: Marie-Martine Damel
: Le Macaque de Barbarie
: Books on Demand
: 9782322564347
: 1
: CHF 7.00
:
: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 264
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Thomas, un ancien délinquant, profite de son amitié avec Arthur, pour persuader celui-ci de rencontrer une richissime châtelaine. La rencontre, qui se voulait courtoise, bascule en drame. Thomas, jugé coupable, est condamné à quinze ans de prison. Arthur, de son côté, construit sa vie et rencontre Suzanne. Dix ans s'écoulent. Thomas est libéré. Son projet : retrouver son ami et accomplir sa terrifiante vengeance, mise au point durant toutes ces années d'enfermement.

Après avoir construit une vie de famille et avoir vécu une vie professionnelle intense, il était temps que je donne" libre court" à ma passion : l'écriture. Le confinement m'a donné l'occasion de m'y consacrer totalement." Le Macaque de Barbarie" est la suite de" De l'autre côté de l'Hudson".

Chapitre I


Générations de Brestel et de Marveuil.


Les de Brestel.


Madame Marie-Sophie de Brestel, épouse de Marveuil, fait partie d’une longue lignée de la noblesse française et se plait à raconter, lorsqu’elle en a l’occasion, que l’un de ses ancêtres, Henry Léon Paul duc de Brestel, marié à Eléonore de Fréjeant, décida lors de l’établissement du gouvernement révolutionnaire dans le Nord et le Pas de Calais, de ne pas se sacrifier pour le roi de France. Dès lors, craignant une arrestation, celui-ci prit ses clics et ses clacs et fuit vers les Pays-Bas, laissant derrière lui tous ses biens. On dit même, qu’Henry hésita à combattre la révolution de l’extérieur et à intégrer l’armée des émigrés pour libérer la famille royale et rétablir la monarchie. C’est cette hésitation qui lui vaudra de garder la vie sauve. La famille dès lors sera bannie de France et reléguée à une inscription officielle sur la liste des émigrés, ces nobles hostiles à la révolution française. Aussitôt répertoriés, tous les biens des de Brestel, châteaux, terres, fermes, seront saisis et vendus au profit du gouvernement. Le reste de la famille de Brestel, ayant vigoureusement refusé sous la contrainte de s’accommoder avec les nouvelles autorités révolutionnaires, croupira dans la prison d’Arras, jusqu’à la fin de la Terreur.

Homme d’affaires redoutablement doué, Henry Léon Paul fera fortune dans l’industrie métallurgique. À l’âge de vingt cinq ans, son fils Charles Henry de Brestel héritera de son empire et se chargera de le faire prospérer avec succès en investissant notamment dans les industries minières et ferroviaires.

*

En 1840, Charles Henry et sa femme Marie-Valentine de Courtisse, décident de refouler le sol français, pour tenter de reconstituer le patrimoine immobilier de la famille. Ils contactent alors plusieurs notaires du Nord de la France leur expliquant l’affaire en précisant qu’ils auraient une préférence pour s’établir en Normandie. Revenant d’un voyage à l’étranger, maître Gaillard, notaire établi à Cabourg, leur parle alors du château du Boischampré laissé à l’abandon par manque d’acquéreur et ayant appartenu aux de Brestel. La demeure est située à deux kilomètres du centre de la commune, qui n’est encore à cette époque, qu’un petit village de pêcheurs de deux cents âmes, entouré de dunes herbeuses.

- Les travaux sont importants, je le confesse, mais croyez-moi, cher ami, j’ai entendu dire qu’un homme d’affaires, un confrère pour ainsi dire, car cette personne est un avocat parisien, a le projet de créer une station thermale à Cabourg et de faire de ce village que personne ne connait, une station balnéaire pour personnes fortunées. On dit même que ce projet a été financé par cette même personne, à raison de douze millions de francs par actions au porteur de cinq cents francs chacune et qu’elle a déjà acheté à bon prix, les terrains riverains de la mer englobant les dunes et les herbages. Tout cela est de bonne augure, car vous connaissez comme moi, la vogue du bon air normand et des bains de mer très appréciés par la grande bourgeoisie française. Il parait même, que nous allons voir des anglais et des suisses s’installer chez nous.

Vous feriez donc une excellente affaire, car à n’en pas douter, ce château deviendra le diamant de notre village.

Charles Henry de Brestel commença à croire que le notaire avait raison et que si de tels investissements étaient réservés à la création d’une station thermale, ils appelleraient d’autres constructions comme des hôtels et des restaurants et peut-être même, des lieux de divertissement, car il était notoire que l’élite fortunée européenne recherchait le plaisir et les distractions.

Sur les conseils de maître Gaillard, Charles Henry de Brestel et sa femme, acceptèrent donc un rendez-vous et se rendirent sur place.

Tronant sur un « puy » d’où il surveille les côtes anglaises à l’horizon, le château du Boischampré à l’allure majestueuse et aux proportions raffinées, leur apparut, se laissant admirer de fort loin depuis la plaine.

- Voilà nous y sommes.

Ils découvrirent d’abord, une haute grille aux pointes dorées à la feuille d’or, oeuvre magistrale de plusieurs ferronniers.

Celle-ci encerclait la totalité du domaine qui s’ouvrait par un portail monumental orné de colonnes toscanes jumelées, donnant sur une longue allée plantée de tilleuls centenaires, dont les branches arc-boutées s’entremélaient, formant un toit roman, emportant le visiteur dans un autre monde jusqu’au logis d’honneur.

À l’entrée, la demeure du gardien accueillait les hôtes et les visiteurs et au fur et à mesure que l’on avançait, le château du 16ème siècle, en briques rouges et ardoises se dévoilait avec sa quarantaine de baies surmontées de faîtières, flanqué de sa façade et de ses deux tourelles d’agrément aux toits octogonaux à pans coupés et lucarnes. De part et d’autre de la cour d’honneur, en retour d’équerre, des écuries, symbole de richesse pour un seigneur et un peu plus loin, un immense pigeonnier. Le style classique aux lignes parfaites faisait de l’endroit, un ensemble unique.

Au cours des siècles et des différents régimes politiques, la bâtisse avait connu des périodes d’abandon, de rachat, de destruction et d’occupation. Abandonnée depuis plusieurs années, l’ensemble extérieur de l’édifice était malgré tout en assez un bon état. Toutefois, les tourelles dont le toit s’effondrait et les écuries entièrement reconstruites après avoir été rasées pendant la révolution, avaient besoin d’une restauration sérieuse.

Le seuil de l’entrée à peine franchit, le couple tomba sous le charme des deux longs corridors au sol en carrelage de céramique octogonal blanc et cabochons à rosaces noires courant de part et d’autre de l’entrée principale menant d’abord à une grande salle à manger dite « de chasse », puis à deux salons dont le plus grand orné de sa monumentale cheminée servait de salle de réception et l’autre de salon de musique et pour finir, on pouvait découvrir un bureau avec sa splendide bibliothèque et sa galerie de tableaux, ainsi que des petits cabinets de travail.

Dans chaque pièce, de nombreuses boiseries et cheminées, des plafonds à caissons accentuaient l’élégance de l’endroit.

Face à l’entrée, un magnifique escalier droit en pierre avec son garde-corps en fer forgé travaillé en volutes fleuronnées se divisait en deux et menait à différents appartements privés du premier étage. Au deuxième, se trouvaient les chambres du personnel, toutes à restaurer.

- Qu’en dites-vous monsieur de Brestel ?

- C’est un endroit prestigieux, j’en conviens cher monsieur Gaillard, mais celui-ci nécessite toutefois, une restauration d’envergure très onéreuse.

- Souvenez-vous de ce que je vous ai dit. Une fois restauré, c’est un bien dont la valeur sera inestimable. Je vous emmène maintenant au sous-sol où nous trouverons les cuisines, les réserves et les caves. Je vous précise que je possède tous les plans du château, ainsi que ceux des espaces verts, ce qui vous permettra d’effectuer les travaux à l’identique.

Une demi-heure après, remontant du sous-sol, monsieur Gaillard invita le couple de Brestel à rejoindre l’extérieur.

- Je vous laisse découvrir l’écrin de ce château. Prenez votre temps, je vous attends dans le grand salon.

Madame de Brestel immédiatement conquise, s’empressa de convaincre son mari.

- Voyez-vous Charles Henry, ici tout est paisible et la beauté qui nous entoure, appelle à une harmonieuse paix de l’âme. Il va nous falloir employer la pelle et les râteaux pour faire naître de cette terre une merveille. Je voudrais ici, un parterre de glaïeuls, d’oeillets et de marguerites et là, des roses et du jasmin à foison sur cette pergola. Regardez ce potager à la terre généreuse, on pourrait le labourer et y planter des semis et des fruits à la chair juteuse.

Ouvrant les bras et...