: Sabrina Cervantès
: Les Meurtres de Montmartre
: Books on Demand
: 9782322527304
: 1
: CHF 5.30
:
: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 136
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Édouard tente par tous les moyens de lutter contre cette voix qui le pousse à tuer. Mais rien n'y fait. John, chargé de l'enquête, va être amené à découvrir un secret qui va chambouler sa vie...

Sabrina Cervantès est née le 2 avril 1970 à Saint-Cloud (92). Ce premier roman policier a été édité par les éditions Ex-Æquo en 2020 puis autoédité en une version augmentée. Il est né de sa passion pour les enquêtes criminelles mais aussi de ses études en psychologie clinique et sociale qui lui ont permis d'obtenir un master 1 et pendant lequel elle a étudié la criminologie. Elle aime les livres policiers comme Fils de personne de Jean-François Pasques, mais aussi des livres d'un autre genre comme Le Philosophe qui n'était pas sage de Laurent Gounelle, L'Alchimiste de Paulo Coelho. Elle a travaillé environ dix ans dans le social puis a été ambulancière pour enfin se reconvertir dans l'enseignement de la conduite et de la sécurité routière en indépendante. Elle s'est inspirée, pour Les Meurtres de Montmartre, des traumatismes d'enfance qui sont très fréquents chez les criminels et qui, sans chercher à excuser l'horreur de leurs actes, les expliquent en partie. Ce livre laisse une place à l'interrogation : naissons-nous criminel ou le devenons-nous ? La criminalité est-elle le fruit de traumatismes et d'une éducation défaillante ?

CHAPITRE 2
ANNA


—Anna, pense à aller à l’église demain !

— Oui, grand-mère !

Anna était une femme de trente-quatre ans qui rendait visite à sa grand-mère régulièrement. Elle l’accompagnait à l’église davantage pour lui faire plaisir que par conviction. Elle y rencontrait les gens du quartier, notamment le patron du bar qui lui faisait toujours un clin d’œil, mais aussi le coiffeur et le boucher. Après la cérémonie, elles s’arrêtaient généralementAu bistrot d’en face prendre un thé ou un café et toutes deux discutaient avec le patron.

Ils étaient plusieurs à boire un petit coup de rouge après la messe ; cela faisait partie du rituel. Anna se demandait si ce n’était pas cela qui les motivait à y aller !

— Alors Anna, tu en es où avec tes amours ?

— Grr ! Grand-mère, arrête de me poser toujours cette question !

— Oui, j’espère que tu écoutes bien mes conseils et que tu ne sors pas le soir, avec ce fou dans les parages !

— Non grand-mère, ne t’inquiète pas !

Le patron, qui entendit la conversation, se rapprocha d’elles.

— Oui c’est un fou, ce psychopathe ! Il y a eu encore une victime. Ah ! Si je savais qui c’est, je lui réglerais son compte, à celui-là !

— Certains disent que c’est un gars du quartier et qu’il s’en prend qu’aux femmes seules. Vous êtes aussi célibataire, vous ? Mais vous avez la chance d’être un homme ! Ma petite-fille, elle, est sans défense ! Bon, je rentre, Anna. Tu ne me raccompagnes pas. Je vais aller voir Violette qui me ramènera.

— D’accord, grand-mère !

— Et fais bien attention !

— Oui, je te le promets !

Anna resta un petit moment dans le bar. Le patron revint la voir.

— Alors Anna, tu cherches le prince charmant ?

— Oh, il ne faut pas écouter ma grand-mère. Mais j’avoue que d’être seule me pèse constamment.

— Si tu n’as pas le moral, ou que la solitude te pèse, tu peux passer me voir de temps en temps. Je connais ça et ce n’est pas toujours marrant !

— Oui, alors avant vingt heures ! Sinon ma grand-mère va me tuer !

— Entendu !

Le mois de décembre, non moins qu’à son habitude, était synonyme de fête. Les immenses guirlandes qui illuminaient la ville masquaient un instant les drames qui se jouaient dans les rues de Paris. La place de l’Étoile, les Champs-Élysées rayonnaient de mille feux. On pouvait voir les gens s’affairer, faire leurs emplettes pour le réveillon avec effervescence. Anna aimait bien cette ambiance qui lui rappelait son enfance.

Le tueur ne sévirait qu’en janvier. Les habitantes pouvaient avoir un peu de répit. Mais John craignait un changement de mode opératoire. Cela arrivait. Soit il tuait davantage, soit il changeait de lieu. C’est pourquoi il fallait rester vigilant. Il avait l’intuition que, parce que ses victimes étaient toujours déposées au pied d’une église, il frapperait le jour de Noël. Un meurtre le jour de la naissance de Jésus, telle une offrande. Quel scoop et quel contraste pour ce tueur avide de sensationnel ! Des policiers en civils postés au pied des églises surveillaient maintenant chaque soir. « S’il récidive, il se fera avoir ! »

Au départ, il n’y avait pas assez d’hommes pour surveiller toutes les églises de Paris et de sa banlieue. Le patron réussit à obtenir du renfort. Ce n’était plus que l’histoire de quelques jours.

Anna s’empressait de faire les dernières emplettes de Noël. De même que tous les ans, elle gâterait sa grand-mère, Simone, seule famille qui lui restait. Anna avait perdu ses parents dans un accident de voiture lorsqu’elle avait huit ans. C’était donc Simone qui l’avait recueillie et élevée. Elle le savait, les fêtes étaient synonymes de joie mais aussi de cruel rappel de l’absence d’êtres aimés. Elle était heureuse du beau châle pure laine qu’elle lui avait acheté, d’un beau rouge mêlé de motifs noirs indiens. Cela contrastait avec ses cheveux bruns qu’elle continuait à colorer. Sa grand-mère restait coquette.

Après être allée chez le boucher où elle goûta les « toasts maison » et acheta la dinde de Noël, elle fit un saut chez son amie et unique collègue de travail. Elles s’entendaient bien toutes les deux et avaient un point commun : la conquête du prince charmant. Anna était beaucoup plus libre depuis que Simone, victime d’un accident cérébral, allait mieux. Elle s’en était occupée une bonne année et dormait la plupart du temps chez elle. Maintenant, elle avait repris le cours de sa vie, dans ce petit appartement près de Montmartre où elle vivait avec son chat.

Après la visite chez son amie, et avant d’aller chez sa grand-mère, elle rendit visite au patron du bar, parce qu’il le lui avait proposé. Elle entra, personne n’était présent. « C’est le soir de Noël, les gens sont en famille », pensa-t-elle.

Le patron l’accueillit avec un large sourire et lui proposa de suite une coupe de champagne qu’elle accepta. Après tout, c’était Noël. Ils échangèrent un petit moment puis elle le prévint qu’elle irait à l’église brûler un cierge avant de passer chez sa grand-mère.

Elle aimait s’y rendre car elle traversait un pont au-dessus duquel elle faisait toujours un vœu.

Un homme rentra alors dans le bar et la dévisagea. Alors qu’elle marchait, la coupe de champagne qu’elle avait bue lui fit tourner la tête plus qu’à son habitude. « La fatigue sans doute », pensa Anna. Elle avait également pris un verre une heure plus tôt, chez son amie. Celle-ci lui avait, à cette occasion, présenté un nouveau voisin avec qui elle fêterait Noël. Elle ne l’avait jamais vu auparavant. C’était un homme seul. Ce qu’elle ne savait pas, c’était qu’il venait juste de sortir de prison.

John était heureux de passer Noël en famille, même s’il savait que le téléphone pouvait sonner à tout instant, le transportant d’un moment magique et chaleureux, dans l’horreur et la barbarie. Il décida, malgré un pressentiment, de ne pas trop y penser ! Il surveillait de temps en temps la pendule, car il savait qu’à partir de 22 heures 30, le tueur pouvait sévir, foutant sa soirée en l’air. Sa femme ne lui avait jamais dit quoi que ce soit pendant ces dix ans, ce qui la rendait, à ses yeux, admirable. Mais il ne voulait pas que ce salaud lui gâche la soirée.

Anna marchait d’un pas rapide en direction de l’église. Elle avait promis à sa grand-mère de ne pas passer chez elle trop tard. Il était à peu près dix-neuf heures. Sa tête était cotonneuse à cause du champagne sans doute. Elle vit une voiture stationnée quand elle sortit de l’église. Elle prenait maintenant le chemin de la maison de sa grand-mère. Elle entendit des pas raisonner derrière elle. Elle se retourna mais ne vit personne.

Un frisson parcourut sa colonne vertébrale de haut en bas, la tétanisant et rendant l’atmosphère encore plus glaciale. La rue était déserte. Elle décida d’ignorer sa crainte et accentua la cadence. Puis un second bruit. Par prudence, elle décida d’aller frapper à la porte d’une maison, prétextant un malaise afin de sortir de la rue. Quelqu’un la suivait, elle en était convaincue. Une lumière s'alluma et un couple de personnes âgées la fit entrer dans un minuscule corridor. Elle prétexta chercher une rue du quartier. Le vieil homme partit chercher un plan. Anna en profita pour se tenir contre le mur du petit hall afin de reprendre ses esprits. Il lui expliqua, en lui dessinant le trajet sur la carte, où se trouvait sa destination. La femme lui proposa d'asseoir, ce qu'elle fit. Elle resta environ dix minutes puis s'arma de courage et ressortit pour poursuivre sa route. Elle longeait le mur de la rue quand, à nouveau, des pas résonnèrent sur les pavés et la firent sursauter. Elle ne savait pas si c’était dû à l’émotion, mais sa tête tournait de plus en plus. Elle s’appuya contre un mur qu’elle voyait trouble, car tout dansait autour d’elle, quand un craquement la fit se retourner.

Elle vit...