Chapitre 2
« Tu aurais pu me dire ce qui allait arriver ! » Je crie sur Ali qui plane au-dessus de mon épaule droite pendant que je me dépêche de plier ma tente et ranger mon équipement.
« Comment aurais-je pu savoir que tu ferais ta mauviette et que tu t’évanouirais comme un Gobelin à son premier rendez-vous ? » Ali me fait un sourire moqueur, flottant avec contentement à mes côtés et surveillant mes arrières.
« Toi, je pourrais… aaarrgggh !!! » J’ai envie de crier, mais je dois me contenir pendant que je continue à ranger mes affaires. Je dois repousser mes émotions et la peur qui me saisit aux tripes pour éviter qu’elles ne prennent le contrôle et ne m’empêchent de faire quoi que ce soit. J’ai déjà perdu plus de deux heures pour changer ma classe et le Système est opérationnel. Ce qui veut dire que le Système est maintenant en place et a saturé le Parc de Mana, au point que des mutations spontanées sont déjà en train de surgir dans tout le secteur selon Ali. J’ai besoin de sortir d’ici, de préférence rapidement et silencieusement. Pour couronner le tout, la traînée de fumée qui s’élève au bas de la montagne, là où le parking est situé en dit long sur ce qui a pu arriver à ma voiture.
Tout compte fait, crier serait vraiment la réaction la moins judicieuse à avoir en ce moment. Bien sûr, à part rester assis comme un parfait imbécile. « Tu pourrais aider tu sais. »
« C’est ce que je fais, » soupire Ali en gesticulant sa main vers les alentours. « Je surveille tes arrières. »
J’aurais bien débattu du sujet, mais à ce moment précis, mon sac est prêt et il est temps de partir. J’éventre l’emballage d’une branche de chocolat, la mâchant tout en enfilant mon sac à dos et serrant les bretelles.
Je passe un moment à observer la vue, une part de moi mémorisant le paysage splendide. Kathleen Lake trône dans toute sa gloire glaciale, l’eau ondulant et générant des vagues alors que le vent hurle sur les montagnes enneigées qui l’entourent. Cette nature vierge qui aurait pu illustrer une carte postale est maintenant synonyme de danger pour moi, la forêt cachant je ne sais quels nouveaux monstres. Je me retourne et parcours du regard mon campement pour vérifier qu’il n’y a rien de plus à faire, mais tout semble terminé. Le sous-bois alpin des alentours est clairsemé, les arbres sont petits et rabougris n’ayant qu’un court été pour grandir, je décide donc de marcher en dehors des sentiers balisés jusqu’au pied de la montagne. Mieux vaut aller lentement et discrètement plutôt que descendre un chemin tête baissée et atterrir tout droit dans les bras d’une quelconque créature qui aurait décidé d’y tendre un piège dans ce nouveau monde.
Après trente minutes, je reçois une notification m’informant que j’ai reçu une compétence appelée « Discrétion ». Je ne peux pas dire que je sois surpris, me déplacer furtivement faisait partie du plan qu’Ali et moi avions constitué. Entre mon Avantage Moyen et le fait que j’étais sérieusement bas niveau dans un environnement haut en Mana, le Système a automatiquement généré des bonus additionnels pour aider à équilibrer le ratio risque/récompense. Au moment où la notification apparaît, un léger frisson parcourt mon corps, la connaissance modifiant la façon dont je bouge, pense et même analyse ce qui m’entoure.
Le premier signe indiquant le début des ennuis pour moi, est un bruit de pépiement. Il est beaucoup trop fort. Je la vois ensuite, une ombre noire de la taille d’un Doberman qui se meut au ras du sol sur six pattes, avec des antennes. Les fourmis ne devraient pas être grosse comme ça. Je me fige, puis je commence à reculer doucement. Les dieux soient loués, elle ne m’a pas vue.
« Hé, toi, grande beauté noire. Par ici ! Un morceau de choix pour ta reine. Youhoouuu ! » un sourire de maniaque collé sur le visage, Ali au-dessus de moi, hèle la créature tout en agitant les bras pour attirer son attention.
« Qu’est-ce que tu fous ? » Je n’ai pas le temps de faire quoi que ce soit à part juste commencer à le réprimander puisque la fourmi, attirée par les pitreries de l’autre diable, se tourne déjà vers moi et après un bref instant d’hésitation charge directement dans ma direction. Je lève mon bâton de marche et me fends en avant en espérant la harponner.
Bon… je ne suis pas un escrimeur. Et aussi, ce n’est pas une épée. La pointe rebondit, sans la blesser, et la fourmi est sur moi, me renversant comme une quille sur une piste de bowling et essayant de me décapiter à l’aide de ses mandibules.
Je me hisse, me balançant en avant jusqu’à ce que j’arrive à la repousser. Heureusement, mon sac à dos m’aide un peu dans ma manœuvre, grâce à lui, bien qu’au sol sur le dos, j’étais tout sauf couché. Je réussis même à retourner la