Chapitre I – Première partie
Samedi - 23 juillet 2022
Premier jour
Cimetière du Père-Lachaise - Paris
Cela faisait déjà plusieurs minutes qu’Ėlysa avait envie de bouger. Le sommeil dans lequel elle était plongée depuis trop longtemps l’ankylosait de plus en plus et elle sentait venir doucement, une douleur lombaire, dont elle se serait bien passée.
À force de gesticuler dans tous les sens, pour vouloir éliminer les fourmillements, qui prenaient d’assaut, ses bras et la plante de ses pieds, à force de se heurter les genoux et les coudes, elle éprouva, sans savoir pourquoi, l'impression étrange d’être allongée dans un étau, sombre et étroit.
Grelottant de froid et refusant de faire un effort supplémentaire pour rassembler tous ses esprits, elle tenta une dernière fois de remonter la couette jusqu’à son visage.
N’y parvenant pas et avant de renoncer, épuisée, elle entreprit une ultime manœuvre avec ses pieds, afin de la saisir au fond du lit. Son acharnement resta vain et elle remarqua à cet instant que ses membres pesaient une tonne. Elle tourna la tête de droite à gauche et sentit ses cervicales craquer.
- Trente ans et tu as déjà de l’arthrose.
Maladroitement, elle voulut changer de position, mais rien à faire l’étau était décidément trop étroit.
- J’ai fait ce rêve, hier ou avant-hier ? Je ne sais plus très bien, le temps passe si vite. Il faut que je me réveille, j’ai des tas de choses à faire aujourd’hui.
Lesquelles ? Elle n’aurait pas pu le dire, là, tout de suite, mais il lui suffisait de consulter l’agenda de son téléphone.
Rassemblant tout ce qui lui restait d’énergie, elle ouvrit les yeux, mais ses paupières étaient si lourdes, qu’elle dut s’y reprendre à plusieurs fois. Immédiatement, elle fut aveuglée par une lumière blanche et froide.
- J’ai encore oublié d’éteindre l'électricité hier soir.
Décidément, rien ne va plus.
Après s’être contorsionnée dans tous les sens, elle admit que quelque chose n’allait pas. Elle jeta un coup d’œil autour d’elle et se rendit à l’évidence. Elle était dans une boîte, molletonnée d’un tissu gris, allongée, tout habillée et chaussée, seule, élégante, la tête posée sur un petit oreiller rose.
- Je rêve encore ! C’est un cauchemar, un de plus, mais là, ça me fiche la trouille. Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
Elle découvrit à côté de sa hanche droite, une vieille peluche, au ventre un peu râpé.
- Mais, c’est l’ours que ma grand-mère m’a offert quand j’étais petite ! Que fait-il ici, avec moi ? Qu’est-ce que je fais dans cette boîte, allongée dans mon tailleur beige, acheté il y a quelques jours chez mon couturier préféré ? Qu’est-ce que tout cela veut dire ?
Instinctivement, elle força son cerveau à travailler.
- J’ai besoin de toi, il faut que tu m’aides, vieux frère. Il faut que tu m’éclaires sur tout ce cirque et plus vite que ça, car il n’y a rien de logique là-dedans.
D’abord respirer à fond et ne pas paniquer, car il devait bien y avoir une explication rationnelle. Ensuite, interroger sa mémoire.
Ėlysa se demanda tout de suite, ce qu’elle avait fait la veille, s’accrochant à l’ordre chronologique des aiguilles d’une montre. Impossible ! Pas le moindre souvenir, pas la moindre faculté d’enchaîner les évènements. Alors, elle chercha à savoir quel jour il était, quel mois, quelle année.
- Tu devrais y arriver, fais un effort ! Allez. Tu n’es pas si vieux que ça.
Rien à faire. Ses neurones refusaient catégoriquement de fonctionner et la laissaient perdue dans un désert des plus infranchissables, où aucune ligne d’horizon ne se profilait.
Elle ferma les yeux, puisa au fond d’elle, tout ce qui lui restait de lucidité et chercha instinctivement son téléphone sur la table de nuit. Rien. Pas de table de nuit, pas de téléphone.
Pas de calendrier. Pas de date. Pas de souvenir. Une seconde respiration fut nécessaire.
Où était-elle ? De quoi pouvait-elle se rappeler exactement ?
Elle décida de rationaliser tout cela et commença par prendre des repères pour s’y retrouver.
Mais lesquels ? Car, là où elle se trouvait, il n’y avait pas grand-chose. Elle regarda son ours. a, elle n'avait pas oublié.
Elle avait huit ans, c’était quelques jours avant Noël. Elle avait fait sa liste de jouets, qu’elle avait donnée à sa mère pour que celle-ci l’envoie au père Noël et elle avait attendu, tant attendu, impatiente, priant de toutes ses forces, que celui-ci exauce son vœu, car elle avait été très sage.
Le 25 décembre, au matin, elle l’avait vu, un ruban bleu autour du cou, assis au pied du sapin scintillant, avec ses grandes billes marron. Un petit mot de sa grand-mère Suzanne, qu’elle chérissait plus que tout, était posé sur ses genoux. « Ma grande, je t’aime de toutes mes forces et je pense à toi.
Joyeux Noël. Ta grand-mère qui t’embrasse et qui regrette de ne pas être près de toi ». Pauvre grand-mère, elle était couchée, terrassée par une « longue maladie » comme ils disent. a, elle le saurait bien plus tard.
Elle se précipita vers la peluche et la baptisa Jean et ils ne se quittèrent plus jamais, jusqu’à aujourd’hui. Durant toutes ses longues années, elle lui avait confié, ses peines, ses joies et ses premiers amours. Et à présent, malgré le fait qu’elle soit heureuse de l’avoir à ses côtés, il ne pouvait lui être d’aucun secours.
- Merci tout de même d'être là pour me tenir compagnie. Je ne sais pas pourquoi on est enfermé dans ce truc, mais il va falloir sortir d’ici, par n’importe quel moyen.
Elle déposa un baiser sur son front.
Il lui restait un repère. Le tailleur. a aussi, elle s’en souvenait.
Charlotte, son amie, sa seule amie, sa collègue de travail, sa confidente, l’avait invitée à son mariage avec Philippe et lui avait proposé, au nom de leur complicité indéfectible, d’être son témoin. Profondément touchée par cette marque d’amitié, elle avait accepté sans hésiter.
Les mois étaient passés sans qu’elle se soucie de savoir, si elle avait dans sa garde-robe, une tenue digne de l’évènement. À force de remettre à plus tard sa recherche de toilette, le calendrier lui avait indiqué qu’il ne lui restait plus qu’une semaine, avant la cérémonie. En urgence, elle avait donc fouillé sa penderie de fond en comble et s’était rendue à l’évidence, que rien de ce qu’elle possédait, ne pouvait convenir. Elle n’avait pas cette tenue intemporelle et féminine, capable de la mettre en valeur et de traverser les années, sans qu’elle fasse trop démodée sur les photos.
Prise de panique, elle se retrouva dehors bien décidée à profiter des soldes de printemps.
Depuis une heure, sous un soleil torride, digne d’un mois d’août méridional, elle arpentait les grands boulevards à la recherche d’un tailleur beige. a à l’air simple comme ça, mais c’est aussi compliqué, que de trouver une paire d’escarpins aux talons hauts, de moins de dix centimètres.
Au bord de l’épuisement, elle se dirigea vers les Galeries Lafayette, lieu emblématique de la mode parisienne.
D’habitude, elle ne fréquentait pas ce genre de magasin. Trop de monde, trop grand et surtout trop cher. Mais aujourd’hui, faute d’avoir trouvé, ce qu’elle cherchait et estimant qu’il était urgent de se réfugier dans un endroit frais, avant qu’elle ne fasse une syncope, elle se décida à entrer dans le temple de la mode et à braver les hordes de touristes asiatiques.
- Si je ne déniche pas une perle dans dix minutes, je laisse tomber et ressortirai ma robe noire.
Après avoir jeté un coup d’œil sur différents stands, plus sophistiqués les uns que les autres. Après avoir admiré quelques vêtements sans étiquette, présentés sur des...