: Marie-Christine Martens
: Souvenirs perdus
: Books on Demand
: 9782322493562
: 1
: CHF 2.50
:
: Erzählende Literatur
: French
: 214
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
En revenant dans le village qui l'a vue grandir, Amélie se sent plus forte que jamais, épanouie et heureuse. Elle a réussi à surmonter les obstacles qui, se présentaient à elle, même si de cette fameuse nuit où elle a failli perdre la vie, il ne lui reste aucun souvenir. Pourtant, lorsque le sort s'acharne de nouveau et qu'elle doit faire face à cet inspecteur si désagréable, ressurgissent ses doutes et ses angoisses. Heureusement, elle peut compter sur des amitiés indéfectibles et pourquoi pas sur cet amour naissant qui ne demande malgré les différends qu'à grandir. Mais seront-ils suffisants pour affronter ces nouvelles embûches ?

Marie-Christine Martens vit à Wépion, village de Belgique, où elle a vu le jour. L'écriture est pour elle une passion de longue date. Des récits plein la tête et des manuscrits au fond des tiroirs, Souvenirs perdus s'est échappé pour lui aussi voler de ses ailes de papier.

CHAPITRE 2


Amélie essayait en vain de joindre son amie. Sa mère se trouvait à la côte, son père avec une nouvelle compagne à l'étranger. De toute façon, il était inutile de les inquiéter avec ses tracas. Qu’auraient-ils pu faire ? Elle cherchait juste à s'épancher sur une épaule compatissante, et ce sacré répondeur lui ressassait toujours les mêmes mots : « Je suis sous les cocotiers. À plus ! ».

Elle reconnaissait bien là, Julie dans toute sa splendeur ! Elle avait certainement simplement décidé de faire un break impromptu et visiblement ne souhaitait pas être dérangée. Amélie était prête à parier dix contre un qu'elle ne se trouvait pas sur une plage à se dorer au soleil. Elle l’aurait prévenue. Elle était probablement chez elle, plongée dans un bouquin ou en train de faire du shopping. Mais quand consulterait-elle sa messagerie ?

Un phénomène, cette fille ! Tout son opposé. Extravertie, délurée, ne portant que des vêtements aux couleurs vives, toujours prête à faire la fête ou à tout quitter sur un coup de tête, mais si fidèle et à l'écoute. Enfin, lorsqu'elle était là !

En arrivant chez elle, elle aperçut un homme faisant les cent pas. Tout d’abord, elle ne le reconnut pas et se rapprocha davantage.

– Jean-Nicolas.

–Vous m'attendiez ?

– Je suis désolé. J'ai appris ce qui vous était arrivé. Nadège est partie pour affaires ; j'ai tenu malgré tout à vous apporter mon soutien.

– C'est très gentil de votre part. Je reviens du commissariat où je viens de porter plainte. J’espère qu’ils auront bien vite des résultats concluants !

Elle poussa la grille du portail et s'engagea dans l'allée bordée de rosiers aux fleurs si odorantes.

– Voulez-vous entrer un instant ?

– Merci, je ne faisais que passer. Vous avez besoin de vous reposer, je pense.

Elle sourit tristement.

– Vous savez, parmi les toiles qui ont disparu, il y a celle à laquelle vous portiez grand intérêt lors du vernissage.

Il feignit l’innocence, ou alors elle s'était trompée quant à l’attention qu'il semblait porter à son travail.

– Vraiment, laquelle ?

– Celle de la villa près de la rivière.

– Bien sûr, suis-je étourdi. Celle de Nadège, avant de ma tante et de mon oncle. Vous le saviez ? Évidemment, je crois même vous y avoir rencontrée la première fois… Vous étiez avec Gauthier n’est-ce pas ?

– En effet.

Il marqua un court moment de réflexion.

– Accepteriez-vous de souper avec moi « Au jardin d’Éden » ce soir ?

Amélie hésita. Elle ne serait certainement pas d'agréable compagnie.

– Je ne sais pas si …

Jean-Nicolas l'interrompit avant qu'elle ne termine sa phrase.

– Cela vous changerait les idées. Je passerai vous chercher à dix-neuf heures. D’accord ? Vous aurez ainsi le temps de vous délasser un peu.

Il ne lui laissait pas vraiment le choix. Mais finalement, toute suggestion était la bienvenue plutôt que de se morfondre dans un coin.

Après le départ de son visiteur, très attristée et passablement énervée par le cours de cette journée morose, elle se décida à retourner au « Trou du loup ». Le grand air lui ferait le plus grand bien, le silence aussi, après l’agitation du commissariat, la crise de nerfs de monsieur Hubert, les appels interminables avec la compagnie d’assurances et Julie qui ne répondait toujours pas.

« Trou du loup », quel drôle de nom pour cet endroit ! Amélie n’avait jamais compris le pourquoi, et personne n’avait pu lui en expliquer la véritable origine. Il s’agissait d’une plate-forme rocheuse perchée à cent mètres de haut, sans aucun trou et certainement aucun loup depuis la fin du dix-neuvième siècle. Une histoire parmi d’autres avait attiré son attention ; elle lui plaisait. Il aurait été le repaire d’un de ces canidés, esseulé, dont les hurlements résonnaient encore les nuits de pleine lune.

Elle avait souvent essayé, enfant, une petite boule au creux du ventre, de tendre l’oreille pour le surprendre. En vain, elle n’y était jamais parvenue ! En tout cas, à l’époque, elle ne pouvait s’y rendre seule, uniquement accompagnée d’un adulte qui l’empêchait de trop s’approcher du bord. Dommage qu’elle n’eut pas continué à suivre ces recommandations, arrivée à l’adolescence !

Autant la fois précédente lui avait semblé presque une épreuve, autant elle était certaine, aujourd'hui, d'y retrouver un certain plaisir. Le but n'était pas de se torturer davantage, bien au contraire, elle espérait y puiser des forces. Ce lieu était devenu le signe de sa grande énergie morale, de ses possibilités à surmonter les épreuves. Là-haut, elle se sentait dorénavant maître du monde.

Elle dominait la vallée, cheveux au vent, telle une figure de proue résistant à la tempête, perdue dans ses pensées, plongée dans la contemplation du site. Elle aurait dû apporter une toile ou à défaut son carnet de croquis. Habituellement, elle n’y manquait pas, mais en général, elle était bien moins préoccupée !

Malgré tout, se laissant emporter par sa créativité, elle imagina ce que donnerait ce décor sur un rectangle blanc. Un œil fermé, les doigts placés en angles droits, elle ne remarquait plus rien de ce qui l'entourait, si bien qu'elle sursauta au bruissement d'un taillis. Elle recula de quelques pas et tendit le cou en tentant d'apercevoir qui s'approchait à pas feutrés. Ce n'était sans doute qu'un animal peureux, mais une frayeur intense s'empara d’elle, irrationnelle. Elle porta les mains vers l'avant comme pour tenir celui qui s’avançait à l’écart. Aveuglée par le soleil, elle ne distinguait qu’une silhouette impressionnante grandissant à chacun de ses pas.

– Attendez, n'ayez pas peur !

Ce visage, cette voix ! Une sensation horrible la submergea ! Une douleur lancinante à la tempe la secoua. Elle ressentit comme une impression de déjà-vu et paniqua.

– Allez-vous-en ! hurla-t-elle.

– Je ne vous veux pas de mal ! Je vous en prie, écoutez-moi !

L'individu était grand et large d’épaules. Il ressemblait à un trappeur ou un bûcheron avec sa chemise à carreaux noirs et bleus et ses hautes bottes. Il roulait les « r » à cause d'un accent très marqué, roumain ou russe, peut-être. Elle n’en avait cure.

Dans un éclair de lucidité, elle recouvra ses esprits et fonça droit devant elle, dévalant les mètres de pente abrupte sans aucune prudence. Essoufflée, haletante, elle ne s'arrêta qu'une fois en sécurité.

Appuyée contre la porte d’entrée de sa demeure, après avoir verrouillé à double tour, elle se laissa glisser sur le tapis mœlleux et pleura de tout son soûl.

Elle ne parvenait pas à s'expliquer une telle attitude. Elle ne connaissait pas cet homme. Il était un parfait inconnu, même si un instant, elle avait cru le contraire. Elle avait l'impression que c'était une autre qui avait agi avec ce comportement absurde. Le trop-plein d’émotions avait eu raison d’elle. Une fois le calme revenu, elle en rit nerveusement.

– Il va me prendre pour une folle. C'est certain. Je suis folle !

Elle aurait voulu tout oublier, s’endormir pour ne se réveiller que plusieurs mois plus tard, retrouver la petite vie paisible qu'elle s'était forgée.

Hiberner comme un hérisson, roulée en boule ; voilà la solution, pensa-t-elle.

Son cavalier se présenta à l'heure précise. Une chance, elle détestait le retard ! La ponctualité n’était-elle pas la politesse des rois ?

Après la douche, elle s'était maquillée avec soin pour effacer les affres de cette journée. Vêtue élégamment, elle offrait une image bien plus satisfaisante que quelques heures au préalable, et il l'en complimenta. Elle affichait une sérénité tout apparente. Donner le change, elle savait. Elle avait eu des années pour s'entraîner...