2ème partie : compréhension.
Le choix du psy
Ma mère décida de me faire arrêter quelques jours par le médecin. Elle récupéra aussi mon téléphone portable, en justifiant : « tu n’en n’as pas besoin finalement », ce qui me permit d’échapper à la lecture des messages sordides. Ouf je pouvais souffler un peu… et puis cet arrêt allait s’enchainer avec les vacances de février. Cela nous ferait du bien à tous.
Le premier jour d’arrêt… je dormis… presque 24 heures. Me sentant en sécurité à la maison, je pouvais enfin relâcher la pression.
Le lendemain, au petit déjeuner, j’entendis de nouveau « Luce, il faut que l’on parle ». Je soufflais : « de quoi veux-tu parler maman ? Je n’ai rien à dire, tu sais tout. » Je sentis ma mère se crisper. « Ecoute chérie, je ne comprends toujours pas pourquoi tu ne nous en as pas parlé. Mais peut-être ne sommes-nous pas les bons interlocuteurs. Avec ton père, nous avons décidé de t’envoyer chez un psychologue, pour que tu aies un lieu ou parler en sécurité. ».
Je me redressais « ah non ! Je refuse ABSOLUMENT d’aller consulter un psy ! Je ne suis pas folle ». Maman reprit doucement : « chérie, tu sais très bien que les psychologues ne sont pas pour les fous, mais pour les personnes en souffrance. J’en parle suffisamment dans cette maison pour que tu l’aies intégré. De toutes façons, notre rôle de parents, et même nos obligations légales, c’est de te maintenir en bonne santé. Tu ne l’es pas. Alors tu iras consulter quelqu’un. La seule concession que je t’accorde, c’est que c’est toi qui choisiras. Je te proposerai des personnes, tu feras un premier choix et ensuite, tu valideras avec un premier rendez-vous. Point. Fin de la conversation. »
Je savais que lorsque ma mère était décidée ainsi, il était inutile de résister. J’en pris donc mon parti.
Après quelques jours, ma mère me dit :
« J’ai fait le tour des professionnels du quartier. Je te propose :
- Une psychologue qui a fait ses études avec moi. Elle n’est pas loin, je l’ai revue à plusieurs occasions, elle est même venue dîner ici une fois. C’est une femme bien.
- Un homme psychologue, ce sera peut-être plus facile de te livrer à un homme. Il n’est pas tout jeune, a bonne réputation et est spécialisé sur les adolescents.
- Une hypnothérapeute. Elle travaille avec l’hypnose, j’ai appris dans les conférences que je suis, que cela donne des résultats formidables.
Alors que choisis-tu ? »
Il me fallait réfléchir : « la psy que connait maman, pas question ! Et le secret professionnel ? Si elles se voient, qui me dit qu’elles ne parleront pas de mon cas. NON ferme et définitif. L’hypnose ? ça me faisait un peu peur… j’adorais les spectacles de Messmer, nous avions eu l’occasion de le voir deux fois sur scène… Mais sur les autres. Lors des spectacles, à moi, il ne m’était jamais rien arrivé. Maman avait beau m’expliquer que ce n’était pas la même forme d’hypnose, j’avais peur. Je choisis donc Monsieur Durdre, le psychologue.
Lors du 1er entretien, Monsieur Durdre exigea de nous recevoir tous les trois : mes parents et moi. Il me demanda de raconter, je n’osais pas trop. Mes parents lui redirent alors ce qu’ils avaient appris de mon professeur. Monsieur Durdre écouta attentivement. Pris beaucoup de notes. Puis fit silence et fronça les sourcils pour réfléchir, et dit de sa voix forte et bien posée : « Madame, Monsieur… Je pense que ce qui arrive à votre fille est de votre faute. Vous la surprotégez trop. Elle ne sait donc pas comment se défendre seule. Voici ce que je vous suggère : arrêtez de vous occuper des affaires de Luce, pendant, disons un mois. Et si rien n’a changé, vous reviendrez me voir. » Mon père prit la parole : « Monsieur, il est possible en effet que nous surprotégions nos enfants. Ce n’est pas très agréable à entendre, mais nous allons y réfléchir. Cependant, vous nous demandez de ne plus nous occuper des affaires de notre fille… Mais c’est ce que nous avons fait pendant des années. Puisque nous ne savions pas ce qu’elle vivait, elle a dû faire face seule. Et c’est cela que nous ne voulons plus » (bien dit papa, pensais-je). Le psychologue reprit la parole : « non, vous m’avez mal compris. Je ne parle pas d’école. Je parle de la maison. Laissez-la gérer ses repas, son linge, ses transports, ses activités. Il faut qu’elle grandisse un peu. Ça lui fera le plus grand bien. Et cela aura un impact sur son comportement à l’école. »
Un grand silence se fit. Ma mère sortit son chéquier et paya la consultation. Arrivés dans la rue, nous nous regardâmes et éclatâmes de rire ensemble… L’affaire était dite, nous ne retournerions pas voir cet homme.
Ma mère pris alors rendez-vous chez l’hypnothérapeute. La dame était très gentille, elle fit en sorte de me rassurer, elle m’écouta avec beaucoup d’attention et me sourit tout le temps. « Veux-tu essayer ? Nous allons faire une relaxation profonde qui devrait t’aider à lâcher un peu de ton stress. Comme cela, tu verras si tu te sens en sécurité ici. » J’acceptais d’essayer. Mais lorsqu’elle commença à me dire d’augmenter mon expiration et de relâcher mes tensions… Je me tendis. Rien à faire, je n’arrivais pas à lâcher. J’avais bien compris que nous n’étions pas au spectacle de Messmer, mais ma peur restait intense. Elle tenta autre chose « touche le bas de ton pull, écoute le bruit des voitures, décompte de 20 à 0 en comptant de 2 en 2…ton esprit se relâche… ». Non mon esprit se crispait. Après plusieurs tentatives différentes, elle fit venir ma mère qui attendait dans la salle d’attente : « Madame, je suis désolée. Je n’arrive pas à faire lâcher votre fille. J’ai essayé plusieurs techniques, mais elle n’arrive pas à se détendre. Vous savez, l’hypnose fonctionne très bien lorsque l’on arrive à lâcher prise, mais c’est rarement la méthode qui FAIT lâcher prise. Car pour lâcher prise, il faut être en confiance. Et si je pense avoir établi un lien de confiance avec votre fille, elle n’en n’a pas dans la méthode. Je ne pense pas être la bonne personne pour l’aider. Ce serait vous faire dépenser temps et argent en pure perte que de continuer. » Ma mère remercia la thérapeute pour son honnêteté, paya la séance et nous sortîmes. Elle me dit « Il reste ma copine… ». « NON, HORS DE QUESTION ! JE NE VEUX PAS DE TA COPINE. » Maman soupira. « Mais comment allons-nous pouvoir t’aider ? ». Je ne savais pas, ne voulais pas le savoir et espérais surtout que son idée de me forcer à « voir quelqu’un » lui passerait. En fait, je n’avais pas du tout envie de me confier. Pas envie de parler à un adulte qui, comme les autres, ne comprendrait rien, me dirait « défends-toi » ou « ignore-les ».
L’idée ne lui passa pas.
Gudule
Et c’est comme cela qu’elle me parla de Gudule. J’aimais bien ce prénom tout en rondeur et rigolo. « Gudule, me dit-elle, avait démarré ses études de psycho en même temps que moi. En parallèle, elle suivait aussi une formation au coaching, à la pleine conscience et travaillait chez un fleuriste pour se payer des vacances au ski ; je crois qu’elle était hyperactive. Elle était rigolote, arrivait le matin avec des chaussettes dépareillées, des coiffures bizarres et des habits sortis de nulle part et se fichait totalement de ce que l’on racontait d’elle. Elle n’était l’amie d’aucune de nous, estimant qu’on ne pouvait pas mélanger « travail et amitié ». Elle arrêta psycho à la fin de sa licence « ça ne va pas assez vite et puis je préfère aller voir ce que d’autres ont à nous apprendre en matière de psychologie ». Il me semble qu’elle est partie...