Mes Frères,
Cette douce et salutaire économie où Dieu promet par la bouche de Joël,qu'il répandra de son Esprit sur toute chair, et qu'il fera prophétiser nos fils et nos filles, nos jeunes gens, et nos vieillards, est appelée dans le même lieu,le grand et le terrible jour du Seigneur ; et le même temps de paix et de grâce qu'Ésaïe nomme,l'an de la bienveillance de l'Éternel, il le nomme aussi,le jour de la vengeance de notre Dieu. Ne pensez pas que ce soit une contradiction dans l'Écriture. L'Écriture est un ouvrage qui ne se dément point, et jamais livre ne fut si parfait, ni si uniforme. Mais ce sont de différentes vues, une même chose est à divers égards, un objet de joie, et un objet de frayeur, et ces expressions qui paraissent d'abord s'y opposer sont également véritables les unes et les autres. L'Évangile de Jésus-Christ, car c'est de l'Évangile que parlent Ésaïe et Joël dans les passages que je viens d'alléguer, l'Évangile, dis-je, est odeur de vie, et odeur de mort,odeur de vie à ceux qui sont sauvés, odeur de mort à ceux qui périssent. Du même rocher des siècles, les uns ont fait leur pierre fondamentale, et les autres s'en sont fait une pierre d'achoppement, ou pour parler en termes propres, la venue du Messie, qui a été la vie et le salut des nations fidèles, a été la réjection et la ruine des Juifs incrédules. C'est, mes frères, cet épouvantable exemple du crime et de la chute des Juifs, que notre parabole nous met aujourd'hui devant les yeux. La méditation en est triste et étonnante, soit que vous considériez la rébellion de ces misérables, qui furent autrefois le peuple bien-aimé de Dieu, soit que vous regardiez la vengeance que la justice divine en a faite. Mais si la méditation en est affligeante, le fruit que nous pouvons tirer est grand. Qu'y a-t-il de plus propre à nous faire horreur que leur crime, qu'y a-t-il de plus propre à nous effrayer que leur peine, et qu'y a-t-il de plus propre à nous faire sages que de joindre ensemble et leurs crimes et leurs peines, l'horreur de la révolte, et la frayeur de la punition ?
Venez donc ici, chrétiens, apprendre deux importantes vérités, l'une, ce que peut la corruption de l'homme, privé du secours de la grâce, et l'autre, ce que fait la justice divine lorsque l'homme abandonne son devoir. Ce sont les deux points que nous avons à traiter. Car en continuant l'explication de la parabole des noces, nous avons à voir, premièrement ce que firent les conviés, lorsque le roi leur envoyait ses serviteurs pour les appeler :Ils n'en tinrent compte, mais ils s'en allèrent l'un à sa métairie, et l'autre à son trafic, et les autres prirent les serviteurs, et les outragèrent et les tuèrent. Secondement nous avons à considérer ce qui leur arriva :Quand le roi l'entendit il se mit en colère, et ayant envoyé ses gendarmes, il fit périr ces meurtriers-là, et il brûla leur ville. Dieu veuille que ces deux effroyables objets fassent impression sur nous, et que nous confirmant dans notre vocation, ils nous assurent aussi la paix et la bénédiction de Dieu.
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Pour entrer dans le premier point, les noces de cette parabole sont l'Évangile de Jésus-Christ, le roi qui les fait, est le Père éternel qui a envoyé son Fils au monde, les conviés sont les Juifs, les serviteurs, qui les appellent aux noces sont Moïse, les prophètes, et Jean-Baptiste, Jésus-Christ lui-même, ses disciples et les apôtres. C'est ce que nous supposons comme l'ayant déjà expliqué dans notre première action. Il s'agit maintenant de voir ce que firent ses conviés, et la parabole dit qu'ils firent deux choses, l'une qu'ils négligèrent entièrement leur vocation, qu'ils n'en tinrent compte, mais qu'ils s'en allèrent l'un à sa