Année
2016
Je suis petite, brune, avec des lunettes, je suis déjà sur la soixantaine passée. Je marche à petits pas et pose généralement un petit sac sur mon avant-bras gauche. Je m’habille et me coiffe simplement. Je n’ai aucun maquillage ou de fantaisie sur moi. Je me déplace rarement à pied et prends ma vielle voiture que j’ai achetée, moins chère parce que cabossée, pour aller donner des cours de soutien individuel à des élèves de collège ou de lycée.
Hormis mon travail, je passe mon temps dans ma maison ou m’offre un concert, un restaurant, pour me distraire, sauf ce jour-là… J’ai vu des affiches annonçant une réunion publique pour parler de l’avenir de la région de Vichy. Il semble que cela soit un projet conséquent. Ma curiosité l’emporte.
Je décide de me rendre à cette réunion du 28 avril 2016. J’ai du temps libre, la réunion est gratuite et je me dis que ce sera comme si j’allais voir une pièce de théâtre. Je me souviens de mes jeunes années où j’avais rencontré de nombreux élus. Ceux-ci m’avaient souvent étonnée et beaucoup amusée. Je pense qu’ils sont dans le paraître, très rarement dans l’être. Malgré cela je garde de bonnes relations à leur égard, quelque-soit leur bord politique. D’ailleurs, je ne me suis jamais engagée en politique.
J’habite à deux pas de la salle où se tient la réunion ; j’ai donc le temps d’y aller à pied. J’arrive au moment où le maire commence le discours. La salle est pleine ; cependant un adjoint du maire s’approche de moi et m’accompagne jusqu’à une place libre, au premier rang. Il reste encore une autre place ; un jeune homme s’assoit à côté de moi. C’est un jeune pharmacien qui vient de s’installer. Nous discutons deux minutes ensemble, puis écoutons attentivement les annonces qui portent sur le développement économique de cette ville proche de Vichy. Une aubaine semble-t-il pour tous les commerçants et les industries locales, et par rebond pour la ville qui aura plus de taxes à percevoir, donc plus de possibilités pour investir dans des structures diverses et variées. Cependant les sommes semblent conséquentes et étrangement ce serait la communauté de communes qui porterait la charge de ce projet mystérieux, attendu impatiemment par les élus. Interpelée par les sommes annoncées je demande si j’ai bien compris les enjeux financiers. Le maire me confirme que oui, j’ai bien compris.
Une personne s’est levée dans la salle et intervient pour dire son opposition à ce projet. « S’il s’agit d’un projet de bioéthanol, nous ne sommes pas d’accord ; ce sera très polluant. » Après un échange avec un argumentaire fourni, le maire intervient disant : « vous n’avez que des informations partielles. » et clôt le débat.
Je connais la personne qui est intervenue ; en fin de réunion je vais discuter avec et j’accepte de rejoindre le groupe qui s’oppose à ce projet.
Je m’engage et vais alors commencer à écrire, écrire, écrire…
Je vais faire une première lettre ouverte, puis ensuite écrire dans les enquêtes publiques pour apporter mes arguments d’opposition à ce projet, je donnerai des présentations et enfin j’écrirai un manifeste, d’autres lettres et des livres.
29 septembre 2016 - Lettre ouverte transmise au Journal La Montagne, lettre non parue.
« La démocratie sans le pouvoir du peuple est-elle encore une démocratie ? »
Les élus de Vichy Val d’Allier se sont questionnés depuis 2008, après la fermeture de Manurhin, sur les réorientations budgétaires pour redynamiser l’économie locale. L’arrêt de Giat-Industrie a conduit à la disparition de 2 500 emplois sur le bassin et à l’arrêt des échanges internationaux liés à la production et à la vente d’armes.
Dans la même période les Nations se posaient la question de l’environnement et de sa destruction :
Les lois Grenelle ont engendré un Scot (schéma de cohésion et d’orientation territorial) qui devait donner de grandes directives européennes à suivre pour établir une synergie entre environnement et économie.
Vichy a fait le choix du thermalisme, du tourisme et des pôles universitaires. Bellerive a fait le choix du sport.
Les questions de l’environnement ont été posées à l’ADEME et une trame verte et bleue a été définie. … / … … / …
Sauf que…
Une personne concernée par la disparition des zones agricoles a porté plainte ; le Conseil d’État a voté la dépollution du site de Montpertuis.
Sauf que…
La dépollution a consisté à prélever les armes, non conformes enfouies dans le sol, et à les faire exploser, puis à enlever les métaux.
Sauf que…
L’eau est polluée - sur le site BASOL Manurhin Montpertuis – site officiel du ministère de l’écologie nous pouvons lire : eau polluée par des solvants halogénés, de l’arsenic, du plomb, du cuivre …
Sur le site on indique le captage d’eau AEP eau potable : elle est cochée polluée.
Or, beaucoup de riverains s’inquiètent de la dépollution incomplète.
On enlève, on déplace sur 123ha pour dégager 24ha de Palazol. Cette zone avec des bâtis spécifiques liés à l’ancienne activité – zone devenue artificialisée par le prélèvement et le retournement de la terre jusqu’à 7 mètres de profondeur – au lieu de 8 mètres préconisés. Ces bâtis vont disparaître (toute une mémoire va disparaître avec.) La pollution de l’eau sera encore présente sur Montpertuis Palazol et donc ira dans l’Allier.
Or, une usine de bioéthanol, si elle apporte 50 emplois, fera fuir les personnes venues se retirer dans l’espace verdoyant de Vichy-Bellerive - soit beaucoup plus que 50 personnes. L’entrée de ville sera détériorée, les branchages prélevés empêcheront l’humus des forêts de se reformer et on assistera à une déforestation lente c’est vrai, mais certaine, des forêts de la Montagne Bourbonnaise et de la forêt de Montpertuis. Les risques d’expansion des crues ne seront pas pris en compte. Les odeurs liées à la fabrication du bioéthanol finiront par convaincre ceux qui ne sont pas partis de quitter Vichy.
Or, le Scot, p15 et p20, préconise et nous préconisons : La préservation de l’environnement, des éléments du patrimoine naturel, du caractère des lieux. De préserver les milieux aquatiques et humides (sources, mares, étangs …), les milieux forestiers (épuration des eaux), les chênaies de plaine (refuge d’espèces protégées), de sauvegarder voire restaurer les coulées vertes, de créer un espace récréatif, pédagogique, touristique.
Or, le Scot considère l’état chimique de l’eau comme médiocre pour l’aquifère de socle et la nappe alluviale de l’Allier, p24.
L’objectif d’atteindre un bon état chimique de la DCE en 2015, repoussé en 2021, est reporté à 2027 pour l’Allier.
Or, la loi du 20 juillet 2016 sur la biodiversité préconise et nous préconisons de : sauver les zones humides. C’est pourquoi,
Nous, citoyens, nous proposons un projet de mémoire avec un Musée de Manurhin et un lieu Modèle de dépollution complète et de préservation de l’eau en lien avec des scientifiques pour dépolluer et conserver le réservoir caractéristique des zones humides et essentiel à la vie des hommes.
Nous, citoyens, nous entreprenons cette tâche et proposons un dossier pour une réalisation conforme à nos attentes.
Cette lettre ouverte n’étant pas parue dans le journal local La Montagne, j’écrivis un Manifeste pour la préservation de l’eau que je distribuai, aidée de mes nouveaux amis, lors du congrès pour la candidature de Vichy à l’Unesco. (Événement repris dans « Vichy Elsa 2035 » roman d’anticipation en cours d’édition)
Le 3 décembre 2016 – J’organise une première...