Mars-avril.
Samedi (commencement de mars 1821).
Ta dernière lettre était bien courte, Adèle ; tu ne me permets jamais de te voir que peu d'instants ; tu ne m'écris que peu de mots ; que conclure de là, sinon que me voir t'importune et m'écrire t'ennuie ?
Cependant, Adèle, je veux m'étourdir sur cette pensée qui me désolerait, je veux croire que si tu cherches tant à abréger les moments que nous passons ensemble, c'est que tu crains d'être vue avec ton mari, et que, si tu m'écris toujours si laconiquement, c'est que tu as pour cela d'autres raisons que je ne devine pas, à la vérité, mais que je n'en respecte pas moins, je veux tout croire, car autrement, que deviendrais-je ?
Quand tu me parais froide ou mécontente, je passe des heures à te chercher dans ma tête d’autres motifs que ceux qui sont peut-être les véritables, mais qui me mettraient au désespoir si je les savais tels. Non, mon Adèle, malgré les craintes qui me tourmentent quelquefois quand tu m’abordes avec trop de répugnance ou quand tu me fuis avec trop d'empressement, je me confie toujours aveuglément en toi, et ce ne sera jamais qu'à la dernière extrémité que je croirai n'être plus aimé. Car c'est sur ta constance que sont fondés tous les plans de ma vie, et si cette base venait à me manquer, que deviendrais-je ?
Tu me réitères une demande qui est bien naturelle, et qui pourtant m'afflige chaque fois que tu me la représentes, parce qu'elle me prouve que tu doutes étrangement de moi. Tu me dis que c'est moi qui ai refusé d'aller chez toi il y a un an. J'ai toujours vivement regretté, Adèle, que tu n’aies pas assisté à ce prétendu refus, tu aurais jugé toi-même s'il était possible à un homme d'agir autrement que je ne l'ai fait et peut-être m'apprécierais-tu mieux aujourd'hui ; mais tu n’