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Jeudi 8 décembre 1825
Le clocher deMontlouis venait juste de sonner la demie. Il était neuf heures et demie du soir. Un cavalier avait traversé le bourg à vive allure avant de reprendre la levée de la Loire. C’était ainsi qu’on nommait la digue qui, de part et d’autre du cours, empêchait le fleuve de s’étendre à son gré.
De lui-même, le cheval ralentit un peu son galop. Il était gêné par l’obscurité plus profonde au sortir du bourg et accusait une certaine fatigue, après des lieues et des lieues à grand train. Le cavalier venait de Blois, il se rendait à Tours. Il était parti dans la soirée et n’avait fait aucune halte tant la mission était urgente. Bien en selle sur sa monture, scrutant tant bien que mal sur la levée quelque obstacle susceptible d’entraver sa progression ou de provoquer une chute, le cavalier profitait du fleuve comme d’un guide.
La Loire formait une tache claire, un large liseré d’argent qui contrastait avec le noir profond environnant.
À sa gauche une zone obscure indistincte, à sa droite un éclat, il se maintenait en équilibre entre les deux, sur la crête.
Encore quelques minutes de chevauchée et il atteindrait sa destination ultime. Il ralentit pour dépasser prudemment le chantier encombré du canal, pénétra dans les faubourgs de Tours, longea Saint-Gatien, et s’engagea dans la rue qui menait à la préfecture.
À cette heure la ville était comme dans un cocon. Un froid piquant avait même fait rentrer la sentinelle affectée au poste de garde. Au bruit des sabots sur les pavés, elle surgit de son abri.
Le cavalier s’arrêta, sauta lestement de son cheval et lança à l’adresse du garde :
– Allez chercher le chef de poste, je viens de Blois, je suis envo