Le petit Louis court entre les rangs de vigne avec son frère Roger. Ils escaladent les rochers du sentier pentu en se bousculant; les cailloux qui pointent entre les mottes de glaise égratignent les petits pieds nus, mais les sabots de bois sont restés en bas sur le seuil de la ferme : il faut les économiser pour la terre battue des granges. Arrivés au sommet, ils s’écroulent sur l’herbe, essoufflés; éclats de rire et tapes dans le dos. Ces vignes ne sont pas à eux, et la ferme la plus proche non plus. Roger non plus d’ailleurs n’est pas le frère de Louis, enfin pas tout-à-fait, les parents les appellent “frères de lait”. Ça ne les empêche pas de chahuter, de lutter pour se plaquer au sol ni de s’esclaffer ensemble : ils ont le même âge. Pour les petits, les vendanges c’est rien que du plaisir : picorer des grappes oubliées sur pied, ou même piquer au passage les graines qui débordent des paniers. Il faut parfois donner un coup de main, mais ce sont les grandes personnes qui charroient les hottes jusqu’aux cuves. Alors perchés là-haut ils peuvent siffloter en contemplant le vallon avec ses sentiers clairsemés de coquelicots et de marguerites, et la rivière qui coule au fond. La Dordogne scintille entre les arbres, des châtaigniers surtout ; bientôt ce sera la saison du ramassage des bogues avec les autres gosses du coin pour faire des confitures et des conserves, et même en céder quelques kilos au cousin du bourg qui les expédie en ville. En été, il y a bien eu la corvée des foins, les plus jeunes ont appris à soulever les bottes à bras le corps pour aider les faucheurs à les rentrer dans la grange, mais ce sont les grands qui font les travaux de peine. Nourrir les bêtes deux fois par jour, ça oui, c’est le boulot des frères, et ils ne se font pas prier. Quand les poules caquètent sur leurs talons et se ruent sur les grains jetés à la volée, c’est plus qu’une récréation, c’est presque une fête. Et quand le cochon plonge son groin dans l’auge pendant qu’on verse, attention les yeux ! On saute en arrière pour éviter les éclaboussures, et on rit aux éclats. Pour Louis, la seule chose qui était triste, c’est quand il a entendu la Piquette, celle qui d’habitude picorait plus vite que son ombre, battr