CHAPITRE II
– 2033 - DANS LES LIVRES –
Elsa est à présent en formation d’astrophysique et ses cours accaparent son temps ; elle est satisfaite d’avoir choisi cette voie. Elle s’y épanouit pleinement. D’ailleurs elle rencontre plein de personnes intéressantes.
Elle a fait la connaissance de Fred un étudiant un peu trapu, à l’âme scientifique, qui intervient toujours avec des nuances telles que « peut-être » ou non, impossible.
Il peut aussi dire« je ne sais pas » afin de continuer les questionnements et trouver peut-être des solutions ; Fred a des cheveux bruns un peu en brosse, des yeux bleus avec des sourcils épais ; il vient du midi de la France.
Elle a aussi rencontré Midori, une japonaise qui a choisi de faire ses études en France après les conflits des années 2027 … Midori est petite, brune avec des cheveux longs sur le devant de son visage et très courts dans le dos.
Midori ne se confie pas facilement ; ce jour-là Elsa, Fred et Midori se trouvent dans un restaurant japonais sur Paris.
Cela incite Midori à parler du Japon :
« Je suis venue en France lors des conflits féroces d’Israël avec Gaza et l’Iran, cette guerre larvée entre les Etats-Unis, l’Europe et la Russie. Par la suite, j’ai choisi de changer de lieux, mes amis ont trop souffert de cette guerre de haute intensité qui a engagé également le quadrilatère, Inde, Etats-Unis, Japon, Australie dans les eaux Indopacifiques surtout avec les interventions sporadiques de la Corée du Nord.
– En France aussi nous étions sous tension continue, dit Elsa. Le but était de faire modifier les progrès économiques de la Chine qui investissait dans tous les pays, soit dans des commerces, soit dans des infrastructures, soit dans l’agriculture en achetant des terrains, soit dans les ventes à prix très bas, puis ensuite par mimétisme, sur le spatial, la Recherche, ou sur des produits de niche de très haute gamme, tels que les cosmétiques, la restauration de luxe, ou les œuvres d’art.
– est-ce que les avancées économiques de la Chine détournant les progrès sociaux et environnementaux ont augmenté les tensions déjà fortes, demande Fred ?
– Oui, c’est cela. Dans ce contexte, alors étudiante en France, je me suis retrouvée très isolée. Ma famille était restée au Japon. A présent, ma vie prend un rythme normal.
– tu peux compter sur nous pour t’aider, si tu as besoin, ajoute Elsa.
– ça va, répond Midori, c’est mon karma.
– peut-être que malgré tout, dit Fred, nous pouvons te donner des conseils ?
– ça va, j’ai obtenu la nationalité française et je m’investis dans l’astronomie qui me passionne. » Tous les trois se retrouvent souvent pour discuter pendant leurs heures de repos, autour d’un plat ou au cours d’une sortie cinéma, parfois un concert. C’est la première fois que Midori parle de son passé.
En dehors de ces loisirs, la plupart du temps ils sont dans les bibliothèques, ces bâtiments ancestraux, où ils peuvent retrouver les décors bois et le blanc des murs.
Les tables sont bien alignées avec chaque étudiant devant son ordinateur et ces nombreux livres qui demeurent - malgré les progrès – essentiels à leurs études.
En effet, les supports papier ont repris toute leur noblesse au cours des dernières années ; en raison des conflits violents impossible d’utiliser les réseaux ; parfois les vents solaires provoquent des coupures d’électricité avec l’absence de communications spatiales.
Les bibliothécaires se sont évertués à ressortir les livres des caves où ils étaient stockés. Ils et elles se rappelaient les temps passés à les numériser.
Au cours de ces guerres de haute intensité et des modifications du climat tout avait été bousculé.
Les livres cartonnés étaient remis à l’honneur et avaient repris du service en raison des coupures fréquentes de courant.
Chacun retrouvait le goût de tourner les pages, de trouver ce que l’on voulait, voire parfois, de découvrir au détour d’un paragraphe, des éléments auxquels on n’avait pas pensé au départ.
Ils avaient dû se retrouver face à eux-mêmes et aux autres, lors des coupures, sans ordinateur et sans portable. Leur créativité avait ressurgi dans ces confrontations au réel.
En fait, avec internet, il était impossible de faire ces découvertes subtiles. Aucun loisir à découvrir l’inconnu, le non prévu, celui qui permettait à l’esprit de créer, d’oublier le sujet premier pour laisser son âme vagabonder ailleurs …
Avec les données préinscrites, il s’agissait surtout de ne pas sortir du sujet. Il n’y avait que les mots clés pour trouver les pages concernées par les champs lexicaux choisis. De plus les algorithmes les redirigeaient vers les contenus sélectionnés. Les étudiants ne laissaient pas filer leur pensée dans le monde imaginaire, parallèle aux sciences ; ils cherchaient ce qui se trouvait sur leur tablette ou sur leur smartphone et qui pouvait leur permettre de répondre, telle une machine, aux divers QCM imposés.
Ces guerres avaient eu le mérite de faire comprendre qu’ils avaient perdu en liberté, en autonomie, et que tout avait été prémâché pour eux.
Quel changement de vie !
Elsa espère bien faire découvrir à ses parents et amis, les trésors de l’espace dès qu’elle les reverra.
Cependant, depuis son passage à Aérospatiale des Mureaux et ses stages en partie à l’Agence Spatiale Européenne - E.S.A., Elsa a signé les documents « secret défense.» Cela elle n’en parlera pas à ses parents.
Avec ses nouveaux amis Fred, Midori, Otneil et Charlie, qu’elle a connus lors de son passage aux Mureaux en 2027 (Elsa 2035 La Trilogie – Retour sur le futur. Edition BoD) elle mène une thèse pour comprendre d’où viennent les formes inhabituelles des nuages ainsi que ces changements brusques de température ou de couleurs du ciel. Eux aussi partagent avec elle le « secret défense ».
Aujourd’hui, Elsa se décide à faire des propositions à ses nouveaux amis, Fred et Midori, pour tenter de comprendre ces phénomènes :
« Des personnes font l’observation d’aurores boréales qui produisent un monde enchanté de couleurs ; cependant ces éruptions solaires ont endommagé des transformateurs électriques en raison des courants électromagnétiques ; de même ces teintes noires et bleues du ciel avec un soleil violent qui transperce les nuages, ont été suivies par des orages brutaux qui ont abîmé des lignes électriques.
– il y a aussi, dit Midori, un autre phénomène ; les nuages parfois ressemblent à des morceaux de coton positionnés en parallèle ou à de gros cumulus sous lesquels s’échappent des fibres laiteuses.
- Ces changements de lumière intriguent la population, confirme Fred ; il semble que l’on passe d’un temps de printemps à un temps d’automne en une seule journée. Bon avec le dérèglement climatique … c’est peut-être normal, se disent la plupart des personnes … que faire ?
– en attendant, poursuit Elsa, même s’ils se sentent parfois responsables de ces modifications, ils n’ont pas assez de compétences pour y remédier. Ils continuent leurs activités quotidiennes, advienne que pourra ! Nous pourrions mettre en place des zones d’observation afin de recueillir un maximum d’éléments et alors analyser ces situations étranges.
– pourquoi pas, dit Fred.
– oh, oui je suis partante réplique Midori. Nous commençons quand ?
– il nous faudrait des modèles qui nous servent de point zéro de référence, dit Fred. Que proposestu ?
– j’ai réalisé des dessins entre 2020 et 2032 sur la forme des nuages, sur leurs couleurs changeantes et les modifications des climats. Une partie de ces phénomènes est due au dérèglement climatique, une autre au courant...