante pour avoir une réalité logique. L’effectuation logique consiste donc en une perdition de l’infinitude du sens possible, par le biais de laquelle cette indéfinitude est une réalité. Nul ne voit le...