: Isabelle Desbenoit
: In manus tuas Domine... Thriller religieux Grands Caractères
: Books on Demand
: 9782322476015
: 1
: CHF 8.30
:
: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 260
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
"Je parlais hier d'évènements à l'hôtellerie. Je me monte peut-être la tête mais j'ai cru devoir en parler au père abbé." Brillant avocat lyonnais, Benoit-Olivier est devenu moine à l'abbaye de Morancourt. Ce livre est un thriller religieux d'un nouveau genre. Il allie la vie intérieure du jeune moine à une intrigue policière des plus passionnantes. Original et plus vrai que nature...

Isabelle Desbenoit est romancière. Tous ses ouvrages sont disponibles en GRANDS CARACTÈRES : des romans, des"séries", des saga familiales, romans à suspense...(tous les livres peuvent être lus indépendamment), une collection de 18 courts romans très appréciés et le roman"La retraite Spirituelle" connexe à celui-ci. Mais aussi des livres"Aventures" pour les enfants de 9 à 14 ans. Tous ses livres sont disponibles en librairie et partout sur Internet ainsi qu'en e-book.

Chapitre I

21 janvier, abbaye de Morancourt


« Comment rendrai-je au Seigneur

Tout le bien qu’il m’a fait ? »

Ps 116,12

Aujourd’hui, le père abbé m’a retenu après le chapitre*. Il m’a demandé de consigner dans un cahier tous les évènements à venir et ce que je jugerai bon d’y inscrire sur moi-même, y compris concernant ma vie spirituelle. J’étais un peu surpris et je lui en ai demandé la raison, en lui disant que je ne me prenais pas pour sainte Thérèse de l’Enfant Jésus* ! Et que je n’en voyais pas l’utilité… Mais il a insisté en me disant qu’il avait de bonnes raisons de me le demander et m’a prié de lui faire confiance. Est-ce par rapport aux problèmes récents dont je lui ai fait part à l’hôtellerie ? Enfin, j’accepte dans l’obéissance ce nouveau ministère d’écriture sans savoir si quelqu’un lira ou non un jour ces lignes et cela importe peu. Je prends donc aujourd’hui pour commencer ce journal, un cahier de moleskine bleu, presque neuf, qu’un frère a déposé dans notre placard à fournitures. J’ai eu l’idée de noter, avant de commencer à écrire, un verset du psautier et je crois que je continuerai à chaque relation selon les évènements ou mon humeur ; les psaumes sont si riches ! Et toute la palette des émotions humaines s’y reflète comme dans un miroir.

Je m’appelle frère Benoit-Olivier, j’ai fait ma profession perpétuelle l’année dernière après six ans de postulat*, noviciat* et trois ans de profession temporaire. J’étais avant de rentrer ici à vingt-sept ans, jeune avocat à la cour de Lyon. J’ai lutté vainement contre l’appel de Dieu. Je vivais à l’époque avec Carole, vingt-quatre ans, institutrice en école maternelle. Curieusement, c’est elle qui, me voyant toujours tourmenté par cet appel, m’a dit que si c’était vraiment ma voie, je devais la suivre car elle ne me voulait pas par défaut ! Elle m’aimait vraiment et désirait mon bonheur avant le sien. Il faut dire que ma fiancée avait une confiance indéfectible en Dieu. Carole savait qu’elle allait souffrir mais « tout passe » m’avait-elle assuré en pleurant et après, son chemin s’éclairerait aussi. « Je m’en voudrais toute ma vie », m’avait-elle confié, « de ne pas te permettre de réaliser ce dont tu rêves et de faire obstacle à ta vocation. »

Je l’aimais et je ne crois pas que j’aurais eu le courage de la quitter même si je sentais bien que j’étais appelé ailleurs, je ne voulais pas la faire souffrir. Je suis donc rentré ici et le bonheur a déferlé en moi avec une puissance inconnue jusqu’alors. Depuis, je n’ai jamais regretté mon choix, même si j’ai mûri. Comme dans toute vie, les épreuves n’ont pas manqué, mais la grâce amoureuse de l’Ineffable Présence n’a cessé de sourdre au fond de mon cœur. De son côté, un an après mon arrivée au monastère, Carole a rencontré Maxime, journaliste et athée ! Et elle est maintenant l’heureuse mère de quatre enfants.

Après divers ministères, j’ai, à trente-six ans, la charge d’accueillir les hôtes qui viennent pour quelques jours faire retraite chez nous. Notre abbaye a le vent en poupe, nous devons refuser du monde. On y vient en curieux pour goûter le silence, la beauté incomparable de la nature environnante et le calme, ou encore se ressourcer dans la foi. Nous avons la chance d’être une communauté assez équilibrée au niveau des âges et de ne pas manquer de novices. Nous sommes trente-cinq moines et nous avons cinq novices. Il est vrai que notre père abbé est assez exceptionnel et qu’il sait s’adapter à toutes les générations. Sa personnalité est pour beaucoup dans le rayonnement de notre monastère. Un des attraits également est le paysage dont nous jouissons ici : il est proprement enchanteur. Quelle que soit la saison, l’endroit est tout en charme avec ses vallées secrètes, ses bois de sapins fiers et ses plaines herbeuses agitées doucement par la houle du vent d’altitude. À neuf cents mètres, nous avons un air toujours vif et l’été, lorsque le soleil cogne dur dans la vallée, nous apprécions d’être un peu en hauteur. Nous vivons d’activités artisanales et de l’exploitation agricole : des vaches élevées pour la viande en certification biologique qui broutent une herbe savoureuse et vivifiante. Nous vendons également du miel bio fabriqué et conditionné par nos soins en petits pots de deux cents grammes. Nous avons plus d’une centaine de ruches. De plus, nous fabriquons de jolies sculptures de bois et des icônes grâce aux talents artistiques de trois de nos frères.

J’ai été chargé de diverses tâches dans le monastère depuis que je suis ici, mais finalement, mon abbé, qui connaît mon goût pour le contact – un ancien avocat ne se tait pas si facilement ! – et plutôt que de me voir m’accuser régulièrement au chapitre d’avoir manqué au silence, m’a placé à l’hôtellerie où j’ai toute latitude pour parler aux personnes que nous accueillons si je le juge utile. J’en use, bien sûr, avec discernement. Mais il faut bien dire que mon travail consiste surtout à écouter avec compassion, à comprendre et à prier. Je ne me risque que fort peu à donner des conseils sauf si le bon sens le commande.

Par exemple, je n’hésite jamais à recommander aux personnes qui semblent trop démunies devant leurs problèmes ou en grande souffrance, de se faire aider au niveau psychologique par des gens compétents. J’ai toujours eu une sainte horreur des gens d’Église qui jouent aux « psys » et je me garde bien de tomber dans ce travers, moi qui n’en ai ni la formation, ni la fonction. Pour les questions proprement spirituelles, je ne peux souvent et j’en témoigne, que rendre grâce des merveilles que Dieu fait dans le cœur de chacun. Dieu est la source du bonheur, de la paix et de la sérénité de tant de personnes ! Il guérit, réconforte, enseigne, encourage…

Certaines traversent des épreuves très lourdes et restent dans une paix étonnante, tranquille, et humainement incompréhensible.

D’autres âmes portent le monde dans la nuit dans un abandon confiant. Je ne peux m’empêcher de les admirer. Mon travail consiste simplement à ne pas faire obstacle à l’action de l’Esprit saint* et tant mieux s’il se sert de moi ! Nous autres, pauvres moines, davantage peut-être que pour d’autres vocations, nous sommes des « serviteurs inutiles ».

Mais, voilà les vêpres* qui sonnent, je file à la chapelle…

26 janvier, après Complies,


« Il envoie son verbe sur terre,

rapide court sa parole

il dispense la neige comme neige,

répand le givre comme cendre. »

Ps 147,15-16

Il gèle à pierre fendre aujourd’hui. La neige, tombée dru dimanche, a gelé et la blancheur environne le monastère. Le silence est encore plus profond les jours de neige et je sens presque physiquement que le monastère tout entier s’enfonce dans une contemplation plus intense.

Je parlais hier « d’événements » à l’hôtellerie. Je me monte peut-être la tête mais j’ai cru devoir en parler au père abbé. Depuis quelque temps, disons depuis mi-décembre, nous recevons presque continuellement de jeunes hommes, entre vingt-deux et trente ans environ, qui viennent passer une semaine de retraite ou plus. Bien sûr, nous avons aussi « nos habitués », couples de retraités ou célibataires pieux qui viennent se ressourcer, fiancés venant pour le week-end… Nous avons eu beaucoup de monde pour Noël comme toujours, mais depuis, cette succession de jeunes hommes de semaine en semaine (quelquefois deux ou trois, d’autres un seul) m’interroge. Oh ! bien sûr, quelqu’un de plus saint que moi y verrait immanquablement un coup de l’Esprit saint, mais mon passé d’ancien avocat habitué à la psychologie humaine me fait craindre autre chose… Cela est encore confus dans mon esprit, je...