: Joseph Tixeront
: Histoire des Dogmes dans l'Antiquité Chrétienne, Tome 3 La fin de l'âge patristique
: Books on Demand
: 9782322453177
: 1
: CHF 2.70
:
: Christentum
: French
: 626
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Essayer de comprendre comment Jésus-Christ est à la fois pleinement homme et pleinement Dieu, voilà tout l'enjeu de ce qu'on appelle la christologie. Mais ce faisant, notre esprit se heurte immédiatement à la difficulté de définir avec précision le sens des mots nature, individu, personne, substance, essence... et les remplacer par des mots grecs ou latins ne change en rien le fond du problème. Les interminables disputes entre duo et monophysistes, entre duo et monothélistes, qui troublèrent si profondément la chrétienté du cinquième au septième siècle, s'expliquent en partie par des différences de vocabulaire, comme le montre l'auteur, mais aussi par des raisons plus bassement politiques. Tixeront croit le mystère finalement résolu (ou du moins la formulation du mystère), par la théologie de Léonce de Byzance : la nature humaine de Christ est enhypostasiée, elle existe et subsiste dans la personne divine et éternelle du Fils. On trouvera là la partie la plus intéressante de ce troisième tome, d'autant qu'aujourd'hui la blogosphère évangélique anglo-saxonne reprend à tort et à travers les mots d'anhypostasie et d'enhypostasie, sans avoir saisi la pensée de l'obscur moine byzantin du sixième siècle. Cette numérisation ThéoTeX reprend le texte de 1922.
  2.2 — La doctrine de Nestorius.

L'enseignement de Théodore, on l'a dit, ne fut point attaqué de son vivant, et peut-être la tendance doctrinale extrême qu'il représentait fût-elle demeurée indemne quelque temps encore, sans une circonstance qui attira sur elle l'attention. L'année même de la mort de Théodore, le 10 avril 428, un antiochien encore de formation et d'esprit, le prêtre Nestorius, était consacré en vue d'occuper le siège de Constantinople. L'empereur l'avait choisi pour sa vertu éprouvée et pour son talent oratoire. Nestorius était, par-dessus le marché, un théologien exercé, rompu à l'exégèse littérale en faveur dans son milieu, et que l'habitude de peser les textes avait rendu regardant aux formules et un peu méticuleux sur les mots, comme on l'était à Antioche.

Ses débuts furent d'un orthodoxe intransigeant. Mais un incident ne tarda pas à rendre cette orthodoxie suspecte. Il avait amené avec lui d'Antioche un prêtre nommé Anastase, disciple fervent de Théodore de Mopsueste. Vers la fin de 428, prêchant devant le peuple, ce prêtre s'éleva contre le titre deϑεοτόκος; donné à Marie, comme impliquant une absurdité:ϑεοτόκον τὴν Μαρίαν καλείτω μηδείς. Μαρία ἄνϑρωπος ἦν; ὑπὸ ἀνϑρώπου δὲ ϑεὸν τεχϑῆναι ἀδύνατον. Le scandale fut grand, l'expression étant d'un usage courant et ancien. Nestorius prit parti pour Anastase, et, dans une série de discours, s'efforça d'exposer, telles qu'il les comprenait, la doctrine de l'incarnation et la portée duϑεοτόκος. Le trouble ne fit qu'augmenter, la cour, en général, soutenant le patriarche; mais le clergé, les moines, le peuple se divisant et se prononçant pour ou contre lui. L'évêque élu de Cyzique, Proclus, prêchant devant Nestorius, n'hésita pas à le contredire, pendant que, au contraire, l'évêque de Marcianopolis, Dorothée, l'approuvait. C'était le schisme. La situation ne tarda pas à être connue du patriarche d'Alexandrie. Il intervint. Mais, avant de raconter les vicissitudes de son intervention, il est bon de se faire une idée exacte de la doctrine enseignée par Nestorius.

[Les sources pour connaître la doctrine de Nestorius sont: 1o ce qui reste des œuvres du patriarche lui-même, comprenant:a) les lettres, discours et fragments grecs, latins et syriaques réunis par F.Loofs,Nestoriana, Halle, 1903;b)Le Livre d'Héraclide de Damas, conservé seulement dans une traduction sy