: Sophie Détample-Caron
: Amour aveugle
: Books on Demand
: 9782322564088
: 1
: CHF 4.40
:
: Erzählende Literatur
: French
: 242
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
"Tu es plus forte que la tempête !" Les yeux rivés sur la tour Eiffel, Vanessa répète son mantra pour la troisième fois ; ça l'aide un peu. Elle a piqué une crise de nerfs à son travail et s'est retrouvée aux urgences psychiatriques. Rien ne va plus. Parviendra-t-elle à se sortir indemne de cette relation toxique qui l'a tant fragilisée ? Ses meilleures amies Laurence et Véronique sont là. Mais ça ne suffit pas. Elle se sent malheureuse, amoindrie. Elle a tant besoin d'amour ! Mais qui est cet homme charmant et si élégant qui s'approche d'elle sans la voir ? La lueur d'un espoir fou surgit au coeur de la nuit.

Infirmière et trois fois maman d'enfants déjà grands, Sophie vit en plein coeur de la Provence depuis plus de vingt ans. Entourée d'animaux, elle se laisse inspirer par les chênes, les pins, les oiseaux et les cigales pour créer de sympathiques romans qui transporteront le lecteur dans des aventures sentimentales diverses et variées, remplies d'émotions, d'amour, d'humanité et de résilience. Pleine de finesse et de sensibilité, Sophie aime jouer avec les mots depuis sa jeunesse, ce qui rend la plupart de ses écrits imagés et poétiques.

CHAPITRE 1 – Fabien – L’intransigeance


Le pervers narcissique, manipulateur, vit dans un monde à part.
Dans sa bulle il n’existe que lui. Lui et personne d’autre.
La victime n’est qu’un pion qu’il déplace
à sa guiseau cours de la relation.
(Julien Lorcy, champion du monde de boxe anglaise)

— Dégage de là. Tu n’es même pas capable de faire à
manger correctement ! Fabien saisit brutalement le couteau
de cuisine des mains de Vanessa qui était en train de couper
les pommes de terre en morceaux.

— Mais je… peux t’aider si tu… as besoin de moi.

— DÉGAGE ! je te dis… Et ne me réponds pas ! Obéis ! ou sinon…

Le couteau relevé, Fabien s’approche à quelques millimètres du visage de sa compagne. Les yeux injectés de sang, il la toise de son regard haineux.

Frissonnant, Vanessa baisse les yeux et s’éclipse le plus discrètement possible. Pour éviter une cascade de violence, elle retient ses larmes, et décide de monter jusqu’à sa chambre. Elle a tout juste le temps d’entendre :

— Put… enlève tes chaussures quand tu montes ! Décidément, tu ne comprendras jamais rien, bordille !

Vanessa ferme doucement la porte et tourne la clé dans la serrure, faisant le moins de bruit possible, au cas où, avant de se jeter sur son lit, pour y déverser avec amertume toutes les larmes que ses glandes lacrymales peuvent encore fabriquer.

Elle se sent seule, affligée, déboussolée et terriblement mal dans sa peau. Pourquoi cet homme qu’elle aime tant lui parle-t-il ainsi ? Cela doit être de sa faute. Après tout, il a raison, elle est mauvaise cuisinière depuis toujours et quand il se met au fourneau le résultat est tellement bon ! Et puis, que lui a-t-il pris de le provoquer ainsi en lui tenant tête, lui proposant ses services alors qu’il lui a tout bonnement demandé de se taire, de se pousser, et de le laisser faire. Pourtant, elle sait qu’il est toujours à fleur de peau ; elle aurait dû simplement accéder à sa requête sans chercher à le contrarier. Dans le fond, quel mal son homme a-t-il fait ? Il a pris le relais, compensant sa propre incapacité à elle, et est en train de leur faire à manger à tous les deux ; c’est bien là une preuve d’amour, non ? Sa mère lui avait bien dit qu’on reconnaissait l’amour d’un homme à ses actes et non à ses mots. C’est sûrement vrai !

Elle se souvient alors de la façon si tendre dont ils se sont rencontrés, il y a trois ans. Elle sortait d’une rupture sentimentale douloureuse, elle était partie après avoir surpris son amoureux dans son lit avec sa meilleure amie, histoire tristement banale. Vanessa s’était sauvée en courant et pleurant, puis s’était écroulée de fatigue sur un banc. Fabien, qui passait à ce moment-là, faisant son footing soporifique du soir, s’était arrêté, l’avait abordée très gentiment et s’était assis à côté d’elle. Elle s’était confiée. Il l’avait consolée en lui disant que lui-même n’aurait jamais fait une chose pareille, que lorsqu’il donnait son cœur à une femme, elle devenait une reine à ses yeux et qu’il faisait tout pour la combler. Ces paroles avaient touché Vanessa en plein cœur. Et quand Fabien lui avait proposé de venir chez lui pour la nuit, la jeune femme avait naturellement dit oui. Il s’était montré doux et respectueux et l’avait accueillie dans ses bras toute la soirée sans jamais abuser d’elle. Dans ce cocon douillet, Vanessa s’était sentie réconfortée et respectée. Elle n’en est jamais repartie ! Et c’est là que leur idylle a commencé.

Toc, toc, toc ! De retour dans son inconfortable réalité présente, Vanessa sursaute ; elle ne l’a pas entendu monter. Elle se racle la gorge avant de répondre. Heureusement qu’elle a cessé de pleurer !

— Oui ? dit-elle faiblement.

— C’est moi ! Viens manger, s’il te plaît, le repas est prêt. Je te laisse cinq minutes pour arrêter de chialer, tu sais que je n’aime pas ce genre de cinéma de gamine ! Je t’attends en bas.

— D’accord, je vais descendre.

Vanessa inspire profondément et expire lentement. Cette fois, elle prête attention aux bruits environnants, perçoit la pendule qui sonne huit coups et entend les pas de son homme qui s’éloignent ; il redescend les escaliers. Elle se dépêche de remettre correctement en place la couette et les oreillers, aère la chambre pendant qu’elle fait un saut rapide dans la salle de bains. Elle asperge son visage d’eau froide, applique de l’anticerne sous ses yeux gonflés, met une touche de fond de teint hydratant sur son visage bouffi, rajoute un trait d’eye-liner au bord de ses paupières et un peu de gloss sur ses lèvres. Elle retourne prestement dans sa chambre, enfile une jolie robe fleurie et referme la fenêtre, puis se dirige rapidement vers le salon, au rez-de-chaussée. Il lui aura fallu quatre minutes trente seulement pour ainsi s’apprêter !

— C’est bien, tu es à l’heure et très belle, ma chérie ! Assieds-toi, je te prie, tu vas te régaler.

— Merci Fabien. C’est très gentil d’avoir préparé à manger.

Vanessa s’assoit, se sentant honteuse. Elle se demande ce qu’il lui a pris de se mettre encore dans des états pareils. Décidément, c’est pourtant bien vrai qu’elle réagit de façon excessive et terriblement immature !

— Il fallait bien que quelqu’un de compétent le fasse dans cette baraque !

Aïe ! Une nouvelle pointe vient de traverser son cœur encore fragilisé. Vanessa préfère ne pas relever la remarque. Il n’a pas voulu me blesser, pense-t-elle, et puis, dans le fond, il a raison !

Fabien a perçu son hésitation :

— Allez, mange, ça va refroidir !

Vanessa, tête baissée, s’exécute ; mais le dîner a du mal à passer tant sa gorge est serrée. Chaque bouchée qu’elle avale en force est ressentie comme une torture ; elle a un nœud dans la gorge. Peu importe. Elle se fait violence mentalement et se traite de tous les noms. Il lui semble entendre les paroles de sa mère comme un écho dans sa tête : tu n’as pas honte ? Tant de petits enfants meurent de faim… Qu’estce que c’est que ce caprice ? Tu n’as qu’à ne pas être aussi susceptible, ma pauvre fille ! Elle se force à manger et ingurgite la totalité de son assiette.

— Alors, c’est bon ? Tu ne m’as rien dit ! quémande Fabien.

— Oui, très bon ! Un délice !

— Oui qui ?

— Oui, mon chéri !

Fabien la regarde d’un air triomphant et rajoute :

— Heureusement que je suis là, hein ? Sinon tu mourrais de faim.

Pourquoi se sent-elle embarrassée par cette simple remarque ? Pire, pourquoi éprouve-t-elle du dégoût à chaque parole prononcée par son partenaire ?

— Alors, ma chérie, tu ne me réponds pas ? Qui t’a mangé ta belle langue ?

Fabien lui adresse un sourire ; cela faisait longtemps ! Mais Vanessa n’est pas dupe ; cette gentillesse soudaine n’est pas totalement désintéressée.

— Oui, Fabien, tu as raison ! Heureusement que tu es là.

— C’est très bien. Tu as bien appris ta leçon !

Nouveau sourire.

— Allez, viens là, ma belle, surenchérit-il.

Vanessa sait déjà comment la soirée va se terminer. Elle n’a pas vraiment envie de se donner à cet homme qui lui a crié dessus tout à l’heure ; mais elle sent sa chair si faible et son cœur si fragile ! Elle a tant besoin d’un peu de tendresse… Elle s’approche de lui et s’assied sur ses genoux. Il soulève ses cheveux et lui caresse le cou. Que c’est bon ! Sa peau réagit déjà à son contact. Il lui tire légèrement les cheveux pour incliner sa tête vers l’arrière et l’embrasse goulûment. La jeune femme lui rend son baiser. Enfin, son homme s’est calmé, ils vont passer un moment agréable ! Il laisse glisser son autre main sur sa poitrine qu’il caresse et enserre avec avidité et, dans un...