CONTEXTE
« See the kiss of the cobra both kills and cures, and the only defence
is a heart that's pure. »
« Vois-tu, le baiser du cobra tue et soigne, et la seule défense est un
cœur qui est pur »
Estas Tonne and la Familia Cosmica feat. Pete R Moor& Storia,
(2009), Album Bohemian Skies, Who am I
Le réchauffement climatique, les extinctions massives de la biodiversité, la pollution des océans, la pandémie mondiale que nous vivons actuellement… témoignent de l’avenir incertain de la survie de l’espèce humaine et du danger qui menace le vivant dans son ensemble. Nous habitons une planète que nous connaissons de mieux en mieux, pourtant le système faille à la prendre en compte dans ses objectifs de performance.
Heureusement, des voix s’élèvent. Les prises de conscience individuelles et collectives surgissent partout dans le monde et à tous les niveaux. Marches et manifestations se multiplient, une convention citoyenne pour le climat est constituée, tiers-lieux et éco-lieux se développent… On dirait que le capitalisme, l’économie néo-libérale et la mondialisation arrivent à bout de souffle.
La crise du Covid-19 ne fait que mettre en lumière les dysfonctionnements du système actuel. Ces allures de fin du monde confirment la pensée que si nous ne faisons rien, nous allons vers l'effondrement. L’effondrement du vivant ou l'effondrement du système ? À nous de choisir lequel nous souhaitons voir arriver… ou alors est-ce les deux qui sont inévitables ?
Le philosophe et psychiatre Serge Tisseron évoque cette crise comme la fin de l'illusion de la mondialisation. Le philosophe Michel Onfray parle de l'effondrement de la civilisation. Pablo Servigne, chercheur et scientifique, propage avec son ami Raphaël Stevens, la collapsologie, science de l'effondrement.
Dans ce contexte s’opère une profonde transformation collective, lente mais progressive. Nous vivons une sorte de période de dissociation, de transition, entre le deuil de l’ancien monde et la préparation pour le monde nouveau, le monde d’après.
En anticipant les découvertes du physicien et chimiste Ilya Prigogine, le psychiatre Carl Jung remarque que « lorsqu' un principe atteint les hauteurs de son pouvoir, son contraire se remue en lui comme un germe. » Et, c’est dans ces moments de mort et de renaissance que s’opèrent les transformations individuelles.
Peut-on dire de notre société qu’elle a atteint son apogée, et que doucement sa face contraire se réveille ? Le changement a déjà commencé. Les confinements et les mesures liberticides ont donné à certains l’espace pour faire une pause, prendre du recul, se questionner sur l’essentiel, laisser émerger le désir de changer sa vie pour changer le monde.The Age of Aquarius chanté par des millions d’utopistes depuis les années 70 serait-il enfin là ? En Astrologie, l’ère du Verseau succéderait à celle du Poisson. Porté par le partage, la solidarité, la coopération, la fraternité et le détachement du matériel, nous entrerions progressivement dans cette nouvelle ère tant attendue… si l’on en croit de nombreux astrologues.
Parallèlement, la dictature du bonheur progresse. La sociologue Eva Illouz explique comment l’esprit humain et le bonheur sont devenus des biens de consommation. On nous assène d’injonctions à être heureux et à se développer spirituellement. Et si développement personnel et philosophie orientale ont autant de succès, c’est certainement parce que les gens sont malheureux, voire dépressifs, dans ce monde régi par l'individualisme, la performance, le consumérisme, le tout tout de suite…
« Je veux accéder à l’humilité ! Je veux même devenir le numéro un mondial de l’humilité ! » Cette phrase de Voutch illustre bien le matérialisme spirituel, concept du Rinpoché tibétain Chögyam Trungpa. Selon lui, la pratique spirituelle telle qu’on la connaît aujourd’hui en Occident ne conduit pas à l’éveil, mais au contraire, vers un renforcement de l’égo.
Dans la pratique spirituelle, yoga et méditation sont les voies « royales » pour atteindre le bien-être intérieur, la sérénité, le bonheur, l’éveil spirituel… Difficile de nier la frénésie du yoga qui touche le monde occidental. Les cours de yoga en tout genre fleurissent dans toute la France, et à plus grande échelle, dans le monde occidental. L’offre de formation pour devenir professeur de yoga n’a jamais été aussi dense.
Et quand on parle yoga, on parle Kundalini. Cette énergie cosmique et divine présente à l’intérieur de chaque être humain se réveille lorsque celui-ci atteint la maturité spirituelle. Lorsque cela arrive, l’égo du yogi, c’est-à-dire la personne qui pratique la philosophie du yoga, meurt et c’est une nouvelle vie connectée à la Source qui émerge. La Kundalini est une sorte de mort et de renaissance, à l’image du système qui atteint son apogée, et qui doit mourir pour laisser place au renouveau.
En Inde, en France mais aussi sur internet, des précepteurs spirituels, appelés communément des gourous, proposent de transmettreShaktipat, une initiation d’éveil de la Kundalini. L’intervention d’un gourou éviterait les dangers d’une pratique ignorante du yoga ou de la méditation Kundalini. En effet, cette expérience « troublante et hasardeuse », comme la décrit Swami Satyananda Saraswati, peut se manifester par des souffrances et des désordres physiques et psychologiques.
Cette énergie sacrée qui sommeille en chaque être humain se réveille généralement après des années de pratiques yogiques et permet d’atteindre l’illumination. Et pendant que certains passent leur vie à essayer de parvenir à son élévation, d’autres sont frappés par son réveil et vont jusqu’à en perdre la raison. On appelle cela communément, le syndrome de la Kundalini, ou la crise de Kundalini.
Il me semble intéressant de définir les termes « syndrome » et « crise ».
Le syndrome est un ensemble de symptômes caractéristiques d’une pathologie ou d’une affection. La crise peut être définie comme la forte manifestation d’un sentiment, un moment ou une situation marquée par un trouble profond, la manifestation violente d’un état morbide, ou encore, d’un point de vue économique, une rupture d'équilibre entre production et consommation.
Internet regorge d’informations, réelles ou fictives, sur la Kundalini. Des adeptes se rassemblentvia des groupes et s’échangent des conseils pour l’éveiller. Traumatisés, d’autres s’entraident et partagent leur expérience et leur histoire, à la recherche d’un soutien qu'ils ne trouvent nulle part ailleurs.
L’éveil de la mystérieuse Kundalini fascine, envoie les uns dans des fantasmes et les autres à sa quête, un peu comme le Saint Graal. Dans son livre intitulé Raja Yoga, Swami Vivekânanda écrit : « Éveiller la Kundalini est le seul et unique moyen de parvenir à la sagesse divine ».
Je me suis intéressée à ce sujet après avoir vécu une crise de la Kundalini en septembre 2016. À l’époque, je ne sais pas ce qui m’arrive, personne autour de moi n’est capable de me l’expliquer. Je me suis tournée vers les livres et j’ai trouvé, à mon grand étonnement et avec un grand soulagement, de nombreux ouvrages sur la Kundalini et sur le syndrome de la Kundalini.
Si j’ai décidé d’écrire, c’est pour raconter le syndrome de la Kundalini, partager mes recherches et mon expérience, faire des ponts entre les disciplines, apporter un soutien et des éléments de réflexion à ceux qui ont difficilement vécu cette crise, ou qui se trouveront face à elle sans savoir comment réagir… Cet ouvrage n’est en aucun cas un guide d’éveil de la Kundalini. Celui qui s’adonne à ces pratiques le fait sous sa propre responsabilité. Mon but n’est pas d’inquiéter ou de décourager, simplement de partager ces connaissances aux personnes désireuses d’en apprendre plus sur la Kundalini.
Dans cette période de transition individuelle et collective et au vu de l’engouement général autour de la...