: Marie Fontaine
: Dentelles et Rangers Tome 1
: Books on Demand
: 9782322567621
: 1
: CHF 5.30
:
: Erzählende Literatur
: French
: 330
: kein Kopierschutz
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Printemps 2016. Fuyant chômage et déception amoureuse, Daphné, Frenchie pur jus, bourrine de corps mais fleur bleue de coeur, trouve refuge en Californie, plus précisément à Burbank, royaume des faux-semblants. Peu après son arrivée, elle flashe sur Bradley, craquant cracker qu'elle se mettrait volontiers sous la dent. Une nouvelle histoire avec un nouveau lover serait-elle envisageable ? Rien n'est moins sûr avec cet homme à double visage, soufflant tour à tour le chaud et le froid. Envers et contre tout, Daphné prend son courage à deux mains pour démêler l'écheveau de la vérité. Heureusement, les petites voix qui l'accompagnent sont loin d'être impénétrables.

Parce que les rêveurs noircisseurs de pages blanches se définissent avant tout par leurs influences... Si j'étais... Un écrivain : Frédéric Dard / Une écrivaine : Sandrine Collette Un poète : Jacques Prévert / Une poétesse : Marie de France Un peintre : William Bouguereau / Une peintre : Rosa Bonheur Un compositeur : Ennio Morricone / Une compositrice : Jocelyn Pook Un cinéaste : François Truffaut / Une cinéaste : Coline Serreau Un acteur : Alexandre Astier / Une actrice : Marlène Jobert Un chanteur : Nad Sylvan / Une chanteuse : Lisa Gerrard Un film : Once upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino Un livre : Tortilla Flat de John Steinbeck Une chanson : Les Fastes de la Solitude de Hubert-Félix Thiéfaine Un tableau : Le Baiser de Gustav Klimt

2 Evangeline


Réticent à restituer ma menotte, le bogosse s'obstine à la secouer (mazette! Il s'entraîne à battre le record mondial de tacatac ?), sans démordre d'une déplaisante indiscrétion à me lorgner avec la convoitise d'un marmot aguiché par le modèle phare des trottinettes électriques. Leshake-hand s'éternise... La bourbe s'adonne à cœur joie à la gigue du tremblotis sur treillis, gélatine marronnasse trémulant non-stop sur mes V.T.T. (Vêtements Tout Terrain)


— Daphné, dit-il enfin.Cute!2


Je rêve ou le gueux a prononcé « daphnie » ? Me prendrait-il pour l'animalcule translucide d'eau douce? L'insignifiant crustacé rattaché à une espèce dont les exemplaires les plus maous atteignent la taille inouïe de cinq millimètres ? Mon gars, tu n'y couperas pas, prépare-toi pour une leçon de phonétique. Je m'arme de hardiesse, dégage ma dextre et attaque.


— Pas Daphnie « I », mais Daphné « É », couine le chaton à moitié étranglé.


Il répète à voix basse, mimant la concentration d'un gosse en train de mémoriser une comptine.


— Daphné « É », opine-t-il. O.K.Cute!


— Oui.


Mes paniers depunchlines en rupture de stock momentanée, je m'en veux de ne rien pêcher de frétillant à lui asséner autre qu'un avorton de « oui ». Tentons une risette. Mauvaise pioche. Ma bobine se décompose telle celle d'un zombie. Surchauffée sous les sunlights, la glaise s'est asséchée et se craquèle par endroits en une multitude d'écailles. Sous l'action des zygomatiques, elles se décollent et s'abattent sur mes Rangers, pof! paf! pof! Une vache de bombe sexuelle choisit pile-poil cet épisode glamour pour venir interrompre notre causette. Par hasard ? Hum...


La Galadriel de cinoche flotte jusqu'à nous au rythme d'une pavane si nonchalante que l'on pourrait se taper une belote... et rebelote...


La voici limitrophe de notre couple (hum...) au point que l'on compterait sans difficulté les grains de son fond de teint. D'une ondulation étudiée, la pin-up dodeline du front contre l'épaule de mon bel interlocuteur. Son objectif? Apporter la preuve éclatante, au cas où on ne le remarquerait pas, que ses maâagnifiques boucles d'or chatoient joliment.


— Brad, mon chou, roucoule-t-elle. Ça va être à nous. Tu devrais aller te changer.


Voilà donc l'élucidation de la présence, dès leD Day, de l'Apollon sur le set: le planning prévoit d'ores et déjà des captations avec lui.


Le « chou » en question dispose d'un bungalow de luxe privé, fief privilégié où s'apprêter et s'entraîner touche, j'imagine, au délice ineffable. Comment je le sais ? Tout bête: ce genre d'info circule parmi la valetaille des studios à la vitesse de Speedy Gonzales pourchassé par Grosminet.


Clignement complice et cajoleur de messire Bradley à ma (grande) personne. Fsshh... Mazette! Sans contact direct?! Fsshh... Sans contact direct. Euh... j'en fais quoi... ahem... de mes organes internes brutalement en vrac? Et de mes patoches et pinceaux, empotés comme jamais, qui ambitionnent de dérouler leurs centimètres à l'infini ? j'en fais QUOI ? Inconscient du tumulte chambardant mes entrailles, étranger aux tentacules me tenant lieu de membres, le Charmeur s'excuse de regagner sans tarder le clinquant palais réservé à sa Seigneurie et me plante là, pantelante, bonne à perdre des croûtons face à la déesse absorbée dans la contemplation de la jungle à travers... moi.


Ça raie les dents de l'admettre, mais miss Evangeline Labrie (grrr! son prénom itou est maâagnifique) jouit d'une esthétique à couper le sifflet. Sous un clone de mon accoutrement militaire (en beaucoup plus clean), on devine des quilles fuselées supportant une cambrure de guêpe ainsi qu'un monde fou au balcon. L'ensemble sans une once d'effet spécial. Plastique mirobolante cent pour cent naturelle. La presse pipole a suffisamment rabâché que l'anatomie de la Wonder Woman, exception splendide, ne contenait pas un microgramme de botox ou de silicone. Pas un. Il faudrait, à l'égal de Captain America,3 avoir hiberné pendant des lustres pour l'ignorer.


À dessein d'arborer des pommes d'amour aussi rondes et charnues que les siennes, j'ai acheté un soutien-gorge 105 D à bonnets hyper-molletonnés. (Je prends d'habitude du 85 B.) Ce bustier d'ogresse agrafé, j'ai remonté à bloc mes petits trésors au moyen de trois paires de vieilles chaussettes roulées en boule sous chaque globe. Un nuage de blush sur les sommets émergents et le tour était joué. Pour affiner le buste, rien de plus facile: recours au bon vieux corset, déniché et alloué à bibi par la costumière en chef. Si efficace, ce serre-côtes, que si je ne l'ôte pas dans la minute qui suit, le décor va s'embarrasser d'une statue bleu schtroumpf, asphyxiée sous d'épaisses squames de boue séchée. Le fameux « il faut souffrir pour être belle » ne relève pas, dans ce cas, du vain adage.


Mais, pourquoi diable plagier coûte que coûte l'admirable façade d'Evangeline Labrie ? Pourquoi endurer ces tortures sans broncher? Pour la simple et bonne raison, pardi! que j'incarne sa doublure physique, sonbody double, et que l'on me paie pour ça. Lorsque j'interviendrai à l'écran, la totalité des spectateurs n'y verra que du feu; nul ne décèlera le subtil subterfuge. Je la remplace dans les scènes dites « d'action », car la sculpturale créature ne court pas, ne saute pas, ne grimpe pas, elle maâarche, et encore...


Est-elle au courant de mon statut de réplique casse-cou de sa Magnificence ? Curieuse de connaître la réponse, j'amorce une conversation comme on sauterait sans parachute du pic de la Burj Khalifa de Dubaï, la tour la plus haute du monde: « Ravie de jouer avec vous, miss Labrie... »


Le petit chat est mort. Horreur! Ma gorge a proféré un abominable son guttural! Barbie pose sur moi un point d'interrogation perplexe. Tiens! Une crotte douée de parole, se dit-elle, l'émeraude fabuleuse de ses yeux ternie par une succession de vapeurs circonflexes. Sans daigner un tantinet m'éclairer, elle me concède une vue imprenable sur son dos. Puis, moulant son majestueux fessier dans le fauteuil estampillé à son blaze, réclame d'un claquement de doigts sa maquilleuse perso postée sous une caméra girafe à la lisière de la forêt.


La rouquine, boulotte entre deux âges, réagit au quart de tour. Chargée d'un sac pesant manifestement des tonnes, elle accourt en se dandinant, perchée sur des talons compensés à flanquer le vertige. Œuvrant avec tant de célérité qu'on la croirait pourvue d'une tripotée de pinces, elle s'empresse de satisfaire l'Impériale.


À l'aide d’une pipette, la brave petite fourmi dépose trois gouttes et demie d'un liquide brunâtre sur la proéminence des roploplos de l’étoile flippante, puis réitère l'opération sur les mimines raffinées. Munie dans la foulée d'une éponge, à coups de tapotages méticuleux, elle farde front, nez, joues et menton de brumes caca d'oie, et pour conclure, parsème les anglaises soyeuses de feuilles et brindilles. Son affairement aboutit bientôt à un résultat plus que probant: de loin, on jurerait que la diva baigne dans la crasse.


Je me suis recoquillée. Sans demander mon reste, j'ai déserté les lieux en rasant les murs. Pour un peu, j'aurais replongé dans la bauge et me serais éclipsée hors du champ de vision de la nova platine en rampant comme les couleuvres qu'elle venait de me faire avaler. Alors que j'avais presque atteint l'orée du hangar, le moteur de ma fuite mortifiée a brusquement calé. Camouflet ravalé, j'ai opéré un demi-tour et, drapée de la discrétion d'une violette poussant sous la mousse des sousbois, je me suis infiltrée, ni vue ni connue, dans le giron du staff sur le pied de guerre.


Aucune préméditation ne me pilotait. Avant de revenir sur mes pas, j'étais résolue à me carapater dans les douches communes affectées aux sans-grade de Hollywood, à m'y débarbouiller et, poursuivant sur ma lancée, quitter les studios, ma présence n'étant pas requise avant le lendemain matin. C'était compter sans la lubie qui m'a assaillie à l'improviste: reluquer en tapinois le...