: Bruno Guadagnini
: Les méandres du Mékong
: Books on Demand
: 9782322510122
: 1
: CHF 7.00
:
: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 246
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Bientôt de retour de Berlin, Pierre Malet au gré d'une nouvelle mutation, se voit parachuté en Indochine avec toute sa famille en novembre 1946. La peau souvent tannée par six années de guerre, le capitaine se retrouve encore une fois, au centre de problèmes aux solutions incertaines. De Saïgon à Hanoï en passant par Haïphong et Hué, au milieu de cultures inconnues, tiraillé par des décisions politiques improbables. Pierre, saura t'il encore une fois faire les bons choix ?...

Bruno Guadagnini , continue sa saga sur la période allant de la 3e à la naissance de la 4e.République A travers son héros, Pierre Malet, il revisite l'histoire d'août 1939 à mars 1947. Ses romans ne sont pas seulement une fiction, mais une analyse temporelle remise dans le contexte de l'époque. Le lecteur, pourra ainsi se faire sa propre opinion, en dehors des idées reçues.

Chapitre 1 : Frageboden falsifié.


Dimanche 28 juillet 1946, 48 heures se sont écoulées, depuis la libération rocambolesque de l’adjudante Dupire. Aucune manifestation du côté soviétique ne vient nous troubler, ils se tiennent dans le plus profond silence radio. De leur côté, les autorités allemandes ne sont pas dupes. Elles se doutent bien que le 46e Bataillon d’Infanterie, a dû tenir un rôle dans la fusillade. Néanmoins, ni plainte, ni corps retrouvé, ne peut leur permettre d’ouvrir une enquête. De ce fait, le problème se retrouve étouffé de lui-même, au grand soulagement de tous.

Mathilde et moi décidons de nous accorder un moment de détente. Nous confions pour la journée, notre petite Marie à sa nounou Heidi. Le soleil radieux sur Berlin, nous donne l’occasion de visiter « l’endroit à la mode » du moment, le Reichstadt. Depuis, que les troupes d’occupation se sont installées, les allées et venues dans le sanctuaire du nazisme, sont si importantes, que désormais il faut une autorisation spéciale pour pouvoir y pénétrer. Cette autorisation, je n’ai aucun mal à l’obtenir.

Arrivés sur place, des adolescents nous proposent de troquer des « Croix de Fer » et autres insignes nazis, contre des cigarettes ou des devises étrangères. Mathilde leur tend son paquet d’américaines, tout en refusant les objets.

L’intérieur de la chancellerie, a été parfaitement nettoyé de tous ses décombres. Les impacts des éclats des projectiles sont aussi présents qu’ailleurs, toutefois les murs nus et l’absence de meubles, donnent au lieu une grandeur majestueuse des plus impressionnantes. Nous déambulons désormais, dans les jardins de la chancellerie. L’entrée du bunker d’Hitler, nous ait toutefois interdite, terminant ainsi notre visite de manière un peu frustrante.

Lundi 29 juillet, Frida Dupire censée être au repos, est de nouveau mobilisée. La radio vient d’intercepter un message chiffré, en provenance du Q G soviétique. Entre l’écriture cyrillique, le déchiffrage et la traduction, la lecture du message ne peut se faire qu’en fin d’après-midi. Mon adjoint le lieutenant Parmentier, me tend le pli comprenant le travail de Frida et des radios :

- Avez-vous remarqué mon capitaine, que le message concerne la fusillade de Jeudi dernier et qu’ils sont à la recherche du fameux L.O.R(voir Direction guerre froide) ? je prends connaissance du texte d’un air dubitatif.

- Bon, je vais en informer le général, pour lui demander son sentiment ! aussitôt dit aussitôt fait.

- Oui entrez capitaine, vous venez me parler du message des soviets je suppose ? À propos, comment va l’adjudante ?

- L’adjudante, ne travaille pour l’instant « que d’un bras », mais se montre toujours aussi efficace ! Voici le message mon général ! Ganeval* décroche son téléphone pour prévenir son chef d’état-major.

- Oui commandant, pouvez-vous passer à mon bureau ?

Dufour s’exécute sur le champ, le général n’a plus qu’à lui tendre la dépêche. Le chef de bataillon sourit d’un air goguenard.

- L’adjudante, va pouvoir nous ressortir sa théorie fumeuse sur « l’Ombre Rouge » pour L.O.R ! Le général temporise la remarque de Dufour.

- D’abord, au moins maintenant, nous avons la certitude que les soviétiques sont derrières toute cette affaire ! Et vous capitaine, quel est votre avis ?

- Je pense à la personne qui est tombée dans la Sprée, pendant la transaction ! Nous ne savons pas si elle a pu s’en sortir et je me demande, s’il ne pourrait pas s’agir de L.O.R ? Ganeval comme à son habitude, ne laisse pas l’initiative à Dufour.

- Effectivement, c’est une possibilité ! Capitaine, je vais vous demander deux choses ! Primo, restez attentif auprès des autorités allemandes, afin de savoir s’ils repêchent prochainement un corps dans la Sprée ! Secundo, demandez aux transmissions d’être particulièrement vigilant sur les échanges radio des soviétiques.

Mercredi 31 juillet, le soleil se veut toujours aussi lumineux sur Berlin, quand Mathilde affolée, se précipite dans mon bureau :

- Pierre, Marie a disparu !

- Comment ça disparu ?

- Heidi, l’a amenée comme prévu ce matin au jardin zoologique, depuis je n’ai plus de nouvelles, ni de l’une ni de l’autre ! j’essaye de me montrer rassurant.

- Mais il est à peine 18 heures !

- Il n’était pas envisagé qu’elles y passent autant de temps ! En plus le jardin ferme à 17 heures, elles devraient déjà être rentrées !

J’essaye de raison garder, en ne montrant pas mon inquiétude à Mathilde. Mais j’avoue que je me pose des questions. Suite à l’enlèvement de Frida Dupire, il ne faudrait pas maintenant que les Ruscofs s’en prennent à Marie. Toutefois, je me rassure en me disant que les soviétiques, n’oseraient pas intervenir dans le secteur anglais, en limite du secteur américain. Mathilde en attendant s’impatiente :

- Bon Pierre que fait-on ?

- Je vais au central téléphonique, je me renseigne sur le numéro de téléphone du commissariat le plus proche du parc zoologique et j’appelle !

- Très bien, je viens avec toi !

En chemin, nous croisons Frida à qui Mathilde explique la situation. Nous voilà tous les trois au standard, le préposé après avoir consulté le bottin, compose le numéro du commissariat, situé à Burggrafenstrasse, à moins de 200m du jardin zoologique.

La personne qui décroche, ne parle pas le français et s’exprime dans un très mauvais anglais. Mathilde, me fait signe de passer le combiné à Frida pour une meilleure compréhension : « Wir suchen, Heidi Klung ?(Nous recherchons Heidi Klung) … Wie kommt es, du mir sagst, dass sie in haft ist ?(Comment ça, vous me dites qu’elle est en garde à vue !) …Ist ein Kleines Mädchen bei ihr ?(Y’a-t-il une petite fille avec elle ?) …Sehr Gut, wir kommen !(Très bien, nous arrivons !) » Frida, nous confirme qu’elles sont toutes les deux saines et sauves, mais retenues au commissariat.

Je me précipite sur le premier véhicule de service disponible, une Opel Olympia. Mathilde à la fois excitée et rassurée, demande alors à Frida :

- Viens avec nous, tu ne seras pas de trop pour nous faire la traduction, vue la complexité de la situation ! de mon côté, j’essaye de comprendre.

- Comment peut-on mettre en garde vue et pour quelles raisons, une adolescente d’à peine 15 ans, accompagnée d’une gamine de 3 ans ?

Nous arrivons au commissariat sur le coup de 18h45. Le planton nous confirme qu’Heidi est bien mise en garde à vue. Le ton monte, Frida exige de voir un officier de police. Le préposé, finit par appeler son supérieur, un certain Otto Schwartz.

Le Polizei chef, mince, la quarantaine, visage en lame de couteau, cheveu blond platine plaqué en arrière, nous accueille plutôt fraîchement. Son français n’est pas mauvais, notre dialogue devrait s’en trouver simplifié. Je pose le décor d’entrée :

- Vous détenez dans vos murs mademoiselle Klung et ma fille Marie ! Pourquoi ?

- Fräulein Klung, n’avait pas de papiers sur elle et s’est montrée particulièrement insolente, lors de son arrestation ! Naturellement, nous libérons votre fille, par contre Fräulein Klung, bleibt in Polizeigawahsarm (reste en garde à vue) !

- Je ne comprends pas, vos méthodes ! D’une part, je suis obligé de faire la démarche pour retrouver ma fille, alors que vous auriez dû nous prévenir ! D’autre part Melle Klung, est mineure et sous la protection de l’armée française !

- Peut-être, mais elle est de nationalité allemande ! Donc, dépendante de notre juridiction ! Cette fois Frida sort de ses gonds et éructe sur le commissaire en allemand.

- Vous comptez nous mettre en garde à vue, nous aussi ? Ou préférez-vous, que nous prévenions le Bürgermeister Arthur Werner* ?

Finalement après de longs...