Introduction générale
Joseph Gabriel Elong
Université de Douala
gelongue49@gmail.com
Depuis le premier Sommet de la Terre (1972) et le rapport Brundtland (1987), les notions d’environnement et de développement durable renvoient toutes deux à des questions socialement vives. Le changement climatique, la transition énergétique, la préservation de la biodiversité, la réduction des inégalités et de la pauvreté constituent de véritables enjeux des sociétés postmodernes. Ils affectent de manière sensible, directement ou pas, le quotidien de chacun. En fait, un modèle de développement économique qui tient compte de l’écologie en est né. Il s’agit de l’écodéveloppement. Selon ce modèle, les pays développés doivent utiliser tous les moyens pour préserver l’environnement, car ce sont les premiers responsables de la pollution dans le monde et les seuls qui disposent de moyens financiers pour le faire. La Déclaration de Stockholm est considérée comme le début du développement durable. Elle est constituée de 26 principes qui portent sur la protection de l’environnement, l’éradication de la pauvreté et l’amélioration des conditions économiques dans le monde. Les approches scientifiques de l’environnement et du développement durable proviennent essentiellement de la prise de conscience de deux ensembles de questions :
– Celles relatives à des atteintes à l’environnement par sociétés humaines, atteintes liées au développement de ces sociétés (pollutions, perturbation des écosystèmes, urbanisation, effets sur la santé, renouvelabilité des ressources naturelles, etc.). Bien que cela paraisse quelquefois aller de soi, il est bon de répéter que les sociétés humaines assurent leur développement en prélevant des ressources dans leur environnement et, très généralement, en interagissant avec lui, tout en remarquant bien que ces interactions ne sont pas toujours négatives ;
– Celles du développement des sociétés humaines, notamment des pays du Sud (économies fragiles, hétérogénéité des modes de développement, solutions techniques et économiques mal adaptées, problèmes de nutrition, de santé et d’éducation, émergence de tensions politiques et conflits, etc.), mais aussi des interrogations sur les modes de développement des pays du Nord (transports, industries et agricultures gros consommateurs d’énergie et dispensateurs de pollutions, modes d’aménagement de l’espace, déréglementation, etc.).
Pendant longtemps, les problèmes, qu’ils soient de développement et surtout d’environnement, ont été abordés dans l’urgence et dans le court terme, sans évaluer les incidences des solutions choisies et en gardant plus ou moins consciemment l’espoir que les sciences et les techniques arriveraient, au bout du compte, à résoudre les nouveaux problèmes posés ou bien que la nature s’en chargerait. Par exemple, on ne peut nier les progrès spectaculaires de l’agriculture productiviste et son efficacité dans la réponse aux questions de la suffisance alimentaire. En revanche, on n’a pas évalué à sa juste mesure l’impact environnemental (pollutions diffuses par les engrais ou les pesticides, modifications de l’utilisation des terres et leurs effets, etc.). On n’en a pas, non plus, estimé et anticipé les conséquences socioéconomiques. Une fuite en avant qui laissait aux autres, en l’occurrence à la nature — bienfaisante », aux voisins ou aux générations futures, le soin de résoudre ces nouveaux problèmes. Ces questions sont particulièrement préoccupantes dans les pays du Sud (Pavé, 1997).
La prise de conscience des risques encourus a conduit à de nombreuses initiatives. À l’échelon international, celles-ci ont été à l’origine de l’interpellation des mondes politiques, économiques, techniques et scientifiques. Citons pour mémoire le rapport du Club de Rome (1972, sur des travaux lancés dès les années 1960) ; le rapport Brundtland (1985) et l’émergence du concept de développement durable ; la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement (CNUED : Stockholm, 1972, et Rio, 1992 : conventions sur l’effet de serre, sur les forêts et sur la biodiversité, rédaction de l’Agenda 21 », présentant les conditions, identifiées à l’époque, d’un développement durable) ; la Conférence sur la démographie (Le Caire, 1994) ; la Conférence d’Istanbul sur la ville (1996). Aujourd’hui, avec l’accélération des changements, la question est comment continuer à assurer un développement aux sociétés de notre planète, pour nous et les générations futures et qui prenne nécessairement en compte la pérennité ou l’extension des ressources et la viabilité de notre environnement ?
Vingt ans après la conférence de Stockholm, la conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement (Rio de Janeiro, juin 1992) a été l’occasion d’une mobilisation mondiale pour un type de développement prenant en compte à la fois les besoins de l’homme et la préservation de la biosphère. Et sans doute aussi, pour les Occidentaux, d’une prise de conscience qu’ils ne peuvent plus se développer aux dépens des autres habitants de la planète. Il ne s’agit plus dès lors de s’attaquer aux conséquences du développement sur l’environnement, mais de prendre le problème en amont en posant les principes d’un développement durable (Arnauld, Simon, 2007).
En réalité, le phénomène d’urbanisation dans les pays en développement a eu des conséquences multiples sur l’environnement urbain, mais aussi sur le milieu rural qui n’a jamais cessé d’entretenir des relations avec les villes : migrations de travail, déplacements liés aux études, aux évènements familiaux, aux activités commerciales, administratives, religieuses et de loisirs. Ces modalités peuvent être très diverses dans leur essence, en impliquant aussi bien des personnes seules que des groupes (familles, amis), par l’intensité du phénomène migratoire, selon la période de migration (période scolaire, activités saisonnières ou à autre périodicité) et la durée (migration viagère ou temporaire). Il importe de replacer ces différents aspects de l’environnement urbain dans la durée et d’avoir à l’esprit la notion d’écodéveloppement tel que la définissait Ignace Sachs en 1974 : « L’homme étant la ressource la plus précieuse, l’écodéveloppement doit contribuer avant tout à sa réalisation… ». L’identification, la mise en valeur et la gestion des ressources naturelles se font dans une perspective de solidarité diachronique avec les générations futures, la déprédation est sévèrement proscrite et l’épuisement, inévitable à long terme, de certaines ressources non-renouvelables, mitigé par une double démarche qui consiste à éviter leur gaspillage, et à utiliser aussi souvent que possible les ressources renouvelables qui convenablement exploitées, ne devraient jamais se tarir (Bley etal., 1998).
De nombreux ouvrages ont déjà été conduits sur la thématique de l’environnement-développement durable en Afrique. Mais le présent volume 2 des mélanges en l’honneur de la professeure Aurore Sara Sophie Ngo Balépa met en mouvement 14 réflexions suggérant la centralité des enjeux environnementaux dans les processus de développement durable. La perspective heuristique et épistémologique ouverte, plurielle voudrait faire des « Approches plurielles environnement, développement durable » un aperçu de la géographie pour le développement au Cameroun. Les réflexions proposées ont émergées de deux thématiques qui forment l’ossature du volume.
La première,Environnement et développement durable en milieu urbain au Cameroun, regroupe huit contributions mettant en évidence une variété de cas de gestion de l’environnement dans les espaces urbains, pouvant obérer l’inscription de ces espaces dans une politique de développement durable. Les articles scrutent...