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Mon premier rendez-vous eut lieu un dimanche après-midi. L’homme me reçut chez lui, simplement, courtoisement, à peine étonné par ma démarche. Nous bavardâmes de choses et d’autres, abordâmes aussi ses activités pour le moins particulières. Bien qu’il me le permît, je n’enregistrai pas notre entretien. Je n’attendais pas de révélation, pas aujourd’hui. Pour le moment, il me jaugeait. Comme à mon habitude, je restai moi-même. Je ne cherchais pas à biaiser, à le contraindre par quelques tours de malice à quelques confidences. J’étais là pour ça. Il le savait. À lui de décider de son attitude, de ce qu’il dirait ou non. Au bout d’un moment que je jugeai convenable pour une première rencontre, je voulus me retirer. À plusieurs reprises, il m’en dissuada, relança la conversation, lâcha des informations comme pour me retenir. J’avais gagné la première manche. Je fus invitée à revenir.
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Tu avais raison, c’est un atout de ne pas être journaliste. Si je l’avais été, je n’aurais probablement pas noué de tels liens. La confiance, que mes interlocuteurs semblent tous m’accorder, m’intrigue. Pour ma part, je n’ai fait aucune promesse, sauf de taire les noms, de traduire autant que possible la seule réalité sans enjoliver des vies qui n’en ont pas besoin. Je n’ai annoncé aucun résultat, aucun aboutissement. Pour l’heure, nos rencontres n’ont d’autre objet que celui de satisfaire ma curiosité. Ils me parlent librement, répondent à mes questions, me montrent des documents, me facilitent les rencontres. Le plus étonnant sans doute, c’est que les deux parties, les adversaires, « les gendarmes et les voleurs » pour faire référence, par facilité, au jeu que nous pratiquions dans notre enfance et qui s’avère on ne peut plus approprié, répondent à mes sollicitations avec la même aisance.
En bonne logique, ils devraient se dresser les uns contre les autres, se mépriser, se vouer une haine réciproque, s’igno