: Laura Campisano
: Les poupées russes savent danser le Madison Pendant dix ans
: Books on Demand
: 9782322531004
: 1
: CHF 7.40
:
: Lebensführung, Persönliche Entwicklung
: French
: 200
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Dix ans dans la vie d'une"poupée russe", d'une femme qui en contient plusieurs, en somme. Dix ans entre un choix professionnel radical, et un nouveau chapitre à écrire. Entre 2013 et 2023, l'autrice a occupé dix postes et métiers totalement différents, a suivi son instinct, multiplié les expériences : preuve que rien n'est figé dans la vie, tant qu'on danse sur sa mélodie.

Mille vies en une : avocat, journaliste, enseignante, autrice ; on ne compte plus les casquettes endossées par Laura Campisano. À 42 ans, elle danse sur le fil de sa vie, défiant les obstacles et les épreuves."Les poupées russes savent danser le Madison" est son troisième livre et apporte quelques clés apprises au fil de ses propres expériences.

Chapitre 1
Apprendre à danser sous la pluie


 


Quand on s’est quitté vous et moi (sur la pointe de mon stylo mais pas de mon cœur, comme on disait dans les années 90), Bianca avait arrêté de «parler» et moi j’étais à une soirée Jazz at home avec Annie et ses amis. J’avais déjà, dans l’intervalle, quitté la robe d’avocat et vendu des confitures, et il est fort probable qu’à ce moment-là de ma vie, j’aie déjà attaqué la préparation du CAPES de lettres et d’italien, parce que je suis comme ça moi vous savez, je tente des trucs.

Je me souviens parfaitement du premier mois de préparation du CAPES de lettres. Parce que c’est pour ce projet que j’avais initialement quitté ma robe d’avocat : pour devenir prof. J’ai commencé les travaux dirigés de droit pénal en 2011, grâce à mon ami Nico, avec qui j’avais fait mes études. J’ai A-DO-RE enseigner, adoré le rapport avec les étudiants, la transmission, voir les résultats apparaître. Non mais sérieusement en 2011, enseigner, c’était génial. Enfin, je trouvais ça génial, j’aimais beaucoup mes étudiants, ils étaient bosseurs, intéressés, pertinents, motivés.

J’ai poursuivi la manœuvre en 2012, en 2013 j’ai même fini par les secouer après les vacances de Pâques qui ont suivi le départ précipité de mon amie Jeanne. Je leur ai fait un cours type «Cercle des poètes disparus» et leur ai proposé de me rejoindre à la mer. Et pas n’importe où, non…à Malo-les-Bains. Je me souviens y être allée et avoir été émue aux larmes de voir une petite troupe m’attendre devant le casino. A cette époque, en effet, enseigner c’était chouette. On était payé deux fois par an, mais ça valait le coup de se lever à 7h le samedi matin.

J’ai continué à donner des cours après mon dernier procès d’Assises2, que le bâtonnier m’avait autorisée à co-plaider avec mon ami Charles à Saint-Omer. J’étais déjà moins en forme à ce moment-là, mais l’intérêt des étudiants était toujours manifeste alors je me suis accrochée. J’ai poursuivi à la Catho, une université lilloise dont le bâtiment ressemble à Poudlard. C’est à peu près dans ces eaux-là que j’ai fait une rencontre extraordinaire : Caterina. Pétillante palermitaine, elle avait suivi son copain de l’époque en France et préparait aussi le Capes d’italien. On a préparé les épreuves, ensemble. On a dévoré des sandwichs longs comme le bras et ingurgité autant de poésie de Dante que de chapitres des Vicéré. On a pleuré, on a tenté, on a échoué, mais on ne pourrait vraiment rien renier de cette période : on s’est trouvée.

Qu’à cela ne tienne, l’échec ce n’est rien du tout. En 2015, Caterina a repris ses études pour faire un Master et moi j’ai repris le chemin des révisions pour passer le Capes de lettres. Ouais, bon. J’ai tenu un mois. Un mois, enfermée chez moi à réviser, sachant qu’en 2013/2014, j’avais fait une validation des acquis de l’expérience pour obtenir un Master 2, sésame pour présenter le Capes, à l’époque. Et donc, un mémoire.

Donc si on récapitule : en 2013, alors que j’étais encore avocat en exercice, je préparais un mémoire que j’ai présenté l’année suivante pour avoir un Master 2 et me présenter au CAPES, en même temps que je préparais la Revue (et le fameux sketch de Florence Foresti au Sébasto) et que je finissais de préparer mes dernières Assises tout en donnant des TD le samedi matin.

Vous voyez, le surplus, ça ne date pas d’hier.

Fin janvier 2015 : je craque. Je sors de chez moi, j’ai besoin d’air. Et me voilà remontant la rue Sainte Catherine dans le vieux Lille. Et hop l’Univers prend le relais. Je me demande même si ce n’est pas lui qui m’a poussée dehors tiens. Une annonce sur une porte rose, et me voilà propulsée dans un univers So British qui va durer un an et demi. C’est là que je rencontre mes amies Eva et Perrine, là qu’une vie à peu près stable me comble, enfin. Un job de vendeuse qui me fait du bien, des amies qui vivent et travaillent dans le même quartier, donc une vie sociale digne de ce nom, forcément tout va mieux. J’ai le temps, vu mes horaires light (35 heures par semaine, pour moi qui étais habituée à en faire 70, c’est hyper light) alors je me mets à écrire. Je réécris tout le manuscrit de ce qui deviendra Black Cat’s Therapy. Quand notre gérante nous annonce qu’elle compte vendre d’ici mi-2016, la question lancinante revient : et maintenant Campi, tu vas faire quoi? Comme si je ne pouvais pas rester calme plus de 5 minutes. Comme si ma vie ne pouvait pas être paisible plus d’un an.

Comme vous l’imaginez,j’ai rebondi.

Pendant l’année où je suis arrivée chez Poppy Milton – à l’angle de la rue esquermoise et de la rue basse pour les lillois – nous avions rencontré à la boutique deux personnes qui démarchaient des commerçants pour faire des articles dans un nouveau magazine papier «Lemon le mag». En papier glacé, le mag était vraiment qualitatif, et il avait la particularité d’être gratuit. Alors j’ai lancé comme ça, pour rire ou presque «vous ne cherchez pas quelqu’un pour écrire des chroniques? Des billets d’humeur par exemple?»

Elles m’ont ri au nez. Pourtant leur directeur de la publication, lui, m’a rappelée le lendemain. Depuis 2010, et mon voyage au Canada pour retrouver mon amie Lison, j’écris un blog qui s’appelle Y a d’la Joie. Le blog qui plus tard (en 2022) aura sa propre émission de radio. En 2013 (encore !!!) mon premier recueil de textes issus de ce blog est sorti, sous le titre «Confessions d’une accro du stylo», donc je me disais que j’avais une petite, même minime, légitimité pour proposer une chronique.

Et c’est ce que nous avons décidé. J’allais écrire chaque trimestre, un texte dans Lemon le Mag, dans une rubrique «zest Yourself». Alors forcément, quand j’ai appris que la boutique allait fermer, j’ai commencé à rêver que je pourrais peut-être chercher dans les journaux ou magazines. J’ai imprimé des articles du blog et j’ai envoyé des dizaines d’enveloppes à des rédactions de magazines féminins (évidemment sans réponse) j’ai collectionné les Lemon pour avoir des choses à ajouter à mon press book. Et un jour que Lison était revenue en France, nous étions allées boire un verre et j’ai lancé «je me demande si je ne vais pas tenter le concours de journalisme». Pourquoi pas hein Campi, t’es plus à ça près ! Elle a trouvé l’idée plutôt bonne et m’a suggéré d’en parler à son amie Marie, qui elle-même m’a proposé d’aller voir Laurie aux portes ouvertes de la très cotée Ecole supérieure de journalisme de Lille.

Ce que j’ai fait, bien sûr. Le concours était deux mois après. Pour Laurie, c’était jouable. Alors vu que je commençais mes journées à 10h, heure d’ouverture de la boutique, j’ai commencé à me lever à 6h pour réviser les épreuves, avec le soutien de Marie, qui m’a beaucoup épaulée. Il y a aussi des âmes bienveillantes qui m’ont encouragée, soutenue, et qui m’ont convaincue qu’il fallait y aller, comme ma légende vivante, pour ne citer que lui.

Alors j’y suis allée. J’ai révisé, j’ai bûché, j’ai surligné. J’y ai cru surtout. Pour la première fois de ma vie, j’ai décidé que je n’y allais pas pour participer mais pour gagner. Pour réussir. Pourquoi je n’y arriverais pas moi aussi? Pourquoi je devrais toujours partir «défaitiste»? Oui, je peux le faire, elle ferait quoi Madonna à ma place? Elle irait pour gagner. Point. Elle ne ferait pas genre «je suis humble, je ne peux pas réussir, je vais juste faire avec ce que je sais blabla»

Donc j’ai endossé mon plus beau t-shirt et je suis allée conquérir le concours de journalisme… et...