: Marie-Christine Martens
: Une preuve d'innocence
: Books on Demand
: 9782322510474
: 1
: CHF 2.50
:
: Erzählende Literatur
: French
: 314
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Photograph de talent, Matthis connaît le succès auprès de son public et des femmes. Il aurait tout pour être heureux s'il n'était pas rongé par un seul désir qui l'obsède depuis très longtemps : prouver l'innocence de son frère. Une jeune femme aux dons très particuliers pourrait enfin le mettre sur la voie de la vérité ; elle sera dorénavant son ultime espoir. Arrivera-t-il à la persuader de renoncer à sa tranquillité et à un équilibre si difficilement acquis ? Voudra-t-elle se replonger dans un douloureux passé qui avait presque fini de la hanter ? Mue par le souci de faire triompher la justice, par l'espoir de se retrouver enfin en paix, Lisa a pourtant bien du mal à se décider, surtout quand l'amour vient s'en mêler.

Marie-Christine Martens vit à Wépion, village de Belgique où elle a vu le jour. L'écriture est pour elle une passion de longue date. Des récits plein la tête et des manuscrits au fond des tiroirs, Une preuve d'innocence s'est échappé pour lui aussi voler de ses ailes de papier.

CHAPITRE 2


– Je vous présente monsieur Stern. Il passera quelques jours en notre compagnie. Je vous demande de lui réserver un bon accueil.

Madame Poupard avait convié ses enseignants à la rejoindre dès la fin des cours pour une petite réunion improvisée. À ses côtés se tenait un inconnu. Son allure était d’une nonchalante élégance et il n’affichait pas cet air froid et guindé propre aux inspecteurs tant redoutés. Chacun ignorait encore la raison de sa présence parmi eux. La directrice aurait bien dû avouer que tout comme eux, au départ, cet individu ne lui était pas du tout familier. Elle se garda pourtant de le faire.

Lorsqu’il s’était présenté à elle le matin même pour lui réclamer ce qu’il nommait une faveur, elle l’avait plus ou moins éconduit prétextant un rendez-vous de la plus haute importance. Elle lui avait promis de réfléchir à la question et de lui communiquer sa réponse. Quand, intriguée, elle se renseigna sur son identité découvrant ainsi qui était réellement ce personnage, elle n’hésita plus une seule seconde et le convia sans tarder.

Sarah échangea un regard intrigué avec Lisa, qui n’en sachant guère plus sur cet homme, avait toutefois reconnu le conducteur croisé la veille.

– Nous sommes évidemment flattés de la venue d’un artiste de votre renommée dans notre établissement.

Le photographe eut un petit geste guidé par une certaine modestie.

– J’espère que vous ferez, toutes et tous, en sorte de permettre à monsieur Stern de remplir ses objectifs.

– Excusez-moi Madame, mais sans vouloir paraître stupide, en quoi pouvons-nous aider ce monsieur… ?

Matthis fournit automatiquement lui-même les informations nécessaires.

– Je souhaite réaliser quelques clichés dans le cadre d’une prochaine exposition. J’ai choisi votre école, dans ce village, car elle répondait à mes critères.

– Il va de soi qu’il est nécessaire de demander une autorisation écrite aux parents pour diffuser l’image de leurs enfants. Je vous ferai parvenir des formulaires à compléter dès demain, promit la directrice.

D’emblée, la majorité, composée d’un instituteur, et de cinq institutrices accueillirent chaleureusement cette personne bien sympathique, déjà assaillie de questions de par l’originalité de sa profession. Lisa cependant resta muette. Nul ne fut étonné, ses collègues étaient coutumiers de sa nature réservée.

– Je vous rassure, je ne resterai pas très longtemps et je me ferai aussi petit que possible.

– Comment se fait-il que vous ayez choisi ce genre de thème ? Ce n’est pas dans vos habitudes, je crois ? demanda une voix mal assurée.

Matthis, confondu par cette remarque, fixa cette nouvelle interlocutrice. Si de nombreux amateurs associaient certaines photographies au nom de Stern, rares pourtant étaient ceux pouvant le cerner ou le cataloguer.

– Je crois que mon style se veut assez hétéroclite.

Si son ton s’était montré quelque peu sec, ce fut totalement involontaire car il n’était en rien contrarié, juste surpris. Seule une récente altercation avec un journaliste avait été la cause d’une répartie aussi vive.

« Opter pour le social, ne serait-ce pas un choix guidé par vos intérêts ? », avait-il osé lui demander.

Oh non ce n’était pas le cas, et pour preuve, une grosse partie de ses gains était reversée à des œuvres caritatives.

Lisa sentit ses joues légèrement s’empourprer car plusieurs paires d’yeux étaient à présent rivés sur elle. Elle tenta immédiatement de se maîtriser. Lorsqu’elle avait mis un visage sur celui qui l’avait émue en se faisant le miroir génial d’une réalité ordinaire, elle n’avait pu s’empêcher de l’interpeller sous l’effet de la surprise.

– Je faisais simplement référence à vos expositions précédentes, engagées, comme celles évoquant la dureté du monde paysan ou la déforestation par exemple.

Matthis fut flatté d’avoir affaire à une connaisseuse en fait, surtout à elle ! Il afficha un sourire communicatif dont il avait le secret, celui qu’il arborait pour séduire en général. Elle sembla pourtant insensible à son charme, restant de marbre, concentrée et sincèrement en attente d’une réponse.

– Je reste toujours dans la même optique. C’est comme ça que je travaille. Mais vous semblez le savoir à ce que je constate. Cette fois, j’ai choisi quelque chose qui me tient également à cœur : l’inégalité de l’éducation entre les pays favorisés et ceux du tiers-monde. Nous pourrons en discuter si vous le souhaitez.

– Encore une question, se permit-elle. Peut-on vous mettre à contribution à des fins éducatives ?

Lisa avait flairé une aubaine, toute une foule d’activités pédagogiques s’offraient sur un plateau. Un métier passionnant, une forme artistique, le fonctionnement des appareils, tout pouvait être exploité à bon escient.

– À mon avis, c’est une contrepartie équitable. À propos, j’ai cru comprendre que vous étiez de sortie dans les jours à venir, enchaîna-t-il.

– Je me rends avec ma classe dans un parc naturel.

– J’aimerais beaucoup vous accompagner.

Lorsque le photographe fut sollicité ailleurs, Sarah se pencha vers sa collègue.

– Tu en as de la chance, tu vas avoir un assistant pour ta visite !

– Espérons qu’il ne s’agisse pas d’un enfant supplémentaire à surveiller plutôt ! dit-elle, non sans humour.

– Huit. Tu restes à l’avant Damien ; j’ai un mauvais souvenir de la dernière excursion ! Dix. Où est ta veste ?

– Au portemanteau Mam’zelle, il fait chaud !

– Va le chercher tout de suite, nous t’attendons. Douze,… quinze, le compte est bon. Avez-vous tous votre pique-nique ? demanda l’institutrice en fixant tout particulièrement Clara.

Pas question d’oublier quoi que ce soit à l’école en provoquant un petit drame, et elle connaissait l’étourderie de cette jeune fille.

– Quelle entreprise ! la félicita Matthis appareil en main, en grimpant à son tour à bord du minibus scolaire.

Lisa soupira. Même un court voyage d’une vingtaine de kilomètres, comme celui-ci, requérait une bonne dose de vigilance et d’énergie.

– Je peux m’installer près de vous ? demanda-t-il en joignant le geste à la parole.

– Bien sûr, si vous n’êtes pas trop bavard, plaisanta-t-elle.

Mal installé sur cette étroite banquette, le photographe étira ses longues jambes. Sa voisine, d’à peine plus d’un mètre soixante-cinq, réalisa pour la première fois combien pouvait être inconfortable un trajet dans un véhicule si exigu pour un sujet de grande taille. Mais déjà, toute l’attention de cet homme était ailleurs, immortalisant quelques moments du départ.

Ce n’était pas particulièrement pour lui un exercice transcendant, il avait simplement promis à madame Poupard d’égayer le tout nouveau site internet qu’elle s’enorgueillissait de péniblement alimenter. Il n’était pas un ingrat. C’était sa façon à lui de la remercier, même s’il était parfaitement conscient qu’elle avait agi non sans intérêt. Il proposait toujours une contrepartie aux services qu’il demandait, qu’elle soit financière ou non. Il mettait également un point d’honneur à respecter sa promesse, parfois au grand étonnement des bénéficiaires sachant pertinemment qu’il n’y avait plus pléthore de ce genre d’individu.

Il rangea temporairement son précieux outil dans sa housse et se concentra sur sa voisine.

– Ils sont toujours aussi turbulents ?

– Turbulents ? Mais ils sont calmes pour le moment ! Attendez donc de les voir lâchés en pleine nature !

– Je ne pourrais pas faire votre métier, constata Matthis avec lucidité.

Il adorait pourtant les enfants, ceux des...