: Bruno Guadagnini
: Les nuits de l'éventreur
: Books on Demand
: 9782322567126
: 1
: CHF 5.70
:
: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 244
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Fin 1949, la 4e République, traverse son existence au rythme des scandales,"l'affair des Généraux" devient la partie émergée de l'iceberg. Au milieu de cet imbroglio politico-judiciaire, Pierre Malet, bien malgré lui, se retrouve au coeur de l'action. Le crime crapuleux et sanglant s'invite bientôt dans l'affaire, entre espionnage et trahison. Pierre, va devoir faire un nouveau voyage en Indochine, pour un dénouement pour le moins inattendu.

Pour son 6e roman, Bruno Guadagnini continue de traverser l'histoire commencée au début de la seconde guerre mondiale, pour se poursuivre jusqu'aux prémices de la guerre d'Indochine. La 4e République, lui donne l'occasion de poursuivre une aventure, où les armes sont remplacées, par des fleurets pas tout à fait mouchetés.

Chapitre 2 : Le bourreau de Béthune.


Mercredi 14 septembre, dans le bureau de Jean Barois.

- De la Parent, je viens d’avoir l’info, une femme a été sauvagement assassinée et disséquée hier à Béthune ! C‘est une affaire pour vous !

- Oui chef, puis-je avoir un peu plus de détails ?

- Son corps a été retrouvé au petit matin près d’une église ! Je n’en sais pas plus, pour le reste débrouillez-vous !

Jean Hubert, semble satisfait de retrouver un peu d’action et s’adresse à Frida, en sortant du bureau du patron.

- Je pars pour Béthune ! ça vous dirait une petite sortie sur le terrain ?

- Même si j’en avais envie Jean Hubert, je ne peux pas ! J’ai la prochaine édition à boucler, sans vous reparler de ma vie de famille !

Dès le lendemain, préférant laisser la Jaguar au garage, le journaliste se dirige gare du Nord direction Béthune. Il arrive en début d’après-midi et se rend directement à la morgue. Il fait beau un homme mince en blouse blanche, tire sur une cigarette papier maïs. Sa silhouette désuète, avec une moustache blanche et des petites lunettes rondes cerclées de métal argenté, rappelle étrangement le Maréchal Lyautey.

- Je vous attendais de la Parent !

- Comment m’avez-vous reconnu ?

- On m’a fait de vous une description vestimentaire, ne laissant pas de place au doute !

- Vous êtes le légiste sans doute ?

- Absolument pour vous servir ! Je me nomme, Eugène Boudin comme le peintre, ! Mais je vous préviens le tableau n’est pas beau à voir ! De plus, j’ignore quelles relations vous entretenez en haut lieu et je ne veux pas le savoir, je regrette simplement que Monsieur le Sous-Préfet ait pu faire pression sur moi, pour que je vous reçoive ! Nous nageons en parfaite illégalité et je n’ai pas envie, que cela me retombe sur le nez !

- Rassurez-vous, j’aurais la discrétion d’une hyène ! Votre nom, ne figurera jamais dans aucun de mes articles !

Le légiste écrase sa clope et les deux hommes, continuent leur conversation en pénétrant dans le bâtiment. Sur une table, repose un corps recouvert d’un drap blanc. Le doc, dans un premier temps dévoile uniquement son visage. Une belle brune, aux cheveux milongs bouclés semble dormir.

- Francine Malinowski, 22 ans, boulangère de son état ! Jean Hubert sort son Zeïss et commence à photographier. Eugène Boudin proteste.

- Il est hors de question, que vous publiez, des photos prises dans cette salle, dans votre « canard » !

- Ne vous inquiétez pas, je les prends uniquement pour mon enquête personnelle !

- Êtes-vous prêt ? Je vais vous dévoiler le corps de la malheureuse !

Au même moment, le légiste ôte la totalité du drap, découvrant une dépouille horriblement mutilée. Jean Hubert, le visage stigmatisé par l’anatomie de la jeune fille, marque un mouvement de recul, avant de se reprendre et de continuer ses clichés. Boudin, poursuit ses explications.

- Comme vous pouvez le constater ses deux seins ont été découpés et le meurtrier s’est acharné sur le bas ventre !

- D’après vous, a-t-elle était violée ?

- J’ai retrouvé des traces de sperme dans ses entrailles ! Mais contenu de l’état du vagin, il est impossible de dire s’il s’agit de rapports consentis, ou pas ?

- À quelle heure remonte la mort ?

- Dans la nuit de mardi à mercredi, vers minuit ! La cause, un seul coup au cœur, avec un objet pointu, type poinçon !

- Que pensez-vous de ses différentes blessures ?

- Le meurtrier, a employé un outil très tranchant, type rasoir coupe choux, ou un scalpel de chirurgien ! Je ne sais pas s’il peut s’agir d’un professionnel, spécialiste du bistouri, mais les découpes sont plutôt franches et bien faites !

- Je ne comprends pas que la malheureuse, n’ait pas hurlé ! Pensez-vous que l’assassin l’a étouffée avant ?

- Francine, a été retrouvée avec un foulard fortement noué autour de sa bouche ! Aucun son n’aurait pu sortir de sa gorge ! De la Parent continue d’examiner le corps.

- Dites-moi, à part les blessures déjà signalées, je remarque ce cercle important autour du nombril, avec au centre des signes cabalistiques !

- Oui la marque a été réalisée, avec quelque chose de pointu ! Peut-être le même outil qui a provoqué la mort ! Mais cette fois le meurtrier, l’a utilisé comme s’il cherchait à dessiner quelque chose !

- Une chose est sûre, il faut un certain temps, pour tuer, découper et dessiner ?

- Sans aucun doute ! Toutefois, déterminer une durée parait bien difficile ! Tout dépend de l’adrénaline de l’assassin, au moment de passer à l’acte !

- Voyez-vous autres choses, à me dire ?

- Le procureur a confié l’enquête à la gendarmerie, de mon côté il me reste quelques analyses à effectuer !

- Je suppose que pour l’instant les gendarmes, n’ont aucune piste ?

- Je suis légiste ! Les enquêteurs n’ont pas l’habitude de me donner des informations sur leurs investigations, sauf en cas de nécessité !

- O.K doc, merci pour tout ! Dernier point pouvez-vous me donner l’adresse exacte, où le corps a été retrouvé ?

- Dans l’ancienne Église des récollets, 83 rue Delisse-Engrand. !

En sortant de l’institut médico-légal Jean Hubert, prend un taxi pour se rendre sur les lieux. Il demande au chauffeur de l’attendre. L’endroit est désert, il ne reste de l’ancien édifice religieux que des murs, voisinant avec une belle maison bourgeoise. Après avoir bravé le cordon de sécurité, il passe sous une arche de style gothique pour atteindre la nef. De la Parent, finit par tomber sur un mur impacté par des taches de sang. Au même endroit, le sol caillouteux vire au brun rouge. Il en profite pour tirer quelques clichés.

Jean Hubert, comprend mieux désormais, comment le meurtrier a pu prendre tout son temps, dans ce lieu désert et non éclairé pour exécuter sa victime. Seule question, comment a-t ’il pu l’attirer dans un endroit pareil ? De retour au taxi, il retrouve le chauffeur particulièrement nerveux :

- Je n’aime pas du tout ce que vous faites !

- Ne vous inquiétez pas, je suis journaliste ! il sort au même moment quelques billets de sa poche et lui tend. Tenez attendez-moi encore, vous en aurez le double lorsque j’aurai terminé !

Le chroniqueur, se rend ensuite à la maison bourgeoise, dont il tire la sonnette de la porte d’entrée pour signaler sa présence. Une jeune bonne vient lui ouvrir.

- Bonjour, je travaille pour le journal « Détective » !

- Désolée, mais Madame et Monsieur sont sortis, je ne peux rien vous dire !

- Juste une question, étiez-vous présente dans la maison dans la nuit de mardi et mercredi dernier ?

- Si c’est pour le crime, les gendarmes m’ont déjà posé la question ! Personne n’a rien vu, ni rien entendu !

Déçu par son enquête de voisinage, Jean Hubert retourne à la voiture : « Chauffeur, direction la gare merci ! »

Vendredi 16 septembre, Frida se montre très intéressée par le voyage de Jean Hubert en Artois.

- Avez-vous pu avancer sur le crime de Béthune ?

- Je suis en train de pondre l’article ! Il n’y a pas le feu, l’édition de lundi est déjà bouclée ! Nous ferons paraître, mon papier dans une semaine ! il ouvre son cartable dont il extrait un dossier. J’ai passé la moitié de la nuit, à mon domicile à développer des photos ! Frida écarquille de grands yeux.

- Quelle horreur !

- Je voudrais que vous examiniez, plus particulièrement celleci ! la secrétaire, se penche sur le cliché représentant le cercle avec les signes cabalistiques.

- C’est curieux, on dirait que son auteur a...