: Jean-Marie Schio
: De la vallée de Beaufort à Haïti
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Des liens historiques unissaient les Antilles et l'Anjou, entre le XVIIe et le XIXe siècle. L'Anjou et les bords de Loire constituaient l'arrière pays Nantais d'où partaient sur l'Atlantique flibustiers, pirates, corsaires et négriers pour combattre, commercer et coloniser les terres antillaises. Beaufort et la Vallée tenaient une bonne place dans cette aventure avec des hommes comme Pierre-Paul Tarin, petit-fils d'un meunier de la Ville, devenu gouverneur de Saint-Domingue le 30 septembre 1683. Le capitaine de navire Pierre-Augustin Moncousu, né à Bauné le 26 août 1756, a servi sur les vaisseaux du Roi ou de la République, mais aussi sur des navires du commerce triangulaire entre Nantes, la côte d'Angole en Afrique et Saint-Domingue, pour le compte d'armateurs Nantais. Des membres des familles Bourgeois et Bonamy, propriétaires à Beaufort-en-Vallée, et de la famille Bertrand du Platon, propriétaire du domaine de Narcé, en bordure de l'Authion, ont été présents à Saint-Domingue. Ils y ont exploité des industries, notamment indigoteries et des sucreries, avant la déclaration d'indépendance de l'île, sous le nom de Haïti.

Né en 1942 en Anjou, Jean-Marie SCHIO est ingénieur en constructions civiles et travaux publics de l'État. L'heure de la retraite venue, il se consacre à sa passion pour les arts graphiques et la connaissance du patrimoine, en particulier dans la région de son enfance, autour de Beaufort-en-Vallée.

DEUXIÈME PARTIE


PIERRE AUGUSTIN MONCOUSU

Capitaine de vaisseau en fin de XVIIIe siècle
Du commerce triangulaire à la défense nationale

Pierre Augustin Moncousu, marin sur la Royale

Pierre Augustin Moncousu est né le 26 août 1756 à Bauné, près de Beaufort. Son père, décédé peu avant cette naissance, était garde de M. le marquis Louis Georges Érasme de Contades, seigneur de Montgeoffroy, en Anjou, pour sa terre de l’Épinière, acquise depuis le 17 septembre 1749. Sa mère née, Michelle Licois, sut l’élever de la meilleure façon et peut-être grâce à la protection du « Maréchal », il fit de solides études.

Sans doute, entraîné par le batelage de la Loire à la mer, dès l’âge de seize ans environ, il embarque comme matelot sur leRolland, qui arme à Brest sous le commandement du capitaine de vaisseau Kerguelen, chargé par le Roi Louis XVI d’entreprendre une seconde campagne de découverte aux terres australes, où il avait eu l’honneur et le bonheur de précéder le grand navigateur Cook.

De retour de cette intéressante et périlleuse campagne, Moncousu continue de naviguer très activement, soit sur des bâtiments isolés, soit en division [formation intermédiaire], soit en escadre de croisière ou d’évolutions, dans la mer des Antilles, dans la Baltique, dans la Méditerranée et dans la Manche, de 1774 jusqu’en 1780.

Figure 8 : Le Rolland navire de Yves de Kerguelen 1774 – Timbre poste 1975

Il est nommé timonier le 17 mai 1775, premier pilote le 3 décembre 1777 sur le lougre leChasseur commandé par M. de Rosily, lieutenant de vaisseau. Il est officier auxiliaire le 5 décembre 1779, alors qu’il s’engage sur l’Expédition, sous le commandement de M. de Maureville.

Dès les préludes de la guerre d’Amérique, Moncousu se signale par son intrépidité, attestée par une lettre du 7 février 1780 de M. de Sartine, secrétaire d’État à la Marine, qui lui accorde une gratification extraordinaire de 300 livres sur les fonds des Invalides, pour son comportement héroïque sur leChasseur, en raison de « s’être présenté le premier à l’abordage et avoir perdu tous ses effets dans le combat de ce bâtiment au début des hostilités ».

Du 5 décembre 1779 au 30 juillet 1780, il commande en second sur le cutter de la marine royale l’Expédition, commandé par M. de Roquefeuil.

Moncousu se dirige vers la flotte de commerce

Malgré tous ses mérites et neuf campagnes qui l’avaient conduit dans tous les endroits du globe, Moncousu se rend bien compte qu’il a peu de chance d’avancement dans la flotte. En effet, les états-majors des armées de terre et de mer recrutent alors presque exclusivement par et dans la noblesse. Pourtant Moncousu réunit les connaissances théoriques et la hauteur des sentiments qui le rendent digne d’être admis dans le corps de la marine royale.

Se sentant fait pour le commandement, Moncousu aspire du moins à commander au commerce. Il prend la décision de quitter le service de l’État, le 8 octobre 1780. La guerre d’Amé-rique se prolongeant, les armements commerciaux sont de plus en plus paralysés par l’activité militaire sur toutes les mers. Moncousu se retire à Nantes où il reçoit son brevet de capitaine au commerce le 18 décembre 1781. A coté d’expéditions en droiture, il offre fatalement ses services à l’activité la plus courante, à Nantes, et la plus rentable du moment, c’est-à-dire le commerce triangulaire consistant à charger des navires dans l’estuaire, avec des toiles et tissus, des armes, de la nourriture sèche, des boissons, des « pacotilles », etc.

Rendues sur les côtes du golfe de Guinée, ces denrées servent de monnaie d’échange pour acheter auprès des gouvernants africains, des hommes et femmes aptes aux travaux. Amenés sur le bateau, ces futurs esclaves seront conduits dans les colonies et vendus sur le marché local de main-d’œuvre.

Le produit de la vente sert ensuite à acheter tabac, café, sucre, bois des îles, etc, chargés sur des navires et rapportés au port d’attache de l’armateur, pour redistribution au long de la Loire, jusqu’à Orléans.

En 1785, Moncousu commande le navire, leChérubin, pour les armateurs Nantais Peltier, Michaud et Cie. Parti de Nantes, le 9 novembre 1785, avec à bord vingt-cinq hommes, le navire de 200 tonneaux arrive sur le site de traite à Angole, avant 1786 : 223 noirs sont embarqués. Un marin meurt à Angole. Il y aura dix morts parmi les noirs, pendant le voyage vers Saint-Marc, ile de Saint-Domingue, où le bateau arrive le 11 août 1786. Le navire est désarmé à Saint-Marc, le 30 août 1786.

Figure 9 : Les avant-ports de la basse-Loire à la fin du XVIIe siècle

Figure 10 : Côte d'Angole – Extrait de la carte de la côte occidentale d'Afrique publiée en 1739 sur les ordres du comte de Maurepas

Les expéditions vers Saint-Domingue

Par la suite, Pierre Augustin Moncousu entre au service de la maison Courtois et Le Ray, armateurs et négociants, à Nantes.

Pierre-Mathurin Le Ray, né le 12 décembre 1745 à Paimboeuf, descend d’une lignée de corsaires. Capitaine de navire, il réalise plusieurs expéditions en droiture ou en traite des noirs, pour le compte des plus importants armateurs de Nantes. Dans la traite, les esclaves sont achetés dans le golfe de Guinée et revendus sur l’île de Saint-Domingue : d’abord, avec le navire l’Hirondelle, pour le compte de l’armateur Bouteiller, père et fils, du 11 mai 1666 au 1er juin 1667; puis, trois boucles successives, sur le navire lesTrois Maries, pour le compte de Louis Drouin, entre le 23 juin 1771 et le 19 avril 1778.

Louis Drouin, est parti jeune s’installer à Saint-Domingue, y a créé plusieurs habitations, en particulier à Saint-Marc, quartier de l’Artibonite, et aux Verrettes. De retour à Nantes, il continue de faire prospérer ses propriétés, avec l’aide de gérants.

Entre-temps, Le Ray a épousé, le 11 septembre 1775 à Nantes, Jeanne Fourneau, fille d’Étienne, capitaine de navire. Le Ray est reçu capitaine cette même année.

Le Ray repart le 30 septembre 1786, sur le navire laConfiance, toujours pour le compte de Louis Drouin, allant à la Côte-d’Or, dans le golfe de Guinée, poursuivant vers Saint-Marc. Il revient le 15 février 1788 et déclare alors renoncer à la navigation. Il va alors se consacrer pleinement à l’armement et au négoce dans la société qu’il a créée avec Jean Courtois, son oncle par alliance. Cette société sera dissoute en 1798. Le Ray possédait une sucrière à Saint-Marc et une caféière à Jérémie, dans la partie centrale et à la pointe sud-ouest de Saint-Domingue.

Avec la solde mensuelle de 200 livres, Moncousu part le 6 mai 1788, sur un navire de 270 tonneaux, à deux ponts gaillards, leCourrier de Saint-Marc, appartenant aux armateurs Courtois et Le Ray. Il y a trente hommes à bord. Le navire se dirige vers la côte d’Angole qu’il atteint le 8 septembre. Il embarque 265 noirs et repart le 12 mars 1789, pour arriver à Saint-Marc, le 11 mai 1789. Il y débarque dix marins de la Véronique de Nantes qu’il avait pris en charge à Louangue [Loango] après le naufrage de leur bâtiment. Après vente des esclaves, il repart pour être de retour à Nantes le 17 septembre.

A noter la présence à bord de Germain René Poulot, de Beaufort-en-Vallée en Anjou. Il est né le 12 février 1772, fils de l’ancien directeur de la manufacture de toiles à voiles du lieu.

Moncousu repart sur le même navire, le 6 mars 1790. Il est à Angole le 1er mai et repart le 6 octobre avec 294 noirs; neuf d’entre-eux meurent pendant le voyage vers Saint-Marc où il arrive le 1er décembre. Il sera de retour à Nantes le 25 juin 1791.

Pour cette expédition, Moncousu était accompagné de Jean Groleau, son demi-frère [voir ci-dessous], au poste de second 1er lieutenant.

Le navire repart le 3 janvier 1792 avec le même encadrement. Louangue est atteint le 24 mars et le navire repart le 26 août, avec 329 noirs; treize vont mourir pendant le voyage...